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Compte-rendu live - Primavera 2010 de Smith Westerns

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Du quidam fatigué par le mammouthisme fatal du FIB au vieux routier du milieu qui retrouve pendant trois jours un brin de la grandeur décadente de ses jeunes années, le festival Primavera Sound parvient peu à peu à réunir un public massif, aussi hétéroclite que pointu. Notre reporter spécial Arnaud Aubry et sa photographe attitrée Elvire Camus étaient du raout espagnol et nous content aujourd'hui, en mots et en images, les deux premiers jours d'une manifestation devenue, au fil des années et des programmations sensées, incontournable. Avec les Smith Westerns élus grands vainqueurs de la guérilla scénique.

PRIMAVERA SOUND FESTIVAL - JEUDI 27 MAI

À Barcelone, l’avenue Diagonale, qui mène au Primavera Sound Festival, est une espèce de Miami de pacotille, avec ses palmiers, ses immeubles pimpants et ses filles en roller. Au bout du bout de cette très très longue rue s’ouvre le site de lévénement : dix scènes et plus de 200 artistes en trois jours. Il fait beau, il fait chaud. Trêve de blabla et venons-en aux affaires sérieuses : les concerts. Après Biscuit, un groupe "de papas", la scène Pitchfork accueille Sic Alps. Ça sent déjà très fortement l’herbe dans l’assistance. Quelques festivaliers, comme égarés dans une lentille gravitationnelle raccordée directement avec les années 70, dodelinent de la hanche comme Rory Gallagher. Tels des Black Lips down tempo et psychés jusqu’à l’os, le blues moite et distordu des Américains extirpe finalement le public de sa léthargie, tranchant allègrement avec le ska punk vulgaire de Bis, présent de l’autre côté. Direction la scène Ray-Ban – qui accueillera The xx un peu plus tard dans la soirée – avec The Wave Pictures. "This is a pretty big club, in my opinion", s’exclame le chanteur et guitariste David Tattersall. En dépit de leurs efforts, la sauce ne prend pas. Le son est faiblard, sourd, et c’est fort dommageable tant ces histoires d’amour et de nuits d’ivresse corsée, cette mélancolie des dimanches post-java mériteraient d’être mieux servies.

Tandis que les Anglais catatoniques s’époumonent dans le vide, les ravagés Monotonix font "jumper la foule" de la scène Vice. Les Israéliens jouent au milieu du public, en sueur et en caleçon. Une folle procession de cymbales et de grosse caisse s’active et accompagne un chanteur galvanisé par la foule, tel un tribun hirsute affublé d’une genouillère.

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Pendant que les hipsters de Vice congratulent amoureusement les hommes poilus qui dégoulinent de partout, un des mythes de l’histoire de la musique moderne monte sur scène. Mark E. Smith est complètement saoul. Il passe une chanson entière à déambuler sur la scène, un sourire idiot sur les lèvres, laissant ses acolytes se charger du boulot. Des acolytes presque anonymes d’ailleurs, en CDD, puisqu’il est bien connu qu’on ne reste pas très longtemps dans The Fall. Le papy est un peu bedonnant, le visage buriné, il se déplace avec précaution, comme s’il ne voulait pas briser son col du fémur en plastique. La musique est égale à elle-même, avec son mélange d’expérimentation post-punk et de chansons plus catchy. La reprise de Strychnine des Sonics est épatante. Avant la fin du titre terminal, M. Smith enfile sa veste en cuir et se barre. Pas un signe vers la foule. Pas de rappel. Rien. La claviériste reprend son sac à main. On les croirait sortis tout droit du pub. "Un soulard qui donne la messe après avoir enquillé les pintes, et tous les kids pour l’écouter", résume Louis, un Français absolument ravi d’avoir vu s'élever puis s'effondrer The Fall, ce mythe éternellement renaissant. La pluie commence à tomber, et il y a comme un petit air de transhumance, des centaines et des centaines de personnes se dirigeant toutes au même endroit : le concert de The xx.

