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Compte-rendu live - 15/02/12 de The Men

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Il devait être question d'électricité priapique et de riffs défouraillés le 6 février dernier à Toulouse, avec la venue annoncée de The Men sur la scène de La Dynamo. Faut dire, ces bougres de Brooklyn perpétuent avec tact une jouissive et explosive tradition américaine qui consiste à faire forniquer, dans un même élan noisy, raideur punk et sensibilité hurlante. On vous laisse avec le récit de la soirée, qui nous fait deviner que si la Chatte à la Voisine n'a pas pris bien cher ce soir-là, c'est pas seulement à cause des places à 5 euros. [Compte-rendu Marc Bonomelli - Photos Moltisanti].

La nuit est déjà là et la neige encore épaisse. Seuls les plus fervents auront la hardiesse de braver le vent, qui, inlassablement, cogne la Ville Rose de ses salves glaciales. C’est bel et bien par la ferveur qu’il faut être animé pour rejoindre cette petite salle du centre-ville, surplombée d’une effigie de la Vierge tenant dans sa main une dynamo de bicyclette qui donne son nom à l’endroit. Et Dieu sait que la Dynamo en a vu rouler des groupes de musique : des espoirs du coin (The Dodoz, Yaa, Dunst) aux fleurons de tous bords (The Horrors, La Femme, Family Of The Year, Mystery Jets).

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Ce lundi soir de février, elle fait une place d’honneur aux Brooklynois de The Men, qui s’emploient actuellement à défendre sur le vieux continent, à cors et à cris punks, leur dernier et déracinant LP Leave Home sorti sur le label Sacred Bones. La soirée est organisée par La Chatte à la Voisine. Derrière cette appellation graveleuse se cache une association de mélomanes chevronnés : au débotté, Toulouse doit à ce félidé associatif le passage récent de Crocodiles, The Babies, Action Beat ou encore Les Savy Fav et Shellac.

Face à un auditoire encore clairsemé, les Portugais de Sunflare ouvrent le ban. Les trois garçons sont autant de boules de nerfs en ébullition, faisant déferler leur cacophonie noise, sans queue ni tête, avec une satisfaction apparente… mais non partagée. Nos esgourdes ne retiendront de leurs saillies mal dégrossies que les larsens endurés lors de ces minutes qui s’étirent douloureusement jusqu’à la seconde première partie. Autrement dit, The Old Guys, dignitaires locaux d’une indéboulonnable scène grunge habillée de T-shirts à l’effigie d’obscurs groupes de punk et recouverte de tatouages organiques. Les Toulousains rectifient haut la main le tir de leurs prédécesseurs de plancher, en dépit de rudesses vocales qui flirtent parfois avec le faux. Mais c’est tout à fait assumé et ce n’est pas pour déplaire à l’assistance, qui s’amasse dans la salle de minute en minute.

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Après la double mise en appétit, The Men radinent enfin sur scène, et avec eux les premiers accords tonitruants de Turn It Around, puis de Bataille. Une entrée en matière qui a de quoi désarçonner. Car si l’on s’attendait – sur la foi des albums et compilations expédiés sur le blogofficiel du groupe – à une restitution de la pétaudière sidérurgique entendue, on se heurte, hélas, à une industrie bruitiste rouillée du manque d’aplomb de ses ouvriers. Visiblement éreintés, les chanteurs/guitaristes Mark Perro et Nick Chiericozzi, le batteur Rich Samis, et la suppléante blonde du bassiste Chris Hansell, n’autorisent pas leurs partitions distordues l’envol qui leur est dû. Comprimés, étanchés, des titres aussi insatiables que Please Don’t Go Away et Open Your Heart font chou blanc. Dans la petite salle, désormais pleine, on palpe un sentiment d’impatience agacée: « C’est cool, mais ça vaut pas l’album » pour le meilleur des cas ; « Ça m’emmerde » pour le pire.



Il faudra attendre le triptyque I Saw Her Face, Ex Youth, Night Landing pour voir ployer les premiers genoux, battre les premiers pieds, et (très) timidement headbanguer les premières têtes. Ex Youth draine jusque dans son intitulé quelque atavisme de Sonic Youth. Sous les massives charpentes instrumentales de The Men se dessinent alors des arpèges à l’électricité finement ouvragée. À la manière des belles pensées que nos écharpes et bonnets n’empêchent pas de faire germer dans nos caboches engoncées. Dès lors, les guitares tronçonneuses, les rythmes sépulcraux et les rondeurs lipidiques de la basse se veulent caressantes… Presence. Les faux-semblants de Black Rebel Motorcycle Club sur If You Leave.

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Puis plus rien. Enfin presque. On aurait pu rester sur un happy end si l’assemblée n’avait pas réclamé son rappel : dernier tour de piste pour malmener Take Me To The Other Side en deux minutes gueulardes. Dispensable. En se faufilant vers la sortie, les lèvres encore trempées de l’écume des dernières mousses éclusées, les paluches employées à fermer les boutons de nos pardessus jusqu’au cou, on a comme un arrière-goût âcre. Si le hardcore de Leave Home nous avait décapé à grand renforts de saturations tartaréennes, jusqu’à, paradoxalement, nous blanchir comme les nappes immaculées qui couvrent nos trottoirs, la prestation de ce soir a ripé dans nos cœurs comme on glisse sur du verglas.
Marc Bonomelli

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