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Mercy Street
archive mag novembre 1997
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Dans les années 80 une éternité, donc , on ne croisait le chemin de Jay Alanski, monsieur A Reminiscent Drive, que par "pur hasard" : en allumant la radio, dans des soirées chez des amis, dans un café. L'homme était roi, celui qui règnait en maître sur la "variété" française, l'homme de l'ombre qui produisait et écrivait pour... Plastic Bertrand, Julien Clerc, Bertignac mais aussi Lio, Alain Chamfort, Les Innocents ou Jill Caplan. Dans les années 80, sûr de notre intégrisme musical que l'on justifiait alors par un "bon goût", sans même pouvoir avancer d'autres explications dignes de ce nom , on ne pouvait (avouer) apprécier Jay Alanski. Que l'on aime, que l'on déteste ou que l'on y soit indifférent, il faudra pourtant reconnaître ou admettre que, du raz de marée électronique du milieu des années... 80 de la house d'hier au abstract hip hop d'aujord'hui, de l'ambient d'hier à la drum 'n' bass d'aujourd'hui , découlent trois des fondements qui rendent si excitante, si colorée, si pertinente la scène musicale des 90's. D'abord, le fait d'avoir aboli les barrières entre les genres, d'avoir gommé toute frontière. Ensuite, d'avoir relativisé le "culte de la personnalité" inhérent à la pop : le disque a pris, parfois, le pas sur son géniteur. Enfin, d'avoir remis au goût du jour une approche instrumentale, style tombé en désuétude et déprécié depuis belle lurette. En ce sens, Mercy Street est bien une résultante de cette révolution. Ici, il serait bien prétentieux de vouloir apposer une étiquette ; à l'instar d'un Dominique Dalcan avec Snooze , Jay Alanski s'est effacé derrière un pseudo énigmatique ; enfin, ce sont seize saynètes exclusivement musicales qui composent ce disque. Un disque annoncé par trois très beaux singles Flame One, Embrace et Given, dont on retrouve ici certains titres et à prendre comme une véritable invitation : invitation au rêve, au recueillement, au(x) voyage(s). Car Alanski offre plusieurs destinations, plusieurs clés, met en scène plusieurs personnages : il est évident que ce n'est pas la même personne qui revient au Maroc, emprunte la rue de la pitié ou qui visite le "nouveau" Jerusalem. Pour créer cette "multiplicité", le compositeur s'est refusé à utiliser une seule même formule, à s'imposer un style : il brouille alors les pistes, s'inspire de Satie (Footprints), pioche dans le jazz, rappelle le Cure de Faith peut-être inconsciemment, mais il est amusant de constater que la foi est la principale inspiratrice de ce chef d'oeuvre sur True Love, utilise une guitare espagnole sur N. Y. C. Dharma, joue d'un vibraphone, invite des boîtes à rythmes, laisse s'immiscer un orgue et que sais-je-encore. On remarquera alors que chaque morceau offre des contours flous autre surprise de la part de celui qui semblait obnubilé par les tructures contraignantes de la pop , qu'il évolue dans sa propre sphère. Pourtant au lieu de donner un caractère décousu, cette approche apporte une unité à l'ensemble, un peu sur le même modèle de ces films qui mettent en scène plusieurs acteurs, dans différents lieux mais confrontés à une même histoire, comme savent si bien les réaliser Jim Jarmush ou Hal Hartley. A Mercy Street, merveilleuse bande-originale d'une aube ou d'un crépuscule oniriques, véritable hâvre de paix, on pourrait trouver quelques prédécesseurs : certains disques du pianiste Harold Budd, le Maximizing The Audience de Wim Mertens ou le Without Mercy de Durruti Column. Mais Mercy Street, résultat d'une technique de cut-ups, puzzle et assemblage de sons parfois antinomiques mais dont le mariage débouche sur une merveilleuse sérénité, offre trop de nouvelles perspectives pour se laisser inclure ainsi dans une lignée. Et c'est alors que l'on s'aperçoit, en parcourant les notes de pochettes, qu'il a été conçu sans l'aide d'ordinateurs... Etrange aveu dans une époque où tout est technologie. Mais un aveu qui ne nous empêchera pas d'écouter Mercy Street ... en boucle.
Christophe Basterra
article extrait de :
MAGIC RPM #17
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