Adam Green
est un artiste énervant. Fondateur du duo culte de l'anti-folk, The Moldy
Peaches, à tout juste vingt ans, il mène depuis 2002 une carrière solo
impeccable. Son visage poupon et sa nonchalance dylanienne rendent les jeunes
filles hystériques, alors que son humour corrosif ravit leurs petits amis. Les
barbons de la critique ne savent pas où le ranger, tant il s'attaque sans
vergogne à toutes les figures musicales de l'Amérique profonde, blanche et
noire. Il brille dans le dénuement, mais sait aussi parer ses chansons
d'instrumentations chatoyantes. Parfois, il pose sur les photos aux côtés de
son super copain Carl Barât. Pire que tout, il est né à New York. Du coup, on
se réjouit presque d'être un peu déçu à chaque nouvel album. D'avoir la
satisfaction d'oublier qu'on attend beaucoup de lui. On y trouve toujours des
chansons dispensables, l'occasion de pointer d'un doigt accusateur l'odieux
remplissage, l'exagération juvénile, le manque de discernement. Non, un garçon
si doué ne peut être simplement généreux. Prétentieux et autosatisfait, voilà
qui tombe sous le sens. Sixes & Sevens, son cinquième opus, est le
meilleur depuis Friends Of Mine (2003). Sa voix grave de crooner mal
embouché y fait des merveilles, son songwriting affronte effrontément tous les
courants. Qu'il se prenne pour Lee Hazlewood (When A Pretty Face),
Jonathan Richman (Cannot Get Sicker) ou même David Bowie (Festival
Song), il parvient toujours à imprimer sa patte finaude, à imposer son
style si habilement décalé. C'est bien connu, le talent rend jaloux. Adam Green
est un artiste énervant.