À voir débarquer un nouveau nouvel album de
Vic Chesnutt alors qu’on n’a pas encore décellophané le tout frais
At The Cut, on est prêt à diagnostiquer chez l’Athénien un début de SFB (Syndrome
Frank Black : affection atteignant certains auteurs-compositeurs prolixes incapables de stopper l’infernale cadence de publications pas toujours essentielles et de projets plus ou moins aboutis). Mais il n’y pas ici la moindre trace de désinvolture ou de complaisance dans cet album austère.
Vic Chesnutt est là tout entier et
tout nu.
Skitter On Take-Off est le fruit d’une collaboration avec deux amis de longue date :
Jonathan Richman et son fidèle batteur patibulaire,
Tommy Larkins, ont souhaité produire ce disque et offrent accessoirement leurs services de backing-band fantôme. Car ce qu’on entend surtout ici, c’est
Vic Chesnutt seul à la guitare, à peine soutenu par une rythmique minimaliste, déroulant des chansons désolées dans un
dépouillement effrayant, sans arrangements ni fioritures. Tout à sa
litanie de désastres intimes, le chant dérape parfois et appuie là où ça fait mal. Sur
Worst Friend,
Vic dresse un catalogue déroutant et cru de camarades aux défauts plus ou moins rédhibitoires, avant de s’attribuer le titre de pire ami du monde (
"When you are down, I’m nowhere to be found"). Le seul moment où le chanteur laisse entrer un peu du soleil qui suit
Jonathan Richman en permanence, c’est
Society Sue, avec rythme chaloupé et guitare chaleureuse au menu. Le disque s’achève sur une nouvelle version de
Sewing Machine, déjà interprétée en groupe sur l’unique album de
Brute,
Nine High A Pallet (1995). Un souvenir d’enfance sépia encore plus touchant quinze ans après sa première incarnation électrique.