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¿ Cómo Te Llama ?

archive mag juillet 2008
1 commentaire

Votre attention s’il vous plaît, on nous signale qu’un guitariste s’est encore échappé des Strokes avec sous le bras un deuxième album formidable. Il n’est pas dangereux, mais pourrait finir par faire ombrage à son groupe d’origine. Car à peine deux ans après un Yours To Keep (2006) truffé de tubes imparables, Albert Hammond Jr. confirme qu’il ne s’agissait pas d’un accident heureux, du caprice d’un compositeur négligé par un Julian Casablanca démiurge, mais bel et bien du début d’une belle aventure. ¿ Cómo Te Llama ? dresse le portrait d’un homme qui se promène en liberté sur les chemins du rock américain, confiant, décontracté, spontané. On y retrouve intacte cette capacité inouïe à emballer en deux coups de cuillère à pot une mélodie catchy, un riff de guitare percutant et une rythmique assassine (In My Room, G Up et son piano fou). Mais le New-Yorkais chevelu a aussi considérablement assoupli son écriture et étoffé le son de chansons qui gagnent en ampleur et originalité, révélant une démarche qui trouve sa source aux heures les plus glorieuses des années 60.

Dans un premier temps, c’est un petit détail de la pochette vintage pop qui nous met la puce à l’oreille. Des livres de tous les formats se pressent dans les grosses cases d’une bibliothèque blanche. En haut à gauche, un seul est réellement identifiable, un épais livre blanc sur… les Beatles. Mais alors qui sont réellement ces quatre silhouettes prédécoupées sises sur le tapis en moumoute ? Pour qui se prennent Albert Hammond Jr., Matt Romano, Marc Philippe Eskenazi et Josh Lattanzi ? Quatre garçons dans le vent ? La présence de Sean Lennon au générique de ¿ Cómo Te Llama ? contresigne la déclaration d’intention : ne rien céder sur les mélodies et les guitares, gentiment violenter les formats, soigner une production et des arrangements ambitieux, prendre des risques. Être là où on n’est pas attendu, y aller vite mais sans être essoufflé. Sur Bargain Of The Century, Albert empile les strates de guitare, appuie le refrain purement instrumental avec un piano, change de vitesses en cours de route, chante avec une élégance grave et détachée. Avec l’air de ne pas y toucher qu’affichent ceux à qui un talent insolent semble tout permettre, notre homme se joue des formes, construit des chansons dont l’étrangeté ne se perçoit pas tout de suite car elles sont avant tout très efficaces. Lisa évoque une série de vagues menaçantes qui s’écrasent sur un rivage paisible, avec sa rythmique heurtée, son ressac de guitares et des arrangements de cordes qui laissent une écume douce en fin de morceau. The Boss Americana alterne couplet martial et refrain tout en douceur quand Borrowed Time glisse entre reggae et power pop aux chœurs fondants avec une aisance confondante.

Mais le moment de gloire éternelle du disque, c’est cet incroyable Victory At Monterey, qui est un peu le Billy Jean d’Albert Hammond Jr. : une rythmique d’une simplicité biblique (la batterie sèche, la basse moite) conduit le chant tremblant du jeune homme vers un refrain imparable, où deux guitares s’échangent bien des amabilités. Afin d’enfoncer le clou dans un registre doucement décalé, Spooky Touch déroule son histoire sans paroles durant sept minutes, ritournelle délicate avec quelques arpèges de guitare et une rythmique qui font des ronds dans l’eau. En dessous, un violoncelle, au-dessus, le piano de Sean Lennon qui brode des motifs aériens. Un moment hypnotique qui finit en un crescendo irradiant une lumière douce. En fin d’album, la ballade Feed Me Jack résonne comme un écho à cette promenade champêtre. Un écho rattrapé par une guitare saturée et psychédélique qui rappelle que l’on a aussi écouté un disque de rock issu de la grande tradition d’un punk ouvert et généreux, tel qu’imaginé par The Clash. Une collection de chansons dont les frontières dépassent nettement le terrain de jeu des Strokes, au sein desquels le prince Albert risque de se sentir un peu à l’étroit si le roi Julian ne donne pas une réponse adéquate à ce ¿ Cómo Te Llama ? d’une classe supérieure.

Vincent Théval

magazine num 122 article extrait de :
MAGIC RPM #122


Commentaires

karlito - 10/07/2008 13:59
complêtement d'accord!

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