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Tout commence par un son profond, funèbre, ressemblant fort à un binaural beat, ces vibrations censées perturber les sens de l’auditeur et simuler l’effet d’un psychotrope. Vite, une boucle de piano vient modérer le malaise et introduire la voix étrangement relaxée de Tunde Adebimpe (TV On The Radio). Le refrain n’est qu’une phrase répétée à l’infini, le chaos monte, bientôt maté par des chœurs édéniques et des gouttes de sons numériques tombant une à une.

Pray For Rain, parfaite introduction au cinquième album de Massive Attack, confirme les espoirs générés par le single Splitting Of The Atom lancé en éclaireur. Les atmosphères poisseuses, la déprime groovy, la recherche sonore, les invités de marque – dont l’inévitable Horace Andy présent depuis le mémorable Blue Lines (1991) –, tous les éléments classiques de Massive Attack sont là, avec une attirante noirceur renouvelée. L’un des talents de 3D et Daddy G est de dépayser les voix qu’il invite.

Si Martina Topley-Bird officie dans son registre caressant (Babel), son chant est percuté par une basse brute de décoffrage. Sur Psyche, faux morceau acoustique composé de boucles de guitares folk noyées d’écho, on la reconnaît à peine. Le chanteur d’Elbow, Guy Garvey, hérite du très arythmique et électronique Flat Of The Blade. Tissée au vibraphone pour Hope Sandoval, la chanson Paradise Circus s’avère un rien décevante. Pourtant, la voie “classique” offre l’un des tours de force du disque : Saturday Come Slow réunit Damon Albarn et Adrian Utley de Portishead pour une somptueuse ballade au lyrisme retenu, d’une ferveur rare.
Philippe Richard
MAGIC RPM  #139

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