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Entrevue - 26/08/10 de The Hundred In The Hands

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La peinture a-elle influencé votre méthode de travail dans la musique ?
Jason : Plus que la peinture, c'est la philosophie et ses outils conceptuels qui m'aident au moment de la composition.
Eleanor : Jason a une approche bien plus théorique que la mienne. Je fonctionne vraiment à l'intuition, tandis que Jason rationalise ce que nous faisons.
Jason : J'ai fait une école d'art où j'ai étudié des philosophes français comme Deleuze, et ces enseignements m'accompagnent encore aujourd'hui quand nous enregistrons. Par exemple, j'ai pris conscience de la matérialité de la chanson, qui est un objet à part entière, auquel on peut faire référence. Je faisais cela avec The Boggs, où nous imitions certains aspects des enregistrements des années 20, dans leur dimension purement sonore. J'aime le hip-hop pour cette même raison : ce genre met en pratique l'idée post-moderne selon laquelle on peut utiliser les disques comme des instruments. Mais je n'étais pas un très bon philosophe. (Sourire.)

Pourquoi avoir choisi de combiner le home recording avec l'enregistrement en studio ?
Eleanor : Il y avait les raisons de budget : nous voulions vraiment avoir du temps, et seul le home studio nous permettait cela. Mais le son obtenu chez nous nous plaisait aussi. Nous avons commencé à travailler sur les morceaux à la maison, puis nous les avons élaborées en studio, mais il est souvent arrivé que le producteur nous conseille de garder l'enregistrement originel, justement en raison de la qualité particulière du son.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec différents producteurs ? Était-ce pour pousser le disque dans différentes directions ?
Eleanor : Le rêve initial était de faire comme pour un disque de hip-hop : avoir un producteur par chanson, parce qu'avec chaque nouveau producteur, on apprend des choses nouvelles, en utilisant du matériel différent. Rétrospectivement, je me dis que c'était mieux de ne nous concentrer sur quelques producteurs. Et nous ne les avons pas choisis par hasard, de même qu'ils n'ont pas accepté par hasard. Eric Broucek, qui a longtemps travaillé avec James Murphy (LCD Soundsystem), nous a fait jouer des synthés analogiques à l'ancienne. Richard X, lui, a une bonne expérience de la pop anglaise ; il a donné du punch et de l'immédiateté aux morceaux.

Vous citez des influences très diverses (de Gainsbourg au hip-hop en passant par le dub post-R&B et le disco punk). Pourtant c'est une impression de grande unité qui se dégage à l'écoute de votre premieressai. Comment parvenez-vous à intégrer tant de genres sans qu'il n'en résulte un fatras chaotique ?
Eleanor : (Sourire.) C'est ce résultat que nous souhaitions atteindre, donc c'est très gratifiant d'entendre cela. Avant de commencer l'enregistrement, nous avions une idée très précise de l'ordre des chansons. Nous avons volontairement parsemé l'album de nappes de synthé afin de créer une de continuité dans le son.
Jason : En ce qui concerne la diversité des influences, nous sommes très attentifs à ne pas faire du pastiche. Dès que nous sentons qu'un élément de notre chanson devient une imitation, nous coupons.

Comment faites-vous pour recréer ces chansons aux multiples épaisseurs en concert ?
Jason :
Nous utilisons énormément de samples, mais jamais pour la guitare ou le chant. En ce sens, nous empruntons au hip hop le concept du soundsystem : le fait qu'en intégrant et en assumant la dimension purement physique de la musique, on crée quelque chose de nouveau, un événement nouveau indépendant du premier enregistrement.
Eleanor : Le soundsystem est sur scène avec nous : on aime qu'il soit visible, comme un membre du groupe (sourire.)
Jason : Parfois je me dis que ce serait plus simple d'avoir des musiciens, plutôt que de gérer la guitare et tous ces aspects techniques en même temps.

Votre musique a aussi bien des aspects rock que des accents plus disco ; comment aimez-vous que le public réagisse face à cela en concert ?
Eleanor : On souhaite clairement que les gens soient en sueur à la fin du concert, et qu'ils dansent. Mais il ne s'agit pas non plus de recréer l'ambiance d'une soirée dans un club. On alterne les moments dance et les moments plus calmes. Le set est pensé comme un long voyage dans lequel on emmènerait le public.
Catherine Guesde

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