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Air 07
archive mag novembre 2004
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A l'occasion de la sortie de Pocket Symphony, nos drôles de dames avaient rencontré Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin. Alors que les deux cerveaux de Air sont aujourd'hui sur les routes françaises, voici les extraits d'un long entretien rythmé par douze thèmes et mots permettant de repasser le passé, le présent et le futur du binôme. Une interview qui, bien sûr, ne manque pas d’Air.
Par Estelle Chardac & Faustine Kopiejwski, in hors-série Air, mars 2007
IntAIRnet
Jean-Benoît : C’est le nom de notre site…
Nicolas : Mais on n’aime pas trop Internet. Comment dire… On est un peu de l’ancien temps. (Sourire.) Personnellement, je ne comprends même pas le principe de MySpace.
JB : Ce mélange entre site de rencontres et outil promotionnel est étrange.
N : Dans mon mode de vie, MySpace n’a pas trouvé sa place. Nous, on voyage tout le temps, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Après, pour le mec qui habite dans un bled où il n’y a rien d’autre à faire que de se bourrer la gueule au bar du coin, ce doit être dément. Surtout s’il peut accéder ainsi à la musique de Air. (Sourire.) Ma raison m’aide donc à comprendre l’intérêt du truc, mais je fonctionne en général par instinct, surtout pour la musique. Or, l’Internet est tout sauf instinctif.
JB : Le Mp3 est une erreur. Ce format a été adopté car il peut être transporté, mais bientôt, on passera à une bien meilleure qualité. Mais nous ne pensons pas à cela lorsque nous enregistrons. Nous pensons en termes de bandes. Dès que les maisons de disques auront un autre format à disposition, elles se mettront à remastériser ces dernières. C’est d’ailleurs comme cela qu’elles ont toujours procédé pour générer des ventes sur leur back-catalogue.
N : Nous sommes très attachés au concept artistique d’un album dans son ensemble. Mais maintenant, on nous dit qu’il faut des morceaux bonus pour la version digitale. Ensuite, les mecs vont mettre ça dans leur iPod et écouter en shuffle, c’est n’importe quoi… Cela signifie qu’il faudrait penser les albums différemment ? Le nôtre a été conçu comme une histoire, avec un début et une fin. À mon sens, l’avènement du Cd a amené à concevoir le disque comme un bloc. On le met dans sa platine, on entre dedans puis on en ressort. Mais cette époque est bientôt révolue. Alors, Pocket Symphony est un peu notre chant du cygne, notre manière à nous de sortir de cette ère avec panache.
PluridisciplinAIR
N : Ah d’accord, je commence à comprendre votre concept d’intAIRview. (Rires.) Effectivement, l’une de nos caractéristiques, par rapport à un groupe de rock ou de pop classique, c’est qu’on peut absolument tout faire. Des bandes originales, des ballets, de la pub, des disques, des jingles, des remixes… On n’a aucune limite. Quand un milieu nous fait fantasmer, notre musique peut nous servir de vaisseau pour l’explorer. Lorsqu’on bosse sur un film, par exemple, on peut assister au tournage, observer ce qui se passe. Mais ce sont les danseurs qui m’ont fait le plus halluciner. Quand je les vois s’exprimer avec leur corps, je me sens frustré de ne pas en être capable. Il s’agit d’un don incroyable, même si c’est aussi beaucoup de boulot. Avec Angelin Preljocaj (ndlr. chorégraphe pour lequel Air a composé la musique du spectacle Near Life Experience), je devais tout le temps assister aux représentations parce que j’étais accro. (Sourire.)
JB : Rien ne révèle autant la beauté de la femme que la danse. De l’homme aussi, mais c’est plus particulier. Voir un mec dans un costume avec son petit paquet qui bouge est parfois un peu ridicule. (Rires.) Ce qu’il y a de plus beau, ce sont les duos. Dans le ballet Le Parc, le final met en scène un long baiser entre un homme et une femme. Elle reste accrochée à son cou et tourne ainsi pendant très longtemps, en ne tenant que par la force centrifuge. C’est magnifique.
N : Pour la pochette de Pocket Symphony, on a collaboré avec Xavier Veilhan. La réalisation de ces statuettes fut un véritable enfer. On se tenait sur une plateforme circulaire, le temps de se faire scanner, et on ne devait pas bouger un cil pendant trois quarts d’heure. On avait une énorme lumière blanche dans la gueule, qui est devenue au fur et à mesure un seul petit point noir. À la fin, tu es complètement à la masse. Après, tout est décodé pendant des semaines et tu peux ensuite choisir la matière et le degré de précision. C’est génial et hyper ludique.
