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Peu avant le concert de jeudi dernier au Nouveau
Casino, nous avons rencontré en quelques minutes chrono Kevin Parker, leader de Tame Impala et héros d'un
psychédélisme aussi moderne que tourné vers les grandes années acides du style.
Une entrevue éclair avec un jeune loup très modeste aux idées
longues comme certains des morceaux du lysergique LP inaugural Innerspeaker. Et pour couronner le tout, on joint quelques photos du spectacle en question. Quatre échantillons ci-dessous et la galerie complète ici. Autant dire que c'est le feu d'artifice multimédia là-dedans. [Entretien Victor Thimonier - Photos Hélène Peruzzaro].
Magicrpm : Quand est-ce que vous avez commencé à faire de la musique ?
Kevin Parker : J'ai commencé tout seul comme un grand vers l’âge de onze ans. Muni d’une batterie, je mettais en route mon magnétophone et je m'enregistrais en train de jouer. C'était juste du bruit pendant trente secondes, je ne sais pas si on pouvait vraiment appeler ça des chansons. Je balbutiais bien des compositions à l’époque mais elles ne cassaient pas des briques. Je me suis amélioré petit à petit.
Et comment en es-tu arrivé à t’entourer ?
Oh, j'ai rapidement fait partie d’un groupe, mais on ne jouait que des reprises. On avait douze ans et on enquillait des relectures de Lenny Kravitz ou des Guns N’ Roses. Par la suite, j'ai rencontré Dom et toute l’affaire a vraiment démarré à ce moment-là. Ça me paraît si loin maintenant… (Sourire.) Tame Impala a connu plusieurs incarnations avant de se présenter sous sa forme actuelle, il y a eu The Dee Dee Dums et d’autres encore. On changeait tout le temps de nom.
Est-ce que tu composes dans ton coin ?
Jusqu'à il y a peu, oui, tout venait de ma pomme. Exclusivement. Mais on ne fonctionne plus comme ça depuis qu’on a mis la touche finale au LP Innerspeaker il y a près d’un an déjà. Les nouveaux titres bénéficient de l’apport de Jay (ndlr. Watson, le batteur).
Avant Innerspeaker justement, vous avez sorti un EP qui avait déjà eu pas mal de succès.
Oui, c'était juste des démos que nous avions enregistrées chez nous sans avoir dans l’idée de les faire connaître un jour. Certaines étaient très anciennes, vieilles de cinq ans. On a pioché les titres dans une vingtaine d’ébauches pour le maxi et on a fini par en réenregistrer l’une d’elles pour l’album. En fait, pour moi, enregistrer et composer c'est la même chose : j'écris et je capte tout de suite les balbutiements sur un huit pistes. Il s'agit de sentir la chanson naître à la guitare, puis de rajouter des éléments petit à petit. Tout s’assemble lentement à partir de cette idée première.
Je crois savoir que tu es très soucieux de la façon dont tes chansons vont sonner au final, que tu as des idées très précises sur le son que tu veux obtenir.
C'est vrai que c’est une source d’anxiété pour moi, j’attache beaucoup d’importance à la manière dont tous les instruments vont s’harmoniser. C'est plutôt irrationnel et presque bête d'être aussi maniaque, mais j'ai l'impression que le moindre truc qui ira de traviole gâchera tout le reste. Alors que c’est complètement faux. (Sourire.)
De la même façon, vous semblez avoir une conception précise de ce que doit être votre musique : "psychédélique, hypno-groovy et mélodique", comme vous dites sur le ouaibe.
Oui, oh... Ce sont juste des mots pour la décrire en fait. J'ai naturellement mon idée sur ce que doit être ma musique, mais je n'emploie pas forcément les mots adéquats pour la définir. Ce sont surtout les auditeurs qui ont parfois besoin de ces étiquettes pour savoir où ils mettent les pieds et se mettre à prêter leur attention.
Ces mots ne sont pas si inexacts quand même : vous avez travaillé avec Dave Fridmann, le routier du genre que vous définissiez plus haut…
C'est vrai. Je ne suis pas fâché quand on dit que ma musique est psychédélique, j'utilise moi-même ce mot, mais le terme est tellement vaste et signifie tant, lorsqu'on l’entrevoit dans une perspective historique, que c’est un poil lourd à porter.
Vous avez tourné avec certaines formations actuelles qui sont aussi taxées de psychédélique (MGMT par exemple). Est-ce que vous vous sentez en phase avec eux ?
Oui, j'ai l'impression que nous avons à peu près les mêmes idées sur la musique, même si elles s'expriment vraiment différemment.
Pour moi, les incessantes références aux années 60 et 70 sont réductrices lorsqu’il s’agit de parler de votre œuvre, car à la différence de beaucoup de groupes inspirés par cette époque, vous présentez des caractéristiques typiques de notre époque. À l’instar de Deerhunter par exemple, ou même des Flaming Lips de temps en temps.
