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Talkie Walkie de Air

chronique d'album
Le succès international et parfois agaçant de Moon Safari aura au moins eu une conséquence positive. Désormais assurés de leur subsistance ainsi que celle de leur descendance pour une ou deux générations, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel ont pu très vite s'affranchir de toute pression autre que créative et rester salutairement indifférents à toutes les tentations de déclinaison d'une formule figée. Construisant pas à pas une discographie qui alterne les "vrais" albums et les rencontres ponctuelles avec d'autres formes d'art (le cinéma pour la BO de Virgin Suicides, la poésie et la danse plus récemment), le duo réussit pour la troisième fois à séduire tout en surprenant. Bien que rattaché, par son titre, au même champ lexical ondulatoire que son prédécesseur, 10000 Hz Legend, Talkie Walkie ne se situe pas, en effet, sur la même fréquence. Largement recentré sur des tonalités acoustiques, souvent plus guitare que claviers, ce troisième épisode enchaîne avec grâce les figures de style les plus variées. À une ballade rétrofuturiste à la mélancolie poisseuse (le single Cherry Blossom Girl), succèdent ainsi sans crier gare un hommage à leur ancien graphiste en forme de fugue classique (Mike Mills) ou un tube electro galactique (Surfin On A Rocket), digne successeur de Sexy Boy, le tout baignant dans une atmosphère de décontraction sereine et d'intimité partagée. Et si les invités prestigieux se font rares, à l'exception de Nigel Godrich, metteur en son toujours royal, c'est que Godin et Dunckel n'ont nul besoin d'auxiliaires ou de faire-valoir pour poursuivre l'exploration d'un univers à la fois cohérent et éclectique. Et pour conclure avec brio un premier hat-trick presque parfait.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #77
article extrait de :
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