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Il paraît déjà loin, le temps où SoKo s’apparentait encore à un duo. En 2007, Stéphanie Sokolinski et son acolyte Thomas Semence font main basse sur le village planétaire. Elle est comédienne, âgée de vingt et un ans, et commence tout juste à distinguer un ukulélé d’une brosse à cheveux. Lui est guitariste de métier et accompagne notamment Keren Ann ou Jean-Louis Aubert. À partir des miniatures folk imaginées par la première, ils ont réalisé ensemble un Ep, Not Sokute, qui s’apprête à faire le bonheur des blogueurs et le malheur de ses auteurs. Propulsé sur la toile par Believe, un distributeur numérique qui y croit dur comme fer, ces chansons inaugurales font le tour du monde en un clin d’œil. Pourtant, derrière les sourires de rigueur, l’amitié des deux protagonistes ne tarde pas à s’émousser. Preuve qu’un homme averti ne vaut pas toujours une jeune femme déterminée, la musicienne novice, qui ne se reconnaît pas dans cette œuvre à quatre mains, finit par congédier son camarade. “C’étaient mes chansons, mais pas ma musique. J’étais trop faible et vraiment pas assez sûre de moi”, assène-t-elle désormais à propos de ce disque qu’elle réprouve entièrement. Alors, en 2008, la gamine est repartie de zéro. Au lieu de continuer à capitaliser sur un malentendu, cette Bordelaise de naissance a parcouru le monde à la recherche de son idéal. De la Scandinavie – où elle est déjà une icône – aux États-Unis – où elle réside désormais –, la petite Française a roulé sa bosse et jonglé entre bonheurs fugaces et profondes déceptions. Si la collaboration avec son idole Euros Child (ex-Gorky’s Zygotic Mynci) a également tourné court (“J’ai tout gâché parce que j’étais trop nulle”), cette forte tête, qui pratique volontiers l’autoflagellation, a fini par sécher ses larmes auprès de Ryan Hadlock, producteur de Blonde Redhead et ingénieur du son d’Afghan Whigs.
Avec lui, elle a enregistré, à Seattle, un premier et double (sic) album, à paraître au printemps 2009, qu’elle a entièrement écrit, arrangé, supervisé, validé et re-validé. Cette touche-à-tout, en passe de devenir multi-instrumentiste, a aussi pas mal joué et beaucoup chanté. Plus jusqu’au-boutiste que son amie néo-zélandaise Ladyhawke (à qui elle a inspiré le tube Paris Is Burning), SoKo a même monté sa propre structure, BabyCat Records, histoire de garder le contrôle total des opérations. Pourtant, l’enfant terrible sait aussi se mettre au service des autres. Ainsi, a-t-elle prêté récemment sa voix à I’m From Barcelona, le temps de Gunhild (Who Killed Harry Houdini?, 2008) ou au duo français Gentlemen Drivers sur leur imminent single Beat Her. Si on l’a également vue interpréter une reprise de Twist And Shout aux côtés d’Adam Green et des Babyshambles lors du festival aoûtien d’Utrecht, en Hollande, sa moue joviale aura illuminé moult scènes au cours de l’année écoulée, dont celle de la Cigale lors de son passage attendu au raout des Inrockuptibles. À l’aise sur les planches comme dans sa salle de bain, la demoiselle y passait gaiement du clavier à la batterie, de la confession à l’exaltation, forçant peu à peu l’admiration d’un public loin d’être acquis à sa cause. Car si la presse, notamment féminine, lui déclare régulièrement sa flamme, certains mélomanes persistent à ne voir en elle qu’une Kimya Dawson du pauvre, quand d’autres la soupçonnent tout bonnement d’être un succube de l’enfer pour qui la fin justifie (tous) les moyens. Alors qu’elle apparaîtra, l’année prochaine, aux côtés de François Cluzet et Emmanuelle Devos dans Je Suis Parti De Rien, le nouveau film de Xavier Giannoli, il faudra encore patienter quelques mois avant qu’elle tienne, enfin seule, le haut de l’affiche.