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Dans un monde surmédiatisé, où tous nos faits et gestes se doivent d’être jetés nonchalamment dans les tuyaux du Web pour alimenter un appétit voyeuriste jamais rassasié, le cas du musicien Dayve Hawk et la discrétion qui entoure son alias Memory Tapes font figure d’exception. Peu disert en interview, angoissé à l’idée de faire bonne figure pendant les tournées, ce trentenaire du New Jersey préfère se tenir à distance des us et coutumes de la musique pop, à l’abri des lumières artificielles et des conversations superficielles. Et vice-versa. Sur le céleste et bouleversant Seek Magic (2009), Memory Tapes s’inventait un retour vers le futur en façonnant un style immédiatement reconnaissable : une voix androgyne à la Prince, des gimmicks electro mélancoliques d’une grande subtilité, une guitare new-wave qui créent au final des chansons modernistes et dansantes semblant surgir d’un temps paradoxalement reculé. Ou simplement oublié. Il y a d’ailleurs quelques similitudes entre les inventions de Memory Tapes et l’inspiration sans bornes qui avait permis à A.R. Kane d’enfanter un album de pop iconoclaste comme I (1989).

 

La magie opère plus que jamais sur Player Piano où se précise le goût de son auteur pour des compositions en trompe-l’œil, volontairement contradictoires, où les sentiments d’allégresse et de perte s’intervertissent ou fusionnent dans un même rêve éveillé. Today Is Our Life est à cet égard l’exemple parfait d’un titre qui débute les larmes aux yeux pour finir la tête dans les étoiles en empruntant des lignes de fuite insoupçonnées. De même qu’à l’écoute du single crépusculaire Yes I Know, entre un clavier solennel et une batterie qui résonne lointainement comme une marche militaire, nos repères émotionnels se brouillent. De Weird Tapes, sa précédente identité essentiellement électronique, Dayve Hawk a su conserver un sens de la transition imparable comme le prouvent Humming et Fell Thru Ice II, deux instrumentaux superbes disséminés dans un album qui ne l’est pas moins. Le bouquet final revient au bien nommé Trance Sisters qui ménage ses effets jusqu’à une explosion de claviers orgiaques qui débordent de partout. Si l’on a pu associer à juste titre Memory Tapes à des formations chillwave comme Washed Out et Toro Y Moi, Dayve Hawke puise toutefois moins dans l’esthétique 80 que dans sa propre enfance, avec son lot d’abandons irréparables et d’exaltations mémorables.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #154

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