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Entre San Diego, où il
réside, et l’Islande, où quelques compagnons lui ont offert un séjour en forme
de fructueuse mise au vert, le patient et méthodique Jimmy Lavalle a bousculé
son introversion pour lancer sur les routes une musique remarquablement économe
et mélancolique, ramenant avec le sable niché dans ses chaussures et sous le
nom désormais pérennisé de The Album Leaf, un nouvel album dédié au Fender
Rhodes, In A Safe Place. Soit le disque que l’on n’attendait plus
de Telefon Tel Aviv et qui renverrait plutôt aux longues et douces échappées
instrumentales de ses compatriotes de Japancackes. [Article Julien Welter].
Beau brun dont l’élocution précise masque une certaine réserve, Jimmy Lavalle a mis à profit ce qu’une résidence islandaise pas comme les autres lui offrait de mieux : une forme de soutien et la possibilité de parvenir à un accomplissement, lui qui a cherché sa voie pendant près de dix ans au sein des formations les plus diverses. À la fin des années 90, le projet solo The Album Leaf, tourné vers l’électro-acoustique méditative, amorce un tournant et recentre ses activités sur le clavier, en particulier le Fender Rhodes, ce piano électrique roi du jazz West Coast 60’s auquel ce multi-instrumentiste ôte toute suavité digne d’une partie de golf au Country Club huppé du coin, pour mieux voguer vers les volutes aériennes et longilignes de la musique de Múm. “J’ai tourné en Europe avec eux et Sigur Rós, il y a deux ans. Je jouais en solo, puis ils m’ont rejoint sur scène, et c’était très bon… (Rires.) Parce que ce sont de très bons musiciens. L’idée est venue de recréer cette forme d’osmose en studio, chez eux, où il y a tout ce qu’il faut, alors j’ai tout de suite accepté leur invitation. Et puis, si on te propose de séjourner en Islande, tu acceptes, non ? J’ai découvert une communauté très accueillante, et une ambiance aussi cool que stimulante, loin des préjugés qui te détaillent un monde fermé et peu partageur”.
Pour autant, l’enregistrement ne s’est pas avéré de tout repos, surtout pour un homme qui tenait à son isolement. “Avant de partir, j’avais achevé la moitié de ce disque. Quand je compose, j’enregistre systématiquement le résultat, pour l’avoir sous la main. S’il fonctionne avec le reste, je peux tout de suite l’utiliser. Tu vois, malgré les longues parties instrumentales de l’album, ce n’est pas très improvisé ! (Rires.) Les allers-retours entre l’Islande et la Californie ont tout chamboulé, mais je crois que ça a aidé le disque à acquérir une plus grande respiration. Tu n’es pas chez toi, dans ton coin, à finir ton disque de la manière dont tu le fais habituellement. Tu pestes et tu te rends compte que c’est une chance car au cours des voyages, tu écoutes ta production, et comme tu ne peux rien manipuler, tu réfléchis à ce que tu pourrais en faire, plutôt que de te jeter sur l’ouvrage sans plus de concertation”.
In A Safe Place demeure un disque très personnel où, sous le compagnonnage de musiciens islandais moins inhibés que lui, mais aucunement directifs, Lavalle ne s’est pas éparpillé. “Je suis revenu à San Diego, c’est là que je vis. Habiter en Islande, je ne sais pas ce que c’est. Pour moi, c’est une forme de résidence d’artiste inespérée, une villa Médicis au milieu des geysers ! (Rires.) Là-bas, j’ai emprunté un piano, un Fender Rhodes, mais c’est important que ce soit mon instrument qu’on entende sur le disque, donc j’ai réenregistré mes parties de clavier une fois rentré. Múm et Sigur Rós m’ont fait un cadeau royal, se muant en une sorte de backing band cinq étoiles pour enregistrer mon disque, et il n’y avait pas de problème d’ingérence. C’est d’autant plus important que je reste influençable. Quasiment tout ce que j’écoute m’évoque au moins quelque chose qui, à un moment ou un autre, finit par me servir. Mais aujourd’hui, je me sens plus à l’aise avec moi-même, dans un truc créatif où, à un moment, je ne me demande plus si le voisin va le détester ou non. Je me suis attaché au Fender Rhodes parce que je me sens proche de cet instrument. Quand je m’assois derrière mon clavier, il y a tout de suite cette connexion qui se crée, et quand j’en joue, je réalise que c’est la façon la plus honnête et personnelle pour moi de faire de la musique. Pourtant, je n’ai pris que trois ans de leçons de piano dans ma vie, lorsque j’étais jeune. J’ai essayé d’autres instruments par la suite, le violon, même la clarinette. Je n’avais jamais focalisé sur le clavier jusqu'il y a peu, et si on prend en compte le fait que ça doit maintenant faire vingt-deux ans que j’en joue, on peut dire que je crains ! (Rires.) Je devrais être un peu virtuose, mais je ne suis même pas connaisseur de l’histoire du Fender Rhodes, hormis les albums de Air, que j’aime assez pour leur façon très cool de l’utiliser, à la Santana. (Rires.)”
