Depuis le début des années 90, Emmanuel Tellier a toujours su allier, avec plus (Chelsea, La Guardia) ou moins (Melville), de bonheur les activités de critique rock et les travaux pratiques de l’autre côté de la guitare et du micro. Avec une cohérence qui force le respect et même l’admiration, il est souvent parvenu à accorder la plume et le ramage, défendant en acte, au travers de ses compositions une forme d’élégance pop discrète, dépourvue de pose ou d’effets de style trop ouvertement baroques, caractéristique de la plupart des groupes qu’il a pu louer dans ses écrits journalistiques. À cet égard, ce premier album de 49 Swimming Pools, coréalisé avec le guitariste Étienne Dutin (déjà croisé du temps de Chelsea) et du batteur Fabien Tessier frappe encore par son haut degré d’exigence mélodique et la fort bonne tenue de l’écriture. Souvent rêveuses, un peu mélancoliques, les douze chansons déploient toute leur richesse harmonique et leurs qualités évocatrices à partir de la répétition de motifs acoustiques simples, sur lesquels viennent peu à peu se greffer des arrangements judicieusement cuivrés. Cette recherche d’une forme d’onirisme musical ascensionnel, porté par une voix à la limite de la rupture ou de l’étranglement, n’est pas sans évoquer un cousinage américain avec Mercury Rev ou Sparklehorse. Forcément familier des références et conscient, par nécessité professionnelle, de leurs caractères à la fois inéluctable et limité, Emmanuel Tellier arrive ici à afficher sans ostentation quelques-unes des siennes sans dériver un seul instant vers le patchwork ni vers le plagiat.