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Voici deux ans, Secular Works bousculait pas mal de certitudes. Projet fou initié par un intime de Glenn Branca nommé Charlie Looker, Extra Life suivait les traces d’autres formations du siècle dernier (de Pentangle à Malicorne), en injectant la tradition médiévale dans le bouillon actuel. Ici, le math rock. Ou ce qu’il en reste. Looker est un habitué des projets abrasifs : à la guitare sur la relecture frappadingue du Rise Above (Black Flag) par Dirty Projectors. Et au sein de Sz (à ne pas confondre avec l’homonyme grenoblois SZ), groupuscule terroriste sonore qui mêlait math rock, symphonies et power electronics – à faire passer John Zorn pour un musicien de bal. Tyondai Braxton lui-même ne tarissait pas d’éloges pour Secular Works, curiosité qui se voit offrir une suite avec Made Flesh. Histoire de mettre du corps à l’ouvrage. Très dense, cet album démarre en trombe avec Voluptuous Life, brûlot pythagorique enfoncé en son sein par le chant de Charlie Looker. Ce dernier, comme déconnecté, applique les techniques du Moyen-Âge et mène le morceau vers d’improbables ailleurs. À ce stade du disque, deux options : l’envoûtement immédiat. Ou l’irritation face à ces vocalises qui ne cèdent en rien à la modernité – et pourraient même relever de l’esbroufe : il ne chante qu’une seule note, non ?

On aurait tort de s’arrêter là. Car c’est justement dans ce combat entre tradition chantée pluriséculaire, textes contemporains, instruments novateurs (l’EWI, sorte de rencontre entre le synthé et le hautbois) et math rock finalement juvénile que se situe tout le sel de Extra Life. Un jeu avec les contraintes pour mieux briser les carcans : ainsi de Easter, brutalité concentrée en embardées rythmiques où Looker mène la danse, ses précieuses incantations héritées du plain-chant étant suivies de près par une basse tarée, un piano paniqué et une batterie azimutée. Les bases posées, Extra Life déploie son art : Black Hoodie nous projette dans la cour d’un château fantasmé, où trouvères et ménestrels ont pris leurs aises – une véritable ballade, au sens premier du terme. Suit Head Shrinker, monument de douceur sous tension, entre arpèges, saxophones, chœurs angéliques et mélodies entremêlées. Cérébral, Extra Life affirme pourtant la primauté du corps sur l’esprit (vieille question) et clôt ce second Lp avec The Body Is True, doom allégé pas très loin de Om. Pas facile d’accès, le quintette trace une route nouvelle mais sème suffisamment d’indices en chemins pour ne perdre personne. En attendant, une chose est certaine : Made Flesh effrayera les prudents pour mieux soumettre les audacieux. Magistral.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #140

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