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Entrevue - 01/10/09 de Telekinesis

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Avant d'accueillir Telekinesis à Paris pour la soirée BimBamBoom le jeudi 8 octobre prochain au Point Ephémère, magic rpm a voulu en savoir plus sur Benjamin Lerner, l'homme qui se cache derrière ce projet. Le multi-instrumentiste à lunettes nous expose donc avec enthousiasme et prolixité son rapport aux points d'exclamation, son amour pour le Japon et pour les catacombes parisiennes.
[Interview par Catherine Guesde].


magic rpm : Quand on cherche "Telekinesis" sur internet, on tombe sur plein de sites ésotériques parlant de télékinésie. Pourquoi avoir choisi ce nom ?
Benjamin Lerner : Je réfléchissais à un nom de groupe, et c'est celui-là m'est venu à l'esprit, je ne sais pas pourquoi ; peut-être que j'avais vu une émission à la télé à ce sujet. En y réfléchissant de plus près, j'ai bien aimé cette idée : personne n'a réussi à prouver que la télékinésie est impossible, et d'un autre côté, il est difficile de croire que ce soit possible. Et puis la sonorité du mot me plaisait.

Et que signifie le point d'exclamation dans le titre de l'album, Telekinesis! ?
Benjamin Lerner : C'est un peu un clin d'oeil. Mes amis se moquent de moi parce que, quand j'écris un mail, je mets des points d'exclamation partout. Et aussi, j'aime bien l'effet du point d'exclamation sur la pochette.

Telekinesis était au départ le projet d'un seul homme, et maintenant que vous êtes en tournée, il semble que ce soit de plus en plus un groupe. C'est provisoire, ou définitif, cette évolution vers le groupe ?
Benjamin Lerner : J'ai fait ce disque seul, et à vrai dire je n'avais pas vraiment prévu de faire un disque. Au départ, je bidouillais dans mon coin. Puis Chris Walla de Death Cab For Cutie a proposé de produire le disque, ce qui m'a vraiment poussé à faire des vraies chansons. Quand il s'est agi de faire une tournée, je ne voyais pas comment faire ça seul ; je ne voulais pas tout faire avec des sons pré-enregistrés. Mais je ne sais pas trop ce qui va se passer pour le prochain album. Quand des musiciens m'accompagnent (même si ce ne sont pas toujours les mêmes), on devient un groupe le temps de la tournée. C'est plutôt enthousiasmant de devenir un groupe le temps d'une tournée. Comme chaque instrumentiste apporte quelque chose de nouveau au groupe, la musique varie en fonction des gens qui m'accompagnent. Du coup, le résultat est très différent de ce que l'on entend sur l'album. Et peut-être qu'à la fin, je n'aurai plus envie de travailler seul, et je rassemblerai les gars que j'ai rencontrés en chemin...

En quoi est-ce que le fait de travailler avec Chris Walla a influencé le disque ?
Benjamin Lerner : Il m'a d'abord laissé un message sur mon MySpace en me disant qu'il aimait mes chansons. Je l'ai rencontré quelques jours plus tard, et il m'a proposé de façon très nonchalante de produire un album. J'avais répété énormément avant l'enregistrement de l'album, j'avais réenregistré toutes les démos. Je me suis mis dans un état d'esprit particulier, sachant que Chris avait réservé le studio pour une durée de deux semaines. A la même époque, des grands labels aux Etats-Unis se sont mis à me contacter. C'était fou, je n'y croyais pas : Columbia Records qui m'appelait tout le temps, et qui a réservé pour moi un hôtel incroyable à New York pour que j'y rencontre des gens incroyables... Le tout en l'espace d'un mois. Ça m'a vraiment poussé à faire de mon mieux pour cet album.

Et maintenant, vous vous êtes habitués à cette folie ?
Benjamin Lerner : Non ! Le fait de jouer en Europe est déjà incroyable pour moi. Ça me paraît encore très étrange. J'ai toujours voulu faire de la musique, et j'adore voyager, donc c'est vraiment parfait.

A propos de voyages, la géographie semble occuper une place importante dans vos chansons ; sur Telekinesis!  figurent de nombreux noms d'endroits (Carolina Coast, Tokyo...). Cette référence permanente à l'ailleurs, ça a un rapport avec l'utopie, l'idée d'un endroit idéal ?
Benjamin Lerner : Oui, c'est un peu ça. J'habite à Washington, qui est une belle ville, mais comme j'y ai passé toute ma vie, j'ai envie de voir tout ce que je peux, de voir comment les gens vivent. Et j'ai écrit ce disque dans un local de répétition horrible à Seattle, c'était sombre, sale et ça sentait mauvais. C'était le local de répétition de Soundgarden, et je crois qu'il n'a pas été nettoyé depuis. Je pensais tout le temps à m'échapper de cet endroit, et à aller par exemple au Japon, où je n'ai jamais été - mais je pense que ça doit être très stimulant comme endroit. Et au même moment, ma copine a également déménagé à l'autre bout du pays, en Caroline du Nord ; il faut six heures d'avion pour aller la voir. Du coup, à cette période-là j'avais vraiment la bougeotte.

Mais est-ce que vous avez quand même le sentiment d'être enraciné à Seattle, notamment au niveau musical ?
Benjamin Lerner : Oui, je crois qu'il y a un son spécifique à cet endroit, ou du moins au nord-ouest des Etats-Unis. Il y a Death Cab For Cutie, The Shins... Je crois que ce sont les Fleet Foxes qui sont les plus représentatifs de cet endroit. Faire de la pop n'est pas forcément cool en général, mais Seattle est un bon endroit pour faire en faire.

