- Tous
-
Chronique d'album
- Interviews
A lire
- Tous
- Chronique d'album
- Interviews
Précurseur et inventeur d’un rock expérimental, narcotique et répétitif au sein de Spacemen 3, Pete Kember, alias Sonic Boom, est plus qu’une figure légendaire de la pop moderne : un mythe. Revenu aux affaires avec la production de jeunes pousses frondeuses (MGMT, Panda Bear), le vieux sage revient sur son parcours, aussi sinueux qu’important, livrant au passage quelques concepts à méditer. Sous influence(s) ou non.
[Interview Étienne Greib].
Spacemen 3 - Mary Anne (Sound Of Confusion, 1986)
Pour toutes les rééditions de Spacemen 3, les bandes proviennent directement de nous. Car on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal de pirates en circulation, et on a tenu à ce qu’elles soient de bonne qualité. Je suis moi-même friand des rééditions. Par exemple, j’ai absolument tout ce qui existe sur The Velvet Underground ! J’en ai toujours acheté autant, sinon plus, que les disques officiels. Je trouve ça passionnant de tout connaître, tout entendre d’un artiste ou d’un groupe. Pour revenir à Sound Of Confusion (1986), je préfère nettement les démos à l’album, nous avions plus de contrôle. Le label nous avait imposé un producteur (ndlr. Bob Lamb) pour superviser le tout et être certain qu’il y aurait bien un disque à la fin. Mais on ne travaillait pas ainsi, et c’était très dur de trouver quelqu’un qui comprenne notre son. C’est d’ailleurs encore le cas, les ingénieurs du son dans les salles ne saisissent pas toujours à quel point notre son est important et combien nous y travaillons. C’est le fruit d’un apprentissage long et coûteux. Pour l’album suivant, The Perfect Prescription (1987), nous avons même dû retirer quelques pistes de guitares. Jason Pierce (ndlr. futur Spiritualized) en avait tellement enregistré qu’il nous aurait été impossible de le rejouer sur scène. Quinze ans plus tard, le problème ne se posait plus et on a enfin pu entendre ces versions complètes sur Forged Prescriptions (2003). Ma philosophie musicale implique qu’il ne peut pas y avoir plus de quatre ou cinq éléments s’ils sont bien imbriqués. Quatre bons éléments valent mieux que soixante moyens. Et si tu peux exprimer ce que tu as en tête avec un seul, c’est l’idéal. Il faut savoir se débarrasser du superflu.
Brian Eno a décrit Spacemen 3 comme The Stooges faisant de la musique d’aéroport. Voilà un producteur avec qui tu aurais pu collaborer, non ?
Oh, mais il l’a dit bien après… En 1986, il produisait U2, on n’aurait jamais pu le payer autant. Nous tentions de nous développer loin de nos contemporains, de subir le moins d’influences possibles. D’ailleurs, si quelqu’un me disait que nous étions influencés par un groupe que nous ne connaissions pas – disons Amon Düül –, je refusais d’office d’écouter Amon Düül, parce que j’avais l’impression de faire de la musique pour de bonnes raisons et refusais de me laisser influencer pour de mauvaises. Nous habitions dans une petite ville, et nous avions choisi d’y rester alors que nos amis partaient tous pour Londres. Nous ne voulions être affiliés à aucune scène, nous voulions rester isolés. D’ailleurs, nous étions définitivement à part au milieu des années 80, un peu moins à la fin. Depuis, Spacemen 3 est souvent cité en référence…
Spacemen 3 - Honey (Playing With Fire, 1988)
Ça a été notre premier disque à bénéficier d’une bonne distribution, en Europe continentale notamment. Nous avions failli signer sur Creation. J’aime beaucoup Playing With Fire, mon album préféré avec The Perfect Prescription (1987). Il est plein de nuances, d’ambiances différentes. J’apprécie le contrepoint entre les morceaux longs et bruyants, et d’autres, plus courts et plus calmes, ça lui donne une très bonne dynamique. Le groupe était excellent, nous touchions à quelque chose de rare. Mais c’est aussi le début de la fin : les bons groupes ne peuvent pas durer éternellement, une dégradation naturelle s’opère. On se connaissait depuis l’âge de dix-sept ans. Nous étions sans cesse sous pression, et la vie en tournée était trop intense, nous jouions parfois jusqu’au milieu de la nuit. Il est important de préciser que nous avons publié ces disques à une époque où Internet n’existait pas, il fallait tout deviner à partir du nom du groupe ou d’une pochette. L’acte d’achat était motivé par tellement de critères. Et les disques étaient chers… Si tu te plantais et en achetais un mauvais, tu étais vraiment mal. Aujourd’hui, quelqu’un qui cherche un morceau d’un vieux groupe aura immédiatement accès à tout ce qu’il a enregistré, et cela ne nuira en rien à son enthousiasme.
