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Invariablement, les chroniques tracent le parallèle entre Vampire Weekend et Yeasayer, éclaireurs supposés d’un courant afropop qui emprunterait polyrythmies et éléments mélodiques aux traditions extra-européennes, tout en s’assumant nerds new-yorkais. Pour Yeasayer, cependant, l’origine des sources lointaines ne se limitait pas à l’Afrique – le tropisme psychédélique étant plus sensiblement azimuté et les mélodies patchwork pas si évidentes. Depuis, Animal Collective a touché une plus large frange de la conscience populaire, et la somptueuse euphorie de Grizzly Bear a triomphé. Le niveau de concurrence aiguisé, Yeasayer n’avait pas le droit de se louper sur son deuxième album.

Par certains aspects, Odd Bloodest plus étrange que l’inaugural All Hour Cymbals (2007). Ce disque possède l’assurance pop qui manquait totalement à son prédécesseur, déploie un chatoiement sonore roboratif, mais use sans compter d’éléments cheesy qui devraient le disqualifier… Et pourtant. Le single Ambling Alp est ainsi exemplaire. Malgré une batterie synthétique, une rythmique reggae posée sur le refrain, la voix pop eighties et les falsettos à la Bee Gees, le morceau est remarquable de cette pop expérimentale. On a le droit de lui préférer la mélodie folk et la pulsation funk de Madder Red. Ou I Remember, avec ses synthétiseurs carillonnants et son chant à la Mark Hollis.

Ou encore O.N.E, qui joue des percussions caribéennes et frise vocalement avec le sentimentalisme. Voire Mondegreen propulsé aux handclaps et aux cuivres, qui fait bizarrement penser à un hommage à Michael Jackson. Tout l’album joue avec virtuosité de cette tension entre références à la culture pop la plus populaire et expériences sonores d’autant plus frappantes qu’elles ne sont jamais envahissantes.
Philippe Richard
MAGIC RPM  #139

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