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Moon Safari de Air

chronique d'album
Fatalement, l'engouement événementiel suscité autour du premier album de Air n'est pas sans rappeler certains débordements commis il y a juste un an au sujet de Daft Punk, autre duo français dont le disque fut attendu ici comme une "révélation". Par deux fois, l'Angleterre nous désigne d'emblée nos champions et, comme pour Daft Punk, le buzz aérien est venu de Londres, affolant la branchouille parisienne, soucieuse de ne pas rater ce beau train qui passe. Restons calme. Car si le Moon Safari de Air est un excellent album de pop, il n'est peut-être pas un disque futuriste, encore moins d'avenir, mais plutôt une incroyable tentative d'épuisement de la variété populaire qu'elle soit française ou anglo-saxonne, de Gainsbourg à Dusty Springfield, de Bowie à Polnareff de ces trente dernière années. Moon Safari est à la fois inventaire à l'usage des jeunes générations et délire de mélomane érudit. C'est surtout le disque d'un duo instrumental métamorphosé en vrai groupe pop, grâce à la voix de Beth Hirsh, plaçant une sensualité soul bienvenue sur All I Need et You Make It Easy, ou par la réhabilitation du vocoder sur la plupart des titres, donnant une tonalité kraftwerkienne aux tubesques Sexy Boy et Kelly Watch The Stars. Avec Moon Safari, subtil alter ego au Come From Heaven d'Alpha, Air construit sa pyramide nostalgique d'un passé appris par coeur dans ces foutus vinyles des 70's et réussit à en faire quelque chose de nouveau, qui, l'Air de rien, tombe pile dans l'Air du temps. Un art de la débrouillardise qui s'applique autant au cinéma de Tarantino qu'aux bouquins de Patrick Rambaud. Ce qui a conduit ces deux derniers à recevoir nombre de récompenses et d'avoir droit au tapis rouge de rigueur. Et c'est exactement ce qui attend Air.
Hervé Crespy
MAGIC RPM  #18
article extrait de :
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