Sonic Boom - Help Me Please (Spectrum, 1990)
Je l’ai enregistré avant Recurring (1990), le dernier LP de Spacemen 3. Le label Silvertone m’avait offert une grosse avance et la possibilité de réaliser une très belle pochette. À la base, ça devait être purement expérimental, mais quand j’ai vu les moyens mis à ma disposition, j’ai décidé d’y inclure de vraies chansons, qui ne collaient pas avec l’univers du groupe. J’ai ajouté deux reprises : Rock’N’Roll Is Killing My Life de Suicide et Lonely Avenue de Doc Pomus.
Spectrum - Lord I Don't Even Know My Name (Soul Kiss (Glide Divine), 1992)
On me parle encore beaucoup de la pochette (ndlr. qui comprenait une huile de couleur bleue pour un résultat assez mouvant et fascinant), l’usine de pressage n’avait garanti le résultat que pour une durée de six mois. Sur certains exemplaires, l’huile s’est complètement évaporée, sur d’autres, il y avait des moisissures. Certains envois ont été catastrophiques, un accroc pouvait ruiner tous les autres disques du colis. Nous avons empêché les Manic Street Preachers d’avoir leur premier hit à cause de cette huile bleue. Des stocks entiers de leur single Motorcycle Emptiness ont dû être détruits par notre faute, et j’en suis toujours assez fier. (Rires.)
Spacemen 3 - Mary Anne (Sound Of Confusion, 1986)
Pour toutes les rééditions de Spacemen 3, les bandes proviennent directement de nous. Car on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal de pirates en circulation, et on a tenu à ce qu’elles soient de bonne qualité. Je suis moi-même friand des rééditions. Par exemple, j’ai absolument tout ce qui existe sur The Velvet Underground ! J’en ai toujours acheté autant, sinon plus, que les disques officiels. Je trouve ça passionnant de tout connaître, tout entendre d’un artiste ou d’un groupe. Pour revenir à Sound Of Confusion (1986), je préfère nettement les démos à l’album, nous avions plus de contrôle. Le label nous avait imposé un producteur (ndlr. Bob Lamb) pour superviser le tout et être certain qu’il y aurait bien un disque à la fin. Mais on ne travaillait pas ainsi, et c’était très dur de trouver quelqu’un qui comprenne notre son. C’est d’ailleurs encore le cas, les ingénieurs du son dans les salles ne saisissent pas toujours à quel point notre son est important et combien nous y travaillons. C’est le fruit d’un apprentissage long et coûteux. Pour l’album suivant, The Perfect Prescription (1987), nous avons même dû retirer quelques pistes de guitares. Jason Pierce (ndlr. futur Spiritualized) en avait tellement enregistré qu’il nous aurait été impossible de le rejouer sur scène. Quinze ans plus tard, le problème ne se posait plus et on a enfin pu entendre ces versions complètes sur Forged Prescriptions (2003). Ma philosophie musicale implique qu’il ne peut pas y avoir plus de quatre ou cinq éléments s’ils sont bien imbriqués. Quatre bons éléments valent mieux que soixante moyens. Et si tu peux exprimer ce que tu as en tête avec un seul, c’est l’idéal. Il faut savoir se débarrasser du superflu.
