American Music Club
Vu par Magic
1984-1995
archive mag octobre 2004
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Comme toute reformation, celle d'American Music Club offre avant tout l'opportunité de se repencher sur l'ampleur de l'héritage légué par un groupe à la fois plus maudit et talentueux que la plupart de ses concurrents. En réinventant pendant dix ans une fusion inédite entre soul, rock et country, Mark Eitzel et ses compères ont construit une oeuvre sombre, imprégnée d'un désespoir saisissant, et durablement marquante. La fréquentation de ce club au recrutement exigeant et confidentiel (on se souvient encore de concerts parisiens où le nombre de places vendues excédait de bien peu celui des musiciens présents sur scène) obligeait chacun de ses membres à côtoyer de près les gouffres insondables dans lesquels Eitzel se plaisait à plonger, sans filet. Depuis, ce dernier a su évoluer et poursuivre le fil d'une discographie solo globalement brillante, pendant que ses acolytes se dispersaient dans la nature. C'est sans doute là que réside le problème : ce nouvel Lp, enregistré par quatre des cinq membres originaux, semble tenir davantage de la faveur rendue par le leader à ses ex-serviteurs, dévoués et désoeuvrés, que de l'urgence artistique. Un disque de copinage, un peu bâclé, un peu nostalgique, mais qui n'offre pas grand-chose de neuf à entendre aux anciens fans. On s'était habitué à voir Eitzel prendre davantage de risques musicaux, en tirant ses compositions, souvent monotones, du côté de l'électronique ou de la pop, pour ne pas ressentir comme une petite déception en l'écoutant revenir, sur le tard, à ses pantoufles rock d'antan. Bref, cet album souffre de la comparaison avec une compilation en forme de bilan, réalisée par le groupe lui-même, et dont le seul défaut est de présenter, à côté des inusables extraits de ses oeuvres majeures (Everclearet, surtout, Mercury), quelques versions alternatives inédites, d'une qualité sonore pour le moins fluctuante. Malgré tout, il faut bien l'admettre, les hymnes inoubliables à la dépression alcoolisée que sont Last Harborou Sick Of Foodplanent toujours, dix ans après, cent coudées au-dessus des redites pataudes enregistrées plus récemment
Matthieu Grunfeld /
article extrait de :
MAGIC RPM #84
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