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Minor Love de Adam Green

chronique d'album
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La décennie achevée, les bilans s’amoncellent. Les cadavres, aussi. Quant aux survivants, on n’aurait pas parié qu’un jeune godelureau déguisé en Robin des Bois soit de ceux-ci. Sérieusement, qui, en 2001, aurait imaginé que de la bonne blague Moldy Peaches jaillirait un songwriter de la trempe d’Adam Green ? Nous voici donc, en 2010, à évoquer le sixième album solo de cet éternel potache, cousin pouilleux des Strokes (indéniable mimétisme vocal avec Julian Casablancas) et compagnon de beuverie des Libertines. Une jolie trinité de la déglingue apprêtée du nouveau siècle, en somme.

Depuis l’indépassable Friends Of Mine(2003), qui compte assurément parmi les meilleurs disques de cette fichue décade, Adam Green s’est sacrément reposé sur ses lauriers. Pour perdre un peu de cette grâce juvénile, se lancer dans des disques plus orchestrés, se rêver Scott Walker à la place de Neil Hannon (l’humour juif new-yorkais acerbe et abscons en plus). Et plaire, à défaut de fasciner. Minor Love se démarque du foisonnant Sixes And Seven (2008) : exit les arrangements luxuriants et autres chœurs soul. Adam Green signe quatorze (courtes) chansons généreusement dépouillées. L’homme connaît son métier, conte ses petites histoires d’une voix profondément terrestre, et la grosse demi-heure ronronne agréablement.

On citera tout de même Cigarette Burns Forever (évoquant malicieusement Bluebirds sur Friends Of Mine), Don’t Call Me Uncle, belle comme du Davey Graham, Boss Inside, tout près de l’ascétisme du grand Leonard Cohen, ou encore Lockout, étonnante tentative mariachi funk (Shaft au Mexique, pour aller vite). Sans oublier la lo-fi Oh Shucks, boucan gentillet sur lequel le Moldy Peache pose son timbre rocailleux avec un détachement princier. Cette autodérision, ce sourire en coin devant son œuvre achèvent de dépeindre ce portrait de l’artiste en petit malin. Qu’en sera-t-il dans dix ans ?
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #138
article extrait de :
MAGIC RPM #138 Commander ce numéro
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