Un autre thème récurrent sur votre disque est l'imaginaire (sur Imaginary Friend, dans les paroles de Tokyo : "only in my dreams, 'cause they're all I know"...). La rêverie est-elle une source d'inspiration pour vous ?
Benjamin Lerner : Oui, je passe ma vie dans des rêves éveillés. Imaginary Friend est un souvenir d'enfance, sur cette période d'insouciance où on ne pense pas à payer ses impôts. Et j'ai eu une enfance géniale, donc j'ai bien aimé me replonger dans cette période en écrivant un morceau autour de ce thème. Je rêve pas mal de Tokyo aussi, parce que je n'y suis jamais allé. Mais j'ai une idée de ce que ça doit être ; je regarde des images de cette ville, des films comme Lost In Translation, et j'imagine souvent comment ce sera si j'y vais un jour.

D'où vient cette fascination pour le Tokyo ?
Benjamin Lerner : Je m'imagine simplement en train de descendre de l'avion, de prendre un taxi pour aller dans la ville, et d'être complètement dépassé, perturbé par le fait que tout soit si différent, et que tout aille si vite : les lumières qui clignotent, le bruit... Le fait d'être à l'opposé du confort m'attire, le fait d'être dans un environnement inconnu et d'avoir à s'y adapter.

A quand une tournée là-bas, alors ?
Benjamin Lerner : On espère vraiment pouvoir y aller en mars.

Vous avec contribué au mixage avec Chris Walla. C'est important pour vous d'être présent d'un bout à l'autre du processus créatif ?
Benjamin Lerner : Oui et non. Je travaille aussi comme ingénieur du son quand je suis dans ma ville ; j'ai l'habitude de mixer ce que font d'autres groupes. Mais quand Chris travaillait, je lui faisais entièrement confiance, et je me suis surtout concentré sur le fait de bien jouer. Notre façon de travailler était étrange, on enregistrait le matin, on faisait une pause et puis on mixait ; on était complètement immergés dans l'album. Après deux semaines d'enregistrement, on avait un disque fini qui ne demandait qu'à être masterisé.

Et cette durée très courte pour l'enregistrement, c'était pour avoir un disque spontané, ou ce sont les circonstances qui vous y ont contraints ?
Benjamin Lerner : C'est le contexte qui nous y a forcés : Chris devait partir en tournée avec Death Cab, et il n'avait que deux semaines à consacrer au disque. Mais en fin de compte, ça fait partie de ce qu'est l'album ; ce serait devenu un autre disque si on avait eu plus de temps pour l'enregistrer. Mais j'aime bien penser au prochain album, et me demander ce que donnera un disque enregistré dans d'autres circonstances.

Vous pensez prendre plus de temps en studio pour votre prochain album ?
Benjamin Lerner : Je ne sais pas encore. Mais je suis à peu près certain qu'il sera produit par Chris, ce qui me fait plaisir.

Et puisque vous êtes proches de Death Cab For Cutie, avez-vous pensé à faire une collaboration avec eux ?
Benjamin Lerner : Non, je ne crois pas. Ils sont très bons comme ça, et je ne veux pas gâcher leur travail ! Mais Chris a joué sur l'album et c'est un guitariste exceptionnel ; j'ai beaucoup aimé collaborer avec lui.

Même si on entend Chris sur votre disque, dans l'ensemble c'est vous qui avez joué de tous les instruments sur l'album. Pour les concerts, vous ne pourrez assurer que la batterie et le chant. Ce n'est pas étrange, de laisser quelqu'un d'autre interpréter ce que vous avez joué sur le disque ?
Benjamin Lerner : Si, c'est assez étrange. Mais il faut lâcher prise et abandonner l'idée que le résultat doit être comme ci ou comme ça, parce qu'en fin de compte ça ne sera jamais comme on l'imaginait. Chacun a une façon différente de jouer, et en fait c'est assez plaisant d'être surpris par le résultat.

Comment avez-vous appris à jouer de tous ces instruments, et à mixer ?
Benjamin Lerner : J'ai appris tout seul, et j'ai fait en sorte de m'améliorer. Je suis né dans une famille très mélomane, mon père était DJ à la radio. Et puis je faisais énormément de sport, et le jour où j'ai arrêté le sport, il a bien fallu que je trouve autre chose... Donc je me suis mis à la musique.

Vous avez plusieurs dates prévues en Espagne et en Allemagne ; vous avez un public privilégié là-bas ?
Benjamin Lerner : Je ne sais pas, j'espère bien qu'ils aiment ce qu'on fait... Je suis content de venir en France aussi, il paraît que Toulouse est une très belle ville, et Paris est une de mes villes préférées. Je suis allé dans les catacombes, c'est incroyable comme endroit ; on est restés là à boire du whisky. C'était génial. Et il paraît qu'il y a un club secret du film noir là-bas, ça me plaît comme idée.

Quel serait l'endroit idéal pour écouter Telekinesis ?
Benjamin Lerner : C'est une bonne question. Je dirais... un bon club de rock bien bruyant. A un de nos concerts par exemple : j'espère que c'est là le meilleur endroit pour nous écouter.

J'ai lu dans une chronique de votre album que votre musique donnait envie de partir en voyage, qu'elle était parfaite pour être écoutée à fond en voiture. Vous êtes d'accord avec cela ?
Benjamin Lerner : Oui, je crois. Ça me ferait plaisir que les gens fassent ça. Quand on fait une tournée, on parcourt des centaines de kilomètres, et je sais à quel point la musique peut être précieuse dans ce genre de cas.
Catherine Guesde

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