JB : On travaille avec Xavier sur un spectacle pour les trente ans de Beaubourg. On s’est rencontrés grâce à une couverture des Inrocks, pour laquelle il avait dédoublé Nicolas. J’y ai repensé en me disant que dans la vie, on ne fait jamais rien de manière complètement fortuite : il avait un désir très fort de bosser avec nous et c’est sans doute le message qu’il voulait faire passer en nous faisant poser à trois. En fait, son rêve s’est réalisé ! (Sourire.)
N : De toute manière, nos pochettes sont toujours un bon prétexte pour rencontrer des artistes et délirer sur un tas de trucs. Ça a été le cas avec Mike Mills ou Ora Ito, avec lequel on avait imaginé la maison de 10 000 Hz Legend en se demandant le nombre de disques qu’il faudrait vendre pour pouvoir la construire en vrai. (Rires.) Pour Talkie Walkie, on a fait appel à Richard Prince, un photographe qu’on adore, l’auteur des clichés du cowboy Marlboro. Acheter nos disques revient à acheter un produit artistique total, où chaque étape a demandé une approche particulière. Ce n’est pas pour frimer, mais pour le plaisir. Cela ne nous viendrait pas à l’idée de faire appel à un graphiste et de lui donner des instructions sur la façon dont placer le logo.
PatAIRnité
JB : Un enfant par album…
N : …Et quinze par tournée ! (Rires.) On n’a pas l’impression d’avoir des descendants musicaux, et le problème est bien là. On se dit : “Mais quel genre de musique on fait pour que personne ne s’en inspire ?” (Rires.) Bon, à part Zero 7, qui était de toute façon plus influencé par Moon Safari que notre démarche.
JB : Il y a quand même des gens qui ont récupéré notre son. Par exemple, les compilations d’hôtels aux États-Unis !
N : La musique d’ascenseur, inspirée par Air. (Rires.) En tout cas, je n’ai jamais vu de petite annonce du genre : “Bassiste et guitariste recherchent synthé pour monter un groupe influence Air”.
JB : La paternité est une étape de la vie. Ce que nous avons vécu en général, les séparations, les tournées, les déceptions, les joies, nous ont offert une expérience qui influe sur notre image. Maintenant, on s’accepte plus tels qu’on est. Auparavant, on avait un peu peur de vieillir, on regardait nos photos et l’on se disait : “Ah la la, on a vraiment une tête d’adolescent”. Alors que maintenant, on ressemble à des hommes mûrs et on l’admet. Cela nous donne une certaine force qui nous correspond bien.
N : Quant à revendiquer la paternité des morceaux, effectivement, c’est assez équilibré. Chacun a les siens. Mais on n’y pense même pas, en fin de compte, car cela tient de l’ego.
JB : Un peu comme si deux parents cherchaient désespérément à savoir à qui leur fils ressemble le plus !
N : Après, on a des préférences, et ce sont rarement les mêmes.
JB : Sur le dernier album, il est encore un peu tôt pour savoir, mais par exemple, je ne pense pas que le titre d’ouverture (ndlr. l’instrumental Space Maker) soit fort.
N : Nous sommes d’accord.
JB : En revanche, Once Upon A Time est un excellent morceau… Photograph et Left Bank aussi, contrairement à Lost Message par exemple.
N : Aurais-je envie de faire un enfant tout seul comme Jean-Benoît ? (Longue pause de réflexion.) Disons que… Non, non, ça va. Notre musique correspond exactement à celle dont je rêve, je ne pourrais donc pas faire autre chose. Ce que j’ai pensé de son album ? Ah… J’aime les chansons lentes comme… Je ne me rappelle plus des titres ! En tout cas, je préfère les morceaux sombres, que je trouve très beaux, à ses pop songs. Cela dit, tout est une question de style : s’il avait fait des valses viennoises, je n’aurais pas aimé. (Rires.)
PopulAIR
JB : C’est vrai que nous sommes assez populaires, et ça me surprend moi-même ! Nos chiffres de ventes et l’impact de nos disques en Angleterre sont plutôt impressionnants. Je m’en suis rendu compte assez récemment. D’un autre côté, personne ne connaît vraiment nos visages, ce que je trouve génial. On est complètement protégés, on n’a que les avantages de la musique.
N : Mais on a déjà connu des échecs. 10 000 Hz Legend en était un. Pas du point de vue commercial, mais plein de gens n’ont pas pigé notre délire.
JB : Les échecs servent à se maintenir en éveil. Sinon, on se complaît dans son image.
N : Dans la vie d’un homme, si tu n’as pas une traversée du désert, il te manque un truc. C’est là que tu fais le point, que tu prends conscience de la valeur des choses. Je ne pense pas que notre propension à durer dépende du choix du projet. On est capable de mettre autant d’énergie dans City Reading avec Baricco que chez Charlotte Gainsbourg. Pour nous, ça correspond au même temps de travail. Tant qu’on gardera cette innocence qui nous pousse à nous jeter à fond, je suppose que ça continuera de rouler. On cultive beaucoup notre côté artisan. Cela faisait d’ailleurs le charme de notre organisation sur l’album de Charlotte. On écrivait la musique, Nigel produisait, Jarvis écrivait les textes, elle chantait : chacun avait sa fonction, comme dans un cambriolage.
R.E.AIR
N : À partir du moment où l’on a le choix, je ne vois pas le concept de le prendre. Te retrouver dans un truc sans lumière, pas très propre… C’est comme si tu avais le choix entre faire la queue ou pas. Prendre le train à Saint-Lazare, encore, ça va, parce que tu traverses des petites villes, tu rêves. Même le métro, je ne le prends plus. Sinon, par rapport à l’Hexagone, on s’est rendu compte en voyageant qu’on était très français. On a commencé par croire qu’on avait du succès parce qu’on faisait de la musique internationale, alors que c’est l’inverse ! Nous revenons de New York, et après avoir bien observé les gens, nous nous sommes aperçus qu’on avait vraiment des corps de Français. C’est indéfinissable, une espèce d’aisance mêlée de maladresse.
JB : Ce sont des corps un peu à la manière de l’inspecteur Clouseau, une gaucherie doublée d’une certaine naïveté. De plus, on a un rapport à la nourriture assez spécial. Aux États-Unis, les mecs sont très grands, très imposants, et soit ils sont musclés, soit ils sont obèses. Les mecs comme nous, normaux, n’existent pas. Ou alors, ils sont musiciens, ou de passage. C’est très étrange. Mais je pense que c’est à cause des proportions. Par exemple, quand tu commandes une omelette, il y a toujours 25% en plus. On assiste à un phénomène où les gens fortunés maigrissent, tandis que ceux qui ne peuvent pas se nourrir correctement grossissent. Or, jusqu’ici, c’était l’inverse. On va peut-être finir par en arriver à un point où seuls les produits de luxe seront payants.
N : Pour cet album, on a beaucoup enregistré à Paris, un petit peu à Londres. On était très Los Angeles, mais ça nous est un peu passé. (Sourire.)
MAIR du Japon
JB : Cette chanson évoque un peu l’image du Français voyageur qui se retrouve au bord du Pacifique et est touché par le syndrome de l’amour de la femme asiatique. Il se sent perdu.
N : Quand on a fait ce morceau, on cherchait des noms d’îles japonaises à citer dans les couplets. Et puis pour le second, nous avons remplacé ces noms d’îles par des prénoms féminins. Au départ, le refrain était en anglais. On l’a traduit en français et, à force d’épurer, il n’est plus resté que ça ! Je ne sais pas si l’on a bien fait. Mais il ne s’agit pas du premier single car il ne représente pas assez le disque. Cette erreur, on l’a déjà commise en extrayant Radio #1 de 10 000 Hz Legend, par exemple. Once Upon A Time n’est sans doute pas le titre le plus évident commercialement, mais il symbolise tellement Pocket Symphony qu’un tel choix est plus excitant.
JB : Il vaut mieux échouer à la radio avec Once Upon A Time qu’avec un titre plus évident comme Mer Du Japon.
N : On a besoin de ces chansons un peu plus légères et bubblegum pour faire ressortir la profondeur des autres. L’importance du contraste, voilà un des grands enseignements que j’ai tiré de mes études d’architecture.
Space MakAIR
JB : Notre futur… Porter un pacemaker. (Rires.) La dernière fois que je suis allé chez le cardiologue, il m’analyse et me dit : “Tout va très bien, aucun souci… Bon, il y a juste une petite anomalie”. Alors, je lui réponds : “Ah, mais que faut-il faire, quelles sont les conséquences ?” Et là, il me sort : “Rien. Bon, il se peut qu’un jour vous soyez amené à porter un pacemaker, c’est tout”. (Rires.) Les médecins ont le chic pour t’annoncer ce genre de choses : “Non, non, rien de grave, la seule conséquence peut être la mort subite”. (Rires.)
N : Space Maker, voilà un terme qui pourrait nous définir. Il correspond bien à notre musique.
JB : D’ailleurs, Air est réellement parti dans l’espace. Dernièrement, il y a eu de nouveau un envoi de sonde avec de la musique, et l’on en faisait partie.
N : Nous sommes même propriétaires d’une étoile. En fait, on nous l’a offerte.
JB : On lui a donné un nom, mais lequel ? (Il réfléchit.) Mais qui possède les étoiles ? En fait, il y a plus d’étoiles que d’hommes dans l’Univers. Et sur Terre, il y a autant de rats que d’hommes.
N : C’est vrai qu’à l’instar de ce premier morceau, Pocket Symphony est un disque assez instrumental. On venait de réaliser l’album de Charlotte avec uniquement des couplets/refrains, il s’agit donc d’une sorte de réaction. Et puis, cette musique nous vient plus naturellement, même si nous sommes capables de faire les deux. Pour Talkie Walkie, on n’avait écrit que des chansons, comme si le poids du succès nous y avait obligé. Cela dit, on s’est attaqué directement à l’instrumental avec la BO de The Virgin Suicides. Thomas Mars a été appelé au dernier moment pour chanter sur Playground Love qui devait servir au générique. C’est un des albums que les gens préfèrent, à cause de cette chanson.
VisionnAIR
N : Je ne me considère pas du tout comme un visionnaire. Notre musique ne me donne pas l’impression d’avoir fait avancer quoi que ce soit. Jusqu’à présent, nous sommes tellement restés dans notre bulle, en décalage par rapport à tout le reste, qu’on n’a rien vu venir. Quand on se lève le matin, on essaie d’être en phase avec notre humeur. C’est juste de l’ordre du ressenti.
JB : Être visionnaire quand tu es artiste, c’est un peu comme être héroïque en temps de guerre. Tu cherches juste à sauver ta peau, au final. Les vrais héros sont ceux qui n’ont pas réussi à ne pas être tués à la guerre. Nous, c’est pareil, on peut dire qu’on est visionnaire parce qu’on a fait des choses différentes, mais on est resté à côté de notre époque. D’autres ont aussi fait de la très bonne musique avec un style poussé et cela n’a pas tenu. Il n’empêche qu’eux aussi étaient peut-être visionnaires à cette époque-là, et que ça aurait pu marcher. Comme le projet Arpanet, par exemple.
ConçAIR
N : Il y a un truc cool, quand même, avec les tournées : tu n’es nulle part sur la carte, tu n’as plus aucune attache, tu voyages la nuit… Tu pars complètement, en laissant tout derrière toi. Et puis, c’est très gratifiant. Car les gens viennent nous voir, et ils s’évadent pendant une heure et demie. L’idée de leur faire du bien est complètement folle. C’est tellement difficile de rendre les gens heureux dans la vie privée que tout à coup, tu te dis que t’es un mec bien. (Sourire.) Et puis, on a vachement appris notre métier. Si on n’avait pas fait des centaines de concerts, on n’en serait pas là. Désormais, on arrive à s’oublier. Prendre ma guitare est une évidence, comme quand je vous parle. Voilà pour les aspects positifs de la tournée. Globalement, j’adore ça, mais d’un autre côté, on est complètement décalé par rapport aux gens. Sinon, comme le disait Jean-Benoît tout à l’heure, on monte ce spectacle avec Xavier Veilhan baptisé Aérolite, qu’on représentera à Beaubourg au mois d’avril et à la Tate Modern en juillet. Et cela n’a rien à voir avec nos concerts traditionnels : je ne jouerai que du koto, cela va être très conceptuel. Et comme le spectacle se déroule dans des endroits très précis, on va pouvoir se lâcher sur la scénographie. Ce serait impossible à réaliser sur l’ensemble d’une tournée où la configuration des salles diffère chaque soir.
AIRcheology
N : Un outil de travail. Ce label nous permet de rester maîtres de notre créativité, sans subir les pressions d’une maison de disques. Il n’est pas voué à héberger d’autres artistes, contrairement à Record Makers, qui était une très bonne expérience… Mais à chacun son métier. Cela nous a créé bien trop de soucis pour qu’on perde à nouveau du temps là-dessus. La vie est courte et l’on a tellement de chansons à écrire…
IntAIRprètes
N : Absolument personne ne parle de nos qualités d’interprètes ! Depuis dix ans qu’on fait des disques, dans l’esprit des gens, c’est toujours comme si des Martiens venaient enregistrer à notre place. (Rires.)
