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Borges, après le livre de l’infamie, parlait du livre des désastres. Il était question de notre fascination pour la fin des choses, l’attrait du crépuscule. Sans doute, Norrköping (la ville dont est originaire ce quatuor suédois), inspire peu une ode à l’aurore. PG.Lost fabrique en effet une musique sombre, schématique et souvent lourdement codifiée. Ces jeunes gens portent leur regard vers des étoiles noires et fabriquent des silences pour mieux faire exploser un certain excès. L’architecture de chaque composition se révèle être la même : montée-climax. Ce procédé est parfois utilisé avec virtuosité par certains groupes – Slint, Bedhead. Ici, par instants, une belle énergie transparaît, mais elle ne nous fait guère oublier les longs moments d’ennui. Le disque s’ouvre pourtant sur un beau duo de chansons : Vultures et Terrain. Une tension incroyable en ressort, avec des apogées électriques saisissantes. On se remémore alors les beaux passages d’un groupe comme Explosions In The Sky.



Mais la production austère et diablement lisse de Magnus Lindberg altère vite notre curiosité. Cet album, peu à peu, s’immole dans une neutralité accablante, où rien n’est laissé au hasard, où tout se tient et se déroule imperturbablement. Ce que l’on espère, secrètement, c’est que ces jeunes gens-là s’amusent, eux au moins, à faire cette musique. Mais on a du mal à y croire à l’écoute du soporifique Weaver. Toute cette gravité, ce pessimisme et cette noirceur deviennent trop factices et on en ricanerait presque. Paradoxalement, pour savoir ce qu’est l’insondable tristesse et ses terribles tourments, il suffit d’écouter The Beach Boys. Et plus précisément Til I Die. Les apparences sont souvent trompeuses et PG.Lost se perd justement dans les apparences. Ce groupe désire composer des nocturnes intenses, mais ceux-ci s’avèrent aussi ténébreux qu’un grotesque soleil monégasque.
Lyonel Sasso
MAGIC RPM  #162

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