C'est rude, lorsqu'on a tant d'ambition et d'idées pour sa propre musique, de s'entendre dire à tout bout de champ que cela paraît tout droit sorti des années 60. Ça refroidit parce qu'il y a évidemment des inspirations et une pensée plus modernes. C'est soulageant lorsqu'on les souligne… Merci ! (Rires.)
C’est sûrement le côté progressif de vos chansons qui renvoie aux anciennes heures du psyché.
Oui. Bon, on ne va pas se le cacher, j'adore le son des enregistrements sixties, mais je ne me préoccupe pas vraiment de l'histoire de la musique quand je compose ! (Sourire.) Tout ce qui m'importe, c'est la production que je veux absolument obtenir, qu'importe le bagage culturel et les éventuels clichés qu’elle charrie. La question est simplement de savoir ce dont a besoin le morceau, quel sera son meilleur environnement : si la mélodie nécessite de rallonger la sauce pendant huit minutes pour enfin éclore et titiller les tympans, alors partons là-dessus sans se soucier des commentaires.
D’autres titres comme Solitude Is Bliss ont une structure plus pop.
Oui, c'est ce que je préfère d’ailleurs. Ça affecte directement le cerveau : le couplet qui conduit au refrain qui conduit au couplet... L’alchimie est presque inexplicable.
Comment écrivez-vous vos paroles ?
Je les couche sur papier dès le début. Enfin, juste une phrase quoi, vu que cela se résume souvent à ça. (Sourire.) Pour moi, les paroles servent surtout à soutenir la chanson, elles doivent véhiculer les mêmes émotions. Je crois que les notes sont aussi signifiantes que les mots, les deux doivent aller de paire.
Idem pour l'image que vous souhaitez donner ? Je pense aux pochettes et aux clips par exemple.
Les pochettes sont souvent définies avec un graphiste à qui je donne une idée générale, comme cet horizon reflété sur Innerspeaker. Je ne suis pas sûr que les images et la musique doivent forcément correspondre, mais pour le disque, je voulais que ce soit un peu en phase. Ce paysage naturel mais perverti correspond parfaitement à la musique qu’on trouve à l’intérieur. En ce qui concerne les clips, c'est le seul aspect que nous ne contrôlons pas du tout. Je ne peux pas donner mon avis, je ne suis pas assez compétent.
Vous montez sur scène dans quelques heures, comment abordez-vous cette partie du boulot ?
C'est dur à dire… C'est tellement différent de l’enregistrement et de la réalisation d’un album. Tout ce qu'on peut espérer faire sur scène, c'est refourguer une adaptation plaisante des morceaux, guère plus.
Magicrpm : Quand est-ce que vous avez commencé à faire de la musique ?
Kevin Parker : J'ai commencé tout seul comme un grand vers l’âge de onze ans. Muni d’une batterie, je mettais en route mon magnétophone et je m'enregistrais en train de jouer. C'était juste du bruit pendant trente secondes, je ne sais pas si on pouvait vraiment appeler ça des chansons. Je balbutiais bien des compositions à l’époque mais elles ne cassaient pas des briques. Je me suis amélioré petit à petit.
Et comment en es-tu arrivé à t’entourer ?
Oh, j'ai rapidement fait partie d’un groupe, mais on ne jouait que des reprises. On avait douze ans et on enquillait des relectures de Lenny Kravitz ou des Guns N’ Roses. Par la suite, j'ai rencontré Dom et toute l’affaire a vraiment démarré à ce moment-là. Ça me paraît si loin maintenant… (Sourire.) Tame Impala a connu plusieurs incarnations avant de se présenter sous sa forme actuelle, il y a eu The Dee Dee Dums et d’autres encore. On changeait tout le temps de nom.
Est-ce que tu composes dans ton coin ?
Jusqu'à il y a peu, oui, tout venait de ma pomme. Exclusivement. Mais on ne fonctionne plus comme ça depuis qu’on a mis la touche finale au LP Innerspeaker il y a près d’un an déjà. Les nouveaux titres bénéficient de l’apport de Jay (ndlr. Watson, le batteur).
Avant Innerspeaker justement, vous avez sorti un EP qui avait déjà eu pas mal de succès.
Oui, c'était juste des démos que nous avions enregistrées chez nous sans avoir dans l’idée de les faire connaître un jour. Certaines étaient très anciennes, vieilles de cinq ans. On a pioché les titres dans une vingtaine d’ébauches pour le maxi et on a fini par en réenregistrer l’une d’elles pour l’album. En fait, pour moi, enregistrer et composer c'est la même chose : j'écris et je capte tout de suite les balbutiements sur un huit pistes. Il s'agit de sentir la chanson naître à la guitare, puis de rajouter des éléments petit à petit. Tout s’assemble lentement à partir de cette idée première.
