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Rencontré un après-midi d’octobre, alors que le Point Éphémère bourdonne de l’excitation du Pitchfork Music Festival sur le point de débuter, Jimmy Lee est d’une sérénité remarquable. Il faut dire que si Trailer Trash Tracys est dans l’œil du cyclone, le quatuor a sagement laissé retomber le buzz qui s’était brièvement formé en septembre 2009, à la sorte du single Candy Girl sur le label No Pain In Pop. Sagement mais un peu malgré lui, Jimmy Lee a pris son temps pour peaufiner Ester, premier album beau bizarre qui noie son romantisme dans les distorsions et les rythmiques tordues, à mi-chemin entre la pop des années 50, My Bloody Valentine et les évaporations synthétiques d’Angelo Badalamenti : “On ne pensait pas que Candy Girl serait à ce point remarqué. On a eu un peu de pression, et ça m’a beaucoup déstabilisé. J’ai également été malade pendant plusieurs mois et j’ai dû être hospitalisé. Je perdais le sommeil, j’étais anxieux. Quand les choses se sont calmées, je me suis remis au travail. Pour être honnête, l’album est terminé depuis janvier 2011. Et il y a suffisamment de matériel pour un deuxième LP qu’on espère sortir cette année. Les chansons qui sont sur Ester sont celles qui étaient les plus abouties”. Né à Leicester (Royaume-Uni) d’une mère philippine et d’un père italien, Jimmy Lee a rencontré la Suédoise Suzanne Aztoria au sein du groupe noisy pop Switchblade Sadie. Lui tenait la basse, elle chantait.
À deux, ils composent de leur côté, mais pas pour cette formation, qu’ils quittent rapidement pour former Trailer Trash Tracys, nom inspiré d’une troupe de strip-teaseuses soviétiques, sous Staline. Ils sont rejoints pas le bassiste Adam Jaffrey et le batteur Dayo James. Jimmy, lui, a repris la guitare, vers laquelle ses premières amours pour Oasis ou Suede l’avaient poussé à l’adolescence. C’est un garçon à la fois curieux, ambitieux et modeste (“Ce n’est que de la musique”, glissé à plusieurs reprises), qui porte un regard lucide sur son LP : “C’est un disque modeste, fait avec un budget limité et basé sur des idées, qui ne prétend pas être plus que ce qu’il est en réalité. Si les gens perçoivent ça, je serai déjà très heureux”. Il y a effectivement pas mal d’idées qui se bousculent sur cet album étonnant, enregistré en neuf mois dans l’inorganisation la plus complète, entre plusieurs studios dont les logiciels étaient moyennement compatibles et la maison de Jimmy. S’y font jour les paradoxes d’un garçon qui aime les tiraillements soniques doux-amers du Velvet Underground et de Phil Spector autant que l’afrobeat, le jazz, Sun Ra ou Moondog, qui se laisse chahuter entre son amour pour la pop et sa soif de sons neufs. À l’écoute de ses contemporains mais insatisfait chronique, Jimmy décortique tout ce qu’il entend jusqu’à en perdre son plaisir d’écouter de la musique. Mais en tire une conclusion définitive : “La pop music, c’est un truc simple. Il faut que ça le reste”. CQFD.