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Selectorama - 27/08/10 de Summer Camp

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L'émotion musicale est toujours affaire d'atmosphère : quiconque instaure par sa simple musique un environnement propice aux correspondances complexes entre émotions, images et sons provoque invariablement l'ébranlement des sensibilités. Une thèse simple défendue sans nul doute par Summer Camp au cours de ce Selectorama atmosphérique où la pop éthérée se décline à toutes les sauces : synthétique, électronique, sentimentale ou cinématographique. Un parfait aperçu des influences du duo ravageur qui viendra les afficher fièrement lors de son passage à la Soirée BimBamBoom du 14 septembre prochain (sise au Point Éphémère de Paris). [Victor Thimonier].



Jeremy Warmsley : Ce qui est étrange à propos de leur musique, c'est que je serais incapable d'en ressortir un seul élément. D'une certaine façon, tout finit par prendre sens. Est-ce une chanson d'amour sur un petit ami ? Est-il juste question de faire ses courses dans un magasin ? Ça n'a pas d'importance, l'atmosphère est simplement incroyable.
Elizabeth Sankey : Les Cocteau Twins ont toujours été essentiels pour nous. Nous avons toujours aimé leur son, notamment leur travail sur les guitares. Avec eux, les disques s'imposent comme ils sont : ils peuvent paraître parfois déroutants tout en restant très beaux. Nous avons rencontré Simon Raymonde (ndlr : bassiste lors des dernières années du groupe) l'année dernière et il nous a raconté que bien souvent, au lieu de perdre son temps à discuter avec Robin Guthrie, ils se mettaient simplement à jouer, et tout venait de la façon la plus sincère et naturelle possible. Au bout du compte, ils se retrouvaient sans crier gare avec une chanson finie. C'est probablement ce côté instinctif qui rend leur musique si unique.


Elizabeth :Sa musique a directement influencé la notre, dans la façon de chanter et d'aborder les morceaux. Suspended In Gaffa marque vraiment un tournant dans sa carrière. Il y a cette phrase, "I don't know why I'm crying", très forte car c'est à la fois tout à fait rationnel et en même temps assez abstrait. Les paroles paraissent hermétiques et pourtant certaines idées peuvent résonner initimement en chacun de nous. Et la musique est juste parfaite.
Jeremy :Oui, j'imagine que c'est le genre de pop song qu'ils diffuseraient sur Mars : à la fois hyper-efficace et complètement farfelu.


Jeremy : On aime beaucoup la musique électronique, de Glass Candy à Aphex Twin. Les sons qu'il y a sur leurs albums semblent complètement irréels : ils ne viennent ni d'un instrument ni d'une personne.
Elizabeth : Oui, nous aimons beaucoup l'electro pop, comme New Order ou même des choses plus récentes comme Robyn, avec cette alliance entre les paroles et la musique qui me touche particulièrement. Il y a quelque chose d'émouvant dans la combinaison de mots et de rythmes soutenus qui conduit à un état proche de l'euphorie. On a pas mal écouté d'acid house des années 90 aussi, notamment The Orb ou A Guy Called Gerald. J'aime leur transposition de l'acid house dans un format pop.


Jeremy : L'efficacité de Low vient du fait que les chansons sont assez courtes. Et pourtant chacune a sa propre atmosphère, mais il y a quelque chose d'intéressant dans leur façon de s'enchaîner : tu écoutes Sound And Vision et, dans un sens, tu t'attends déjà au morceau suivant, Always Crashing In The Same Car. C'est quelque chose qu'on essaye de faire aussi dans nos compositions, que chacune ait une atmosphère bien particulière. On peut utiliser les mêmes sons mais ceux-ci auront une touche différente d'un morceau à l'autre.
Elizabeth : Exactement. On a grandi avec David Bowie. Nos titres abordent souvent les thèmes de l'enfance ou de l'adolescence... Cette chanson m'évoque ces moments où on se met à aimer la musique que passent nos parents lors d'un long voyage en voiture. Les moments où l'on s'éveille à des sons différents.
Jeremy : C'est un peu pareil avec Paul Simon.


Elizabeth : Nous aimons beaucoup l'album, très pop. Ce ne sont pas juste des chansons d'amour, il va plus loin que ça.
Jeremy : C'est un disque sur la solitude.
Elizabeth : On les a vus au Barbican à Londres l'année dernière, ils étaient fantastiques, et ce morceau tout particulièrement. Les paroles sont très drôles, elles sont vraiment en phase avec le vécu.
Jeremy : Et toujours intelligentes. On entend quelques phrases et on se dit : "ah oui, je vois, je comprends tout maintenant". Ça nous fait réaliser des choses que l'on n'avait pas saisies auparavant sur nous-mêmes, sans pour autant que nous perdions le fil. C'est très subtil.
Elizabeth : Ça résume bien une certaine naïveté pop où le morceau, sans en avoir l'air, s'ancre dans la mémoire, et ressurgit à l'aune de certaines situations de la vie quotidienne, que ce soit lors d'une discussion entre amis ou lors d'une réunion de famille.


Jeremy : Je l'ai entendue pour la première fois il y a un an. Je ne la connaissais pas avant, même si c'était un hit. C'est le genre de morceau qui te fait te sentir bien immédiatement, que ce soit la musique, les paroles, la façon dont il chante, un peu comme Walk On The Wild Side de Lou Reed, avec cette atmosphère chaleureuse et accueillante.
Elizabeth : Un peu comme I'm Not In Love de 10cc aussi.
Jeremy : J'aime bien l'évocation de la nuit, de l'heure tardive. J'avais gardé cette idée en tête pour notre EP qui sort en septembre, la façon de contraster les heures du jour et de la nuit, et les ambiances qu'elles entraînent.


Elizabeth : J'ai toujours trouvé ce morceau à la fois sombre et très beau. C'est un titre très cinématographique, j'ai souvent des images en tête quand je l'écoute. Au début, des images très sombre, comme quelqu'un qui se ferait tabasser. Et d'un coup cette soudaine explosion de cordes au mileu du morceau, où tout s'éclaire de façon là aussi très visuelle, une association d'éléments qui me rappelle des moments de ma vie passée.
Jeremy : J'adore Scott Walker, la façon dont il a évolué, depuis ses débuts avec son groupe jusqu'au personnage sombre et terrifiant qu'il est maintenant. Il ne s'est jamais répété.


Elizabeth : Nous sommes d'énormes fans de Radiohead. Nous avons toujours admiré la façon dont ils innovent de disque en disque, cette manière de se renouveler sans jamais s'éloigner du format pop. Quand la chanson est sortie, j'avais seize ans, je me rappelle l'avoir écoutée en allant promener mon chien. Je n'en revenais pas de sa perfection. C'est vraiment le morceau parfait pour moi, l'une des bases de ce qui viendra ensuite, à la fois un modèle lo-fi et un rêve de pop éthérée. Je pourrais l'écouter encore et encore sans jamais me lasser.
Victor Thimonier

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