Je crois savoir que tu es très soucieux de la façon dont tes chansons vont sonner au final, que tu as des idées très précises sur le son que tu veux obtenir.
C'est vrai que c’est une source d’anxiété pour moi, j’attache beaucoup d’importance à la manière dont tous les instruments vont s’harmoniser. C'est plutôt irrationnel et presque bête d'être aussi maniaque, mais j'ai l'impression que le moindre truc qui ira de traviole gâchera tout le reste. Alors que c’est complètement faux. (Sourire.)
De la même façon, vous semblez avoir une conception précise de ce que doit être votre musique : "psychédélique, hypno-groovy et mélodique", comme vous dites sur le ouaibe.
Oui, oh... Ce sont juste des mots pour la décrire en fait. J'ai naturellement mon idée sur ce que doit être ma musique, mais je n'emploie pas forcément les mots adéquats pour la définir. Ce sont surtout les auditeurs qui ont parfois besoin de ces étiquettes pour savoir où ils mettent les pieds et se mettre à prêter leur attention.
Ces mots ne sont pas si inexacts quand même : vous avez travaillé avec Dave Fridmann, le routier du genre que vous définissiez plus haut…
C'est vrai. Je ne suis pas fâché quand on dit que ma musique est psychédélique, j'utilise moi-même ce mot, mais le terme est tellement vaste et signifie tant, lorsqu'on l’entrevoit dans une perspective historique, que c’est un poil lourd à porter.
Vous avez tourné avec certaines formations actuelles qui sont aussi taxées de psychédélique (MGMT par exemple). Est-ce que vous vous sentez en phase avec eux ?
Oui, j'ai l'impression que nous avons à peu près les mêmes idées sur la musique, même si elles s'expriment vraiment différemment.
Pour moi, les incessantes références aux années 60 et 70 sont réductrices lorsqu’il s’agit de parler de votre œuvre, car à la différence de beaucoup de groupes inspirés par cette époque, vous présentez des caractéristiques typiques de notre époque. À l’instar de Deerhunter par exemple, ou même des Flaming Lips de temps en temps.
C'est rude, lorsqu'on a tant d'ambition et d'idées pour sa propre musique, de s'entendre dire à tout bout de champ que cela paraît tout droit sorti des années 60. Ça refroidit parce qu'il y a évidemment des inspirations et une pensée plus modernes. C'est soulageant lorsqu'on les souligne… Merci ! (Rires.)
C’est sûrement le côté progressif de vos chansons qui renvoie aux anciennes heures du psyché.
Oui. Bon, on ne va pas se le cacher, j'adore le son des enregistrements sixties, mais je ne me préoccupe pas vraiment de l'histoire de la musique quand je compose ! (Sourire.) Tout ce qui m'importe, c'est la production que je veux absolument obtenir, qu'importe le bagage culturel et les éventuels clichés qu’elle charrie. La question est simplement de savoir ce dont a besoin le morceau, quel sera son meilleur environnement : si la mélodie nécessite de rallonger la sauce pendant huit minutes pour enfin éclore et titiller les tympans, alors partons là-dessus sans se soucier des commentaires.
D’autres titres comme Solitude Is Bliss ont une structure plus pop.
Oui, c'est ce que je préfère d’ailleurs. Ça affecte directement le cerveau : le couplet qui conduit au refrain qui conduit au couplet... L’alchimie est presque inexplicable.
Comment écrivez-vous vos paroles ?
Je les couche sur papier dès le début. Enfin, juste une phrase quoi, vu que cela se résume souvent à ça. (Sourire.) Pour moi, les paroles servent surtout à soutenir la chanson, elles doivent véhiculer les mêmes émotions. Je crois que les notes sont aussi signifiantes que les mots, les deux doivent aller de paire.
Idem pour l'image que vous souhaitez donner ? Je pense aux pochettes et aux clips par exemple.
Les pochettes sont souvent définies avec un graphiste à qui je donne une idée générale, comme cet horizon reflété sur Innerspeaker. Je ne suis pas sûr que les images et la musique doivent forcément correspondre, mais pour le disque, je voulais que ce soit un peu en phase. Ce paysage naturel mais perverti correspond parfaitement à la musique qu’on trouve à l’intérieur. En ce qui concerne les clips, c'est le seul aspect que nous ne contrôlons pas du tout. Je ne peux pas donner mon avis, je ne suis pas assez compétent.
Vous montez sur scène dans quelques heures, comment abordez-vous cette partie du boulot ?
C'est dur à dire… C'est tellement différent de l’enregistrement et de la réalisation d’un album. Tout ce qu'on peut espérer faire sur scène, c'est refourguer une adaptation plaisante des morceaux, guère plus.