À son rythme, le disque a pris forme et déploie aujourd’hui ses beautés avec un rayonnement qui semblait improbable à leur créateur, il y a encore peu. “J’ai mis six mois à finir le disque, après mon séjour islandais, mais je l’ai fait dans le calme et avec plaisir. Avant, quand j’étais guitariste (ndlr. dans Black Heart Procession ou Locust), on écrivait, on rentrait en studio, on enregistrait, et c’était fini, le tout en deux semaines. Sur ce nouvel album, certaines chansons sont vieilles de deux ans, mais leur forme définitive s’est révélée au fil du temps, elles ont eu la chance de pouvoir mûrir. Les disques sur lesquels je jouais reflétaient la curiosité, mais aussi l’indécision, l’éparpillement. Désormais, la continuité m’intéresse davantage, et j’ai la chance de pouvoir y travailler. Je joue quasiment de tous les instruments sur le disque, mais en Islande, j’ai pu retrouver le goût de composer avec un groupe. Tout en mixant par exemple des beats avec une partie de batterie, ce que je considère comme un must, j’ai pu réaliser une bonne symbiose de l’électronique et de l’organique, et surtout du collectif et de mes propres aspirations. Le cauchemar pour moi, ce serait que quelqu’un vienne me voir en concert, et me regarde m’agiter seul pendant une heure derrière un laptop. (Rires.) Jamais ça ! Tu peux tout faire avec un laptop, et au final, tu ne joues jamais”. Together, alone ? Jimmy Lavalle semble avoir résolu le problème.
Beau brun dont l’élocution précise masque une certaine réserve, Jimmy Lavalle a mis à profit ce qu’une résidence islandaise pas comme les autres lui offrait de mieux : une forme de soutien et la possibilité de parvenir à un accomplissement, lui qui a cherché sa voie pendant près de dix ans au sein des formations les plus diverses. À la fin des années 90, le projet solo The Album Leaf, tourné vers l’électro-acoustique méditative, amorce un tournant et recentre ses activités sur le clavier, en particulier le Fender Rhodes, ce piano électrique roi du jazz West Coast 60’s auquel ce multi-instrumentiste ôte toute suavité digne d’une partie de golf au Country Club huppé du coin, pour mieux voguer vers les volutes aériennes et longilignes de la musique de Múm. “J’ai tourné en Europe avec eux et Sigur Rós, il y a deux ans. Je jouais en solo, puis ils m’ont rejoint sur scène, et c’était très bon… (Rires.) Parce que ce sont de très bons musiciens. L’idée est venue de recréer cette forme d’osmose en studio, chez eux, où il y a tout ce qu’il faut, alors j’ai tout de suite accepté leur invitation. Et puis, si on te propose de séjourner en Islande, tu acceptes, non ? J’ai découvert une communauté très accueillante, et une ambiance aussi cool que stimulante, loin des préjugés qui te détaillent un monde fermé et peu partageur”.
