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Entrevue - 21/04/10 de She & Him

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Lui, c’est Matt Ward, stakhanoviste de la chose musicale qui jongle avec les projets (solo, en groupe, en duo) avec une habileté de moins en moins démentie. Elle, c’est Zooey Deschanel, une actrice pétillante et désinvolte qui écrit des chansons tantôt mutines, tantôt fragiles. Ensemble, ils s’amusent à (re)visiter le Panthéon américain, convoquant avec un aplomb certain inflexions pop, accents country ou déhanchements soul, tout en s’abritant à l’ombre des Beach Boys et autres Skeeter Davis. Radieux, candide et soyeux, leur deuxième album a (encore) pris du Volume, des couleurs et donne une irrépressible envie de musarder. Sous le soleil. Exactement. [Article & interview Christophe Basterra].


Dans un premier temps, on hésite à entrer dans la pièce où elle se tient, assise dans un fauteuil presque trop moelleux pour être honnête. On hésite parce que… Non, pas par timidité. Ni même par anxiété. Mais parce qu’elle est identique. Identique à celle que l’on voit depuis plus de dix ans sur les grands (ou petits) écrans, seuls lieux, avec quelques-unes de revues étrangères, où on avait eu la chance de l’apercevoir jusqu’à présent. Des miracles des éclairages de plateau, des prodiges de Photoshop et de ces autres subterfuges techniques, elle n’a donc point besoin. Les yeux sont bel et bien de ce bleu perçant donnant cette (fâcheuse, si, si) impression d’être continuellement déshabillé du regard. La peau a cette blancheur diaphane, offrant à la demoiselle une fragilité surannée. Fragilité vite balayée par une franche poignée de mains. Et un “bonjour” asséné dans la langue de Molière avec un aplomb volubile. Effectivement : Zooey Deschanel n’est pas actrice pour rien. Et fait montre d’une assurance qui n’est pas toujours l’apanage de ses consœurs de chