- Tous
-
Chronique d'album
- Interviews
A lire
- Tous
- Chronique d'album
- Interviews
Plus fort que George
Lucas et sa Guerre Des Étoiles, Christmas On Mars de Wayne Coyne aura mis sept ans à se présenter à nous autres, simples mortels.
L’histoire : une équipe d’astronautes échoués sur la planète Mars commence
à perdre tout sens commun jusqu’à l’arrivée des secours sous les traits d’un
alien à la navette spatiale Doliprane. Sur papier, c’est inquiétant. Sur écran,
c’est mille fois pire. Rencontre avec le leader fou et génial des Flaming Lips,
Wayne Coyne, en direct du fin fond de l’Oklahoma.
Propos recueillis par Morgane Le Moal.
Magicrpm.com : Comment allez-vous ?
Wayne Coyne : Bien. Nous revenons tout juste de Los Angeles, je suis tranquillement chez moi.
Christmas On Mars est un très beau film, mais est-ce normal qu’il m’ait aussi rendue mal à l’aise ?
Non ! Qu’est-ce que qui vous a fait peur exactement ?
Cette atmosphère tendue, claustrophobe.
La scène du fœtus découpé est limite, je l’avoue. C’est intentionnel, comme d’autres moments plutôt lugubres. Mais le message général reste positif, plein d’espoir. Il y a ce souffle fantastique, une fin heureuse, même si ça ne saute pas toujours aux yeux (rires) !
Le scénario et les images semblent être largement inspirés par David Bowie et Stephen King. De quels auteurs vous sentez vous le plus proche ?
Pour définir mon film, je citerais à la fois David Lynch et Stanley Kubrick. Lynch pour l’inspiration en noir et blanc et le scénario un peu étrange. 2001, L’Odyssée De L’Espace (1968) de Kubrick pour le côté psychédélique et futuriste. Avec le Magicien d’Oz (1939, dirigé par Victor Fleming) comme passerelle.
Pourquoi avoir attendu sept ans pour nous présenter Christmas On Mars ?
Nous n’avons pas réalisé tout de suite que ça nous prendrait autant de temps. Nous savions qu’il nous faudrait au moins deux ou trois ans, mais jamais cinq, puis six puis sept ans ! Après le succès des Flaming Lips avec Yoshimi Battles The Pink Robots (2002), nous avons été très courtisés. Il fallait en profiter au maximum et partager notre temps entre le film, les albums suivants, les tournées, les interviews…
Le tournage ne s’est donc pas fait d’une traite ?
Premier problème à régler : trouver un lieu de tournage et construire le plateau. Déjà un mois de travail. Nous avons ensuite commencé à tourner quelques prises, puis plus rien pendant six mois. Il n’y avait pas de planning précis. Dès qu’on pouvait, quand une nouvelle idée venait, on tournait, on ajoutait les effets sonores et on synchronisait. Résultat, fin avril 2007 on filmait toujours. Même en studio à New York, je trimballais mon costume et mon maquillage au cas où.
Ça paraît irréel !
C’était la meilleure solution. Sans stress. Je comprends maintenant pourquoi les films coûtent si cher, il y a tellement d'à-côtés à gérer. L’idée de départ n’était pas de tout réaliser en une seule fois, je voulais prendre le temps d’apprendre. Pour tout dire, je rêve de devenir réalisateur.
Ce n’est pas une grande surprise…
Aujourd’hui, tu peux faire de la bonne musique sans pour autant être un grand musicien. C’est pareil pour le cinéma. Tout dépend de ta façon de travailler. Évidemment, j’ai eu la chance d’avoir Brad Beesley et son équipe derrière moi. Je ne tenais pas la camera, je dirigeais juste les gens. Un gamin aurait pu le faire. Idem pour les albums, où Steven, Michael et Kliph sont à mes côtés… Je ne suis pas le maître, je dirige les maîtres, nuance !
Au final la fusée et la planète Mars, c’est votre propre ferme à Oklahoma City ?
Oui c’est ma propre baraque. Et mon jardin aussi. Ma femme et moi habitons dans une grande propriété. En 2001, le fond ne servait que de local de répétition au groupe. Disons que notre maison s’est bien adaptée et s’est révélée parfaite pour un tel film artisanal. Mais je ne sais même pas si on peut encore parler de “maison”… Il faut voir l’état de la mienne, c’est plutôt un immense laboratoire.
Vos créations ont toujours beaucoup été portées sur l’image...
Pour moi, chaque sens stimule l’autre. Le son et l’image se nourrissent en permanence. Pendant le tournage, chaque création sonore renforçait une idée de scène et vice-versa. Globalement, on testait des trucs et croisait les doigts pour que ça marche. Si ça ne fonctionnait pas, on réessayait en empruntant des directions toujours plus bizarres et abstraites. Par exemple, pour la scène principale du film - celle où Steve et Michael marchent le long du couloir sans un mot, la bande son exprime parfaitement cette idée de tunnel. Son aura est si puissante, riche et profonde, que le dialogue devient inutile. Pour l’anecdote, j’avais composé cette musique il y a des années pour les Flaming Lips, mais je la trouvais trop simpliste. Aujourd’hui c’est elle qui illustre la scène : ça représente bien ma définition de l’expérimentation.
Vous revendiquez votre côté athée, mais vos morceaux, vos références sont très mystiques. Le rock’n’roll pourrait-il devenir une nouvelle religion ?
Oui, pourquoi pas (rires) ? Je ne me risquerais pas à la prêcher tout seul en public, mais ça serait génial ! Ou carrément les Flaming Lips comme nouvelle religion ! Reste que pour moi Dieu n’existe pas, chacun contrôle son corps, sa vie. J’aime imaginer le monde comme une pâte à modeler. D’ailleurs, s’il y avait un dieu, pourquoi n’y en aurait-il qu’un seul ?
Des rumeurs annoncent votre nouvel album pour l’été prochain.
Les rumeurs disent vrai. On a déjà quelques morceaux composés à l’origine pour Christmas On Mars mais non utilisés au final. Deux ou trois chansons. Pour le reste, disons que ça sera prêt pour juillet.
Qu’en est-il du projet de comédie musicale inspirée par Yoshimi Battles The Pink Robots ?
J’ai rencontré le producteur la semaine dernière justement. J’ai déjà imaginé des animations qui seraient projetées sur écran géant, derrière de vrais danseurs, des acteurs et des chanteurs façon Broadway. Tu connais le film WALL-E (2008) ? Eh bien il y a une entreprise pas loin de chez moi, à Oklahoma City, qui travaille sur les dessins Pixar. J’ai commencé à collaborer avec eux sur des animations à la fois cool et effrayantes. Mais je n’ai aucune idée du temps que cela prendra. Sûrement encore deux ans… exactement comme pour Christmas On Mars (rires) !