JB : Avec Charlotte Gainsbourg, on a beaucoup travaillé notre côté piano/guitare. Musicalement, 5: 55 est un peu l’album acoustique de Air, et nos instruments sont notre religion.
N : Je commence de plus en plus à revendiquer ce rôle de musicien, d’accompagnateur. D’ailleurs, j’ai dit à Nigel Godrich de m’appeler si un jour, il avait besoin d’un bassiste pour une session en studio. J’adorerais connaître cette sensation de jouer pour quelqu’un d’autre. Juste me pointer et dire : “Salut, alors, que fait-on aujourd’hui ?” Malheureusement, ça n’arrive jamais. (Sourire.) Alors, on se prend la tête, on essaie de composer un morceau génial…
JB : Les Funk Brothers, par exemple, étaient considérés comme des interprètes, alors qu’ils étaient au moins des arrangeurs, voire des compositeurs, et même les producteurs de l’ensemble. La frontière entre ces différentes fonctions est très mince. Sur certains disques, tu as toujours des gens qui jouent trop bien pour ne pas être considérés comme des compositeurs. Il n’y a qu’en musique classique que tout est clairement séparé.
N : Quant aux interprètes du nouvel album, Jarvis Cocker et Neil Hannon, leur présence est tout à fait logique puisqu’on a bossé avec eux sur le disque de Charlotte. On n’est pas allé les chercher très loin. (Rires.) Somewhere Between Waking And Sleeping, chanté par Neil, est même un titre qu’on avait écrit pour Charlotte, mais elle n’en a pas voulu. On était dégoûté parce qu’on l’adore, et du coup, comme Neil était l’auteur des paroles, il se retrouve logiquement à le chanter sur Pocket Symphony.
JB : D’ailleurs, je crois qu’il a vraiment adoré ce morceau. Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que c’est le genre de trucs qu’il ne fait pas forcément avec son groupe. Et je trouve que ça s’entend.
N : J’adore son côté elisabéthain, très anglais. Ça me rappelle les Stones des débuts, quand ils écrivaient des morceaux comme As Tears Go By, qui transpiraient leur culture anglaise. Tout le monde dit que les Stones sont des rockers, mais je les trouvais cent fois plus intéressants quand ils réalisaient des trucs comme ça.
ItinérAIR
N : Ça me tue car tout le monde clame qu’on a une vie géniale, du succès, etc. Mais on a passé notre enfance à bosser comme des malades ! Au lieu d’aller jouer au foot ou de glander devant la télé, on se faisait chier à apprendre la guitare ou le piano. Tout ce qu’on a, on l’a mérité. En plus, notre choix de musique n’est pas facile à l’origine. Forcément, maintenant que ça marche, tout le monde a tendance à l’oublier ! La première étape de notre parcours, c’est la découverte de notre son, le jour où le Rhodes et la basse se sont mis à s’accorder. J’étais sur le cul… Trouver un style propre est un passage très important dans la vie de quelqu’un. On se cherche jusqu’à l’âge de 25, 26 ans et d’un coup, tout prend forme. Moi, j’étais dégoûté par la musique parce que toutes les cassettes que j’avais envoyées s’étaient fait jeter de partout. Et je venais de réaliser que mon parcours en Archi ne me servirait à rien car je n’étais pas assez bon. Et puis, ce moment génial est arrivé. La deuxième étape capitale correspond au succès rencontré par Moon Safari : trois millions d’albums vendus, on ne s’en est limite pas remis ! Puis, quand Talkie Walkie est sorti, les gens ont semblé encore intéressés, malgré l’effondrement de la french touch. Là, on a compris que c’était notre vie… Et que ça le serait pour toujours. Musicalement, je trouve Talkie Walkie moins bien que les autres. Mais au niveau du timing, il est important. Tu te sens un peu comme après un crash en avion : “Tiens, je suis toujours là”. (Rires.)
JB : Je ne crois pas que la french touch soit morte. La musique électronique dort, mais elle est encore là. Il y a encore des clubs, des gens qui font de la techno, seulement ce n’est pas mis en avant car la mode a changé. Ça va forcément ressortir, et les protagonistes de l’époque seront considérés comme des héros. Mais les grandes étapes de notre vie sont aussi extraprofessionnelles, bien sûr. Le premier traumatisme, c’est la naissance déjà. On met du temps à s’en remettre. (Sourire.)
N : D’ailleurs, de notre côté, nous faisons tout pour retourner à l’étape qui la précède… (Sourire.) Le studio symbolise vraiment le ventre de la mère, tant cet endroit est hermétique.
article extrait de :
MAGIC RPM #85
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