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Compte-rendu live - 08/07/10 de Peter Doherty

interviews
Hier soir à la Cité de la musique, dans le cadre du festival Days Off, Peter Doherty a décliné son répertoire. L'occasion de faire le point sur la condition d'une coqueluche embringuée dans une flamboyante perdition. [Texte Michaël Patin].

Ben voilà, Peter Doherty a joué à la Cité de la Musique. Tout seul avec son costume, son chapeau, sa Gibson J-160E et sa gueule d'ange passé sous les roues de la Bentley. Il est arrivé à l'heure, bien pour le public à l'heure, dans cette salle autrefois occupée par Pierre Boulez, Carla Bley, John Cage et l'Ensemble Baroque de Limoges. On se glisse au fond de la fosse, entre un trio de parisiennes BCBG qui trépignent et font les coquines (gloussements fatigués) et une touffe grise à lunettes carrées profil dir' com dans la culture, l'air infiniment absent (ça se travaille). Tour sur soi-même et lancé de jumelles aux balcons : la moyenne d'âge des spectateurs est approximativement de trente-cinq ans. Elles semblent loin, les attaques du métro londonien au hasard, en bande, avec l’envie de gazoline et le briquet entre les dents.

Sa Majestée peut l'empêcher de conduire en état d'extrême ivresse, Pete s’en tamponne: il n'est plus un enfoiré de branleur junkie, ni un rat de laboratoire pour tabloïds, ni vraiment un aimant supersonique à culottes XXS, mais une Institution. Objet des regards convergents et des bons mots chuchotés, la bouteille de vin sur la table est une ruine,un stigmate, un charbon de totem. Il n'en boira d'ailleurs qu’un petit tiers, distribuant le reste aux trente-cinquenaires du premier rang, qui se tireront les cheveux pour avoir l’exclusivité des dernières fuites de son ADN. Arrivé si loin de ses bases, le gosse de Hexham donne élégamment ce qu'on lui demande (des chansons) et accepte avec allant ce qu'on lui offre (les papiers, briquets et objets divers qui viennent s'écraser sur la scène, et qu'il commente avec l'humour et la diction lapidaires d'un vétéran du tour de chant).

Sauf qu'on est loin du compte. Car ouais, c'est de Pete motherfuckin' Doherty qu'on parle. Il ne faut véritablement pas plus d'une minute pour se rappeler qu'il possède l'une des plus belles voix de sa génération. Son jeu de guitare nonchalant, trébuchant, parfois carrément dépenaillé, fait le ressac et emporte cette voix à la sincérité intacte, qui se délie et s'étrangle en des caresses irrémédiables. Une heure après, la nuque raide et la larme à l’œil devant The Good All Old Days, on ne cesse de se répéter combien c'est aussi un putain de grand songwriter. Classique sur classique, des pelletées de merveilles au répertoire. Alors on s'ébroue, illuminé par l'évidence : l’enfant perdu est devenu un incontournable, un incontestable, un artiste dont le charisme et le talent sont tels qu'il a sa place partout, têtes et cœurs, troquets et Panthéons, jusque sur cette scène où 2 danseuses classiques aux corps parfaits et néanmoins dangereusement bandants se contorsionnent dans les vapeurs mélancoliques de Last Of The English Roses (oui, vraiment).

Quelques années plus tôt, on écrivait au creux d’une nuit bourbonneuse une Épitaphe pour Pete, lui adressant virtuellement les derniers hommages avant qu'il n’avale sa langue avec le Vesparax ou ne s'endorme au fond d'une piscine du Sussex. Les 27 printemps sont passés, même la trentaine maudite, les trente-cinq bougies n'ont plus rien de mirages ricanants. Pete est vivant, plus que jamais présent. Du fond de la fosse dans cette Cité en liesse, on dirait même – ça brûle un peu le bide - parti pour rester.
Michaël Patin

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