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Ela Orleans décrit ses enregistrements par la formule suivante : “Des films pour les oreilles”. Nombreux sont les musiciens qui obéissent au même désir, celui d'évoquer des images et des mouvements par l'art des sons, mais peu nombreux sont ceux qui parviennent à la hauteur de cette ambition. Sur ce second album solo, la Polonaise installée à New York offre un étourdissant voyage cinématographique dans l'espace et le temps. Tout commence à Brooklyn, où la demoiselle membre du trio Hassle Hound a récemment intégré un prestigieux programme de la Broadcast Music Inc. (Composing For The Screen) pour la création musicale du septième art. À l'aide d'un matériel des plus communs, elle enregistre seule et parfois accompagnée de Wende K. Blass (le guitariste de Burkina Electric) des comptines hypermnésiques sur des poèmes de Robert Walser, Sarah Teasdale, Bruno Schultz et Bill Rivers (dont la chanson Lost a donné son titre au disque).

Immédiatement, on songe à Badalamenti, His Name Is Alive, Moondog, White Noise, mais ces souvenirs évidents semblent insuffisants pour décrire la magie qui opère dans ce paradis perdu. Si cette précieuse compositrice dont la voix évoque celle de Nico avoue son admiration pour The Velvet Underground et The Beach Boys, elle confesse également “être plus intéressée par l'envoutement sonore que par l'entrain mélodique” de ses créations musicales. De nombreuses références plus intimes et tout aussi riches sont revendiquées : Robert Wyatt donne le ton confident, les chanteuses américaines des années 40 (Glenda Collins, Andrew Sisters), les Françaises des 60's (surtout Françoise Hardy) bouleversent les repères du temps, et les musiques traditionnelles de l'Ouest africain détournent la géographie.

Cette impression de sur-persistance de la mémoire et des lieux est renforcée par la méthode de sample utilisée par Ela Orleans, qui au lieu de faire un simple copier/coller d'une phrase musicale, préfère la redire à sa manière, avec sa propre voix et ses instruments, à la convenance de sa mémoire dilettante. Lost est une radio magique captant les ondes hertziennes d'un autre temps, un jukebox hanté par une voix profonde et délicate qui ressurgit des dédales du passé pour trouver une nouvelle virginité, l'œuvre fascinante d'une femme qui a choisi de s'emprisonner dans les sillons d'un vinyle, un ingénieux trésor musical rappelant en tous points le roman cinématographique d'Adolfo Bioy Casares, L'Invention De Morel. Merci au jeune label français, La Station Radar, de défricher si admirablement et de nous gratifier (à nouveau) d'une telle merveille.

Xavier Mazure.

PS. Quelques extraits d'Ela Orleans à retrouver sur ce sitofficiel.

myriads (performed by ela orleans)

amsler grid (performed by ela orleans)

yes, of course (performed by ela orleans and wende k.blass)

in spring (performed by ela orleans)

four (performed by ela orleans)

high moon (performed by ela orleans)

barry lyndon (performed by ela orleans and wende k.blass)

elegy (performed by ela orleans)

something higher (performed by ela orleans)

reading stones (performed by ela orleans)

patterns in situations (performed by ela orleans)

black and white flight

homily (performed by ela orleans)

terminal one (performed by ela orleans)

life guards

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