Alain Bashung
Vu par Magic
Bleu Pétrole
archive mag avril 2008
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Depuis Osez Joséphine (1991), c’est la même histoire à chaque album : le nouveau
Bashung bouleverse ses contemporains, de blocage momentané d’inspiration
(Jean-Louis Murat) en obsession sévère (Dominique A). Et ce n’est pas avec ce
Bleu Pétrole d’une profondeur insondable que les choses risquent de changer.
Pourtant, après avoir réussi l’impossible – enregistrer deux chefs-d’œuvre
consécutivement, Fantaisie Militaire (1997) et L’Imprudence (2002) –, comment
Bashung allait-il bien pouvoir rebondir ? Chanteur inclassable à la discographie
éparse (douze albums seulement en trente ans), l’homme a pris son temps, comme
l’indique précisément le titre de la première chanson (Je T’Ai Manqué).
Au point
que les rumeurs les plus disparates ont couru sur la genèse et l’enregistrement
de Bleu Pétrole, sans parler du nombre d’auteurs et de compositeurs démarchés.
Mais Tant De Nuits valaient bien la peine d’être attendues pour découvrir
aujourd’hui ces onze sensationnelles chansons… En retrouvant les accords mineurs
et la guitare acoustique, Alain Bashung fait le pont entre Chatterton (1994) et
Fantaisie Militaire (1997), signant d’emblée, avec le concours de Gaëtan
Roussel, le chanteur de Louise Attaque et Tarmac, deux tubes potentiels (Je T’Ai
Manqué et Résidents De La République) à l’évidence immédiate. Si Tant De Nuits,
fruit de la collaboration à distance entre Joseph D’Anvers et Arman Méliès, fait
admirablement songer à Stuart A. Staples en version française, il faut
s’attarder sur la contribution stratosphérique de Gérard Manset, qui bouleverse
les tables de la loi. Ses paroles de Vénus (une valse troublante) et Comme Un
Lego (neuf minutes célestes venues d’ailleurs) sont autant inimitables que
géniales – “Une souche à demi trempée dans un liquide saumâtre/Plein de
décoctions”.
Qui saura écouter ces deux chansons sans frissonner, sinon fondre
en larmes ? Combien d’artistes de la génération de Bashung sont ainsi capables
de magnifier leur art ? Comment expliquer autrement que par le génie des
sciences humaines la somme des talents ici réunis (Manset, Simon Edwards, Martyn
Barker, Marc Ribot) ? Qui, en dehors de Murat, sait interpréter Leonard Cohen en
français sans sombrer dans le ridicule (Suzanne) ? Autant de questions qui
trouveront réponse dans Le Secret Des Banquises et au fond de cet inestimable
Bleu Pétrole. Où, plus généreux que jamais, cet apache des temps modernes rend à
ceux qui l’ont inspiré le plus vibrant des hommages. Alain Bashung voyage
définitivement en solitaire.
Renaud Paulik et Franck Vergeade
article extrait de :
MAGIC RPM #119
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