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Il faut jouer des coudes pour atteindre les premiers rangs. Les filles affutent leurs téléphones portables et leurs appareils photo, prêtes à immortaliser l’événement. La première véritable tête d’affiche s’apprête à fouler les planches. Le public est coincé au milieu d’un amphithéâtre cyclopéen, rempli à ras bord de gens assis sur leur fauteuil comme au base-ball, buvant leur bière et dégustant leur tapas. Un énorme X noir barre la scène. Les trois musiciens déboulent, détendus, déjà habitués à pareille audience. Ils débutent avec le morceau introductif de l’album. Les touches de la boîte à rythme sont à peine effleurées que tremblent les corps de milliers de personnes devenues extatiques. C’est étonnant de voir comment trois loustics jouant à peine deux notes en même temps peuvent émouvoir autant d’homologues. À part ça, ils jouent le disque en changeant une virgule de temps en temps. Et tout le monde est rassasié.

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Pendant que les chauves-souris s’auto-sodomisent, sur la scène Pitchfork, les Smith Westerns ont le cheveu long et délivrent l’un des meilleurs sets de la soirée : racés, élancés, un peu dégingandés, ils sont presque trop. Trop lookés, trop à l’aise, trop maniérés, et pourtant on y croit. L’une de leurs chansons raconte : "I was dreaming of you dreaming of me"… Cette ligne les résume bien : un poil d’indolence, de l’arrogance, de la nonchalance, et plein d’autres mots en « ence ». Comme nous le confiait il y a quelques mois Etienne Pierre Duguay, le batteur de Real Estate, les Smiths Westerns posent comme précepte de leur existence le « cool ». Et c’est vrai qu’ils le sont, naturellement.

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Et puis beaux aussi ! Avant d’entamer leur fameux Be My Girl qui les a fait connaître il y a un an, ils dévoilent une nouvelle composition absente de l’album : un foutu hymne comme on n’en fait plus. Où ils s’éloignent un peu du T-Rex lo-fi des débuts pour prétendre à une dimension planétaire, rien que ça. Les Américains terminent donc avec Be My Girl, et le public hurle le refrain comme si sa vie en dépendait. Sur la même scène un peu plus tard, The Big Pink fait tout l’inverse. Du fac-similé. Autant passer le CD, cela aurait été moins fatigant pour eux. Le chanteur lève les bras à la fin de chaque morceau. Hormis deux ou trois tubes qui décollent la plèvre, tout ça est rébarbatif, voire carrément pathétique. Autre immense tête d’affiche du jour : Pavement.

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Le groupe culte nous sort un best-of honnête. La plupart des loustics présents n’ont pas eu l’opportunité de les voir en concert à la belle époque, c’est donc une chance pour eux de les découvrir, de mettre un visage, un jeu de scène, une attitude sur des mélodies. Les chansons n’ont pas vieillies, ce qui n’est pas le cas des musiciens, arborant tous des cheveux bien grisonnants. De nombreux invités se pressent sur la scène surplombée de guirlandes : le chanteur de Broken Social Scene vient pousser la chansonnette ; le troubadour de Monotonix, qui a eu le temps de trouver un pantalon et de se sécher, danse la valse sur scène ; et un énergumène inconnu affublé d’un maillot de l’Espagne vient ponctuer les refrains d’une chanson que tout le monde semble avoir oublié. On sait à quoi s’en tenir, Stephen Malkmus lui-même ne semble pas dupe de la supercherie. Il passe la moitié de son temps à faire semblant de lancer sa guitare, singeant son lui d’il y a 15 ans dans une tentative de réactualisation un peu vaine.

On dirait bien que Pavement fait le trottoir… Le quidam est content d’assister au barnum, mais pour de mauvaises raisons : plus pour pointer et s'exclamer "a vu !" que pour la qualité réelle du concert. Heureusement, demain, un nouveau p’tit groupe viendra reprendre le flambeau. Les Pixies qu’ils s’appellent… Pour finir, Fuck Buttons vient tout aplatir. Derrière moi, les drogués ferment les yeux et serrent les dents. Sur scène, ce sont des images fugitives, deux zigues hurlant, noyés dans un vrombissement distordu. Des nappes qui se superposent, un set qui monte en intensité. C’est comme un mantra oppressant, une musique répétitive qui assomme coup après coup, jusqu’à l’annihilation de toute capacité neuronale. Les drogués vont se baigner, les amoureux rentrent se coucher. Fin de la première journée.

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