Pour autant, l’enregistrement ne s’est pas avéré de tout repos, surtout pour un homme qui tenait à son isolement. “Avant de partir, j’avais achevé la moitié de ce disque. Quand je compose, j’enregistre systématiquement le résultat, pour l’avoir sous la main. S’il fonctionne avec le reste, je peux tout de suite l’utiliser. Tu vois, malgré les longues parties instrumentales de l’album, ce n’est pas très improvisé ! (Rires.) Les allers-retours entre l’Islande et la Californie ont tout chamboulé, mais je crois que ça a aidé le disque à acquérir une plus grande respiration. Tu n’es pas chez toi, dans ton coin, à finir ton disque de la manière dont tu le fais habituellement. Tu pestes et tu te rends compte que c’est une chance car au cours des voyages, tu écoutes ta production, et comme tu ne peux rien manipuler, tu réfléchis à ce que tu pourrais en faire, plutôt que de te jeter sur l’ouvrage sans plus de concertation”.
In A Safe Place demeure un disque très personnel où, sous le compagnonnage de musiciens islandais moins inhibés que lui, mais aucunement directifs, Lavalle ne s’est pas éparpillé. “Je suis revenu à San Diego, c’est là que je vis. Habiter en Islande, je ne sais pas ce que c’est. Pour moi, c’est une forme de résidence d’artiste inespérée, une villa Médicis au milieu des geysers ! (Rires.) Là-bas, j’ai emprunté un piano, un Fender Rhodes, mais c’est important que ce soit mon instrument qu’on entende sur le disque, donc j’ai réenregistré mes parties de clavier une fois rentré. Múm et Sigur Rós m’ont fait un cadeau royal, se muant en une sorte de backing band cinq étoiles pour enregistrer mon disque, et il n’y avait pas de problème d’ingérence. C’est d’autant plus important que je reste influençable. Quasiment tout ce que j’écoute m’évoque au moins quelque chose qui, à un moment ou un autre, finit par me servir. Mais aujourd’hui, je me sens plus à l’aise avec moi-même, dans un truc créatif où, à un moment, je ne me demande plus si le voisin va le détester ou non. Je me suis attaché au Fender Rhodes parce que je me sens proche de cet instrument. Quand je m’assois derrière mon clavier, il y a tout de suite cette connexion qui se crée, et quand j’en joue, je réalise que c’est la façon la plus honnête et personnelle pour moi de faire de la musique. Pourtant, je n’ai pris que trois ans de leçons de piano dans ma vie, lorsque j’étais jeune. J’ai essayé d’autres instruments par la suite, le violon, même la clarinette. Je n’avais jamais focalisé sur le clavier jusqu'il y a peu, et si on prend en compte le fait que ça doit maintenant faire vingt-deux ans que j’en joue, on peut dire que je crains ! (Rires.) Je devrais être un peu virtuose, mais je ne suis même pas connaisseur de l’histoire du Fender Rhodes, hormis les albums de Air, que j’aime assez pour leur façon très cool de l’utiliser, à la Santana. (Rires.)”
À son rythme, le disque a pris forme et déploie aujourd’hui ses beautés avec un rayonnement qui semblait improbable à leur créateur, il y a encore peu. “J’ai mis six mois à finir le disque, après mon séjour islandais, mais je l’ai fait dans le calme et avec plaisir. Avant, quand j’étais guitariste (ndlr. dans Black Heart Procession ou Locust), on écrivait, on rentrait en studio, on enregistrait, et c’était fini, le tout en deux semaines. Sur ce nouvel album, certaines chansons sont vieilles de deux ans, mais leur forme définitive s’est révélée au fil du temps, elles ont eu la chance de pouvoir mûrir. Les disques sur lesquels je jouais reflétaient la curiosité, mais aussi l’indécision, l’éparpillement. Désormais, la continuité m’intéresse davantage, et j’ai la chance de pouvoir y travailler. Je joue quasiment de tous les instruments sur le disque, mais en Islande, j’ai pu retrouver le goût de composer avec un groupe. Tout en mixant par exemple des beats avec une partie de batterie, ce que je considère comme un must, j’ai pu réaliser une bonne symbiose de l’électronique et de l’organique, et surtout du collectif et de mes propres aspirations. Le cauchemar pour moi, ce serait que quelqu’un vienne me voir en concert, et me regarde m’agiter seul pendant une heure derrière un laptop. (Rires.) Jamais ça ! Tu peux tout faire avec un laptop, et au final, tu ne joues jamais”. Together, alone ? Jimmy Lavalle semble avoir résolu le problème.