Brian Eno a décrit Spacemen 3 comme The Stooges faisant de la musique d’aéroport. Voilà un producteur avec qui tu aurais pu collaborer, non ?
Oh, mais il l’a dit bien après… En 1986, il produisait U2, on n’aurait jamais pu le payer autant. Nous tentions de nous développer loin de nos contemporains, de subir le moins d’influences possibles. D’ailleurs, si quelqu’un me disait que nous étions influencés par un groupe que nous ne connaissions pas – disons Amon Düül –, je refusais d’office d’écouter Amon Düül, parce que j’avais l’impression de faire de la musique pour de bonnes raisons et refusais de me laisser influencer pour de mauvaises. Nous habitions dans une petite ville, et nous avions choisi d’y rester alors que nos amis partaient tous pour Londres. Nous ne voulions être affiliés à aucune scène, nous voulions rester isolés. D’ailleurs, nous étions définitivement à part au milieu des années 80, un peu moins à la fin. Depuis, Spacemen 3 est souvent cité en référence…
Spacemen 3 - Honey (Playing With Fire, 1988)
Ça a été notre premier disque à bénéficier d’une bonne distribution, en Europe continentale notamment. Nous avions failli signer sur Creation. J’aime beaucoup Playing With Fire, mon album préféré avec The Perfect Prescription (1987). Il est plein de nuances, d’ambiances différentes. J’apprécie le contrepoint entre les morceaux longs et bruyants, et d’autres, plus courts et plus calmes, ça lui donne une très bonne dynamique. Le groupe était excellent, nous touchions à quelque chose de rare. Mais c’est aussi le début de la fin : les bons groupes ne peuvent pas durer éternellement, une dégradation naturelle s’opère. On se connaissait depuis l’âge de dix-sept ans. Nous étions sans cesse sous pression, et la vie en tournée était trop intense, nous jouions parfois jusqu’au milieu de la nuit. Il est important de préciser que nous avons publié ces disques à une époque où Internet n’existait pas, il fallait tout deviner à partir du nom du groupe ou d’une pochette. L’acte d’achat était motivé par tellement de critères. Et les disques étaient chers… Si tu te plantais et en achetais un mauvais, tu étais vraiment mal. Aujourd’hui, quelqu’un qui cherche un morceau d’un vieux groupe aura immédiatement accès à tout ce qu’il a enregistré, et cela ne nuira en rien à son enthousiasme.
Sonic Boom - Help Me Please (Spectrum, 1990)
Je l’ai enregistré avant Recurring (1990), le dernier LP de Spacemen 3. Le label Silvertone m’avait offert une grosse avance et la possibilité de réaliser une très belle pochette. À la base, ça devait être purement expérimental, mais quand j’ai vu les moyens mis à ma disposition, j’ai décidé d’y inclure de vraies chansons, qui ne collaient pas avec l’univers du groupe. J’ai ajouté deux reprises : Rock’N’Roll Is Killing My Life de Suicide et Lonely Avenue de Doc Pomus.
Spectrum - Lord I Don't Even Know My Name (Soul Kiss (Glide Divine), 1992)
On me parle encore beaucoup de la pochette (ndlr. qui comprenait une huile de couleur bleue pour un résultat assez mouvant et fascinant), l’usine de pressage n’avait garanti le résultat que pour une durée de six mois. Sur certains exemplaires, l’huile s’est complètement évaporée, sur d’autres, il y avait des moisissures. Certains envois ont été catastrophiques, un accroc pouvait ruiner tous les autres disques du colis. Nous avons empêché les Manic Street Preachers d’avoir leur premier hit à cause de cette huile bleue. Des stocks entiers de leur single Motorcycle Emptiness ont dû être détruits par notre faute, et j’en suis toujours assez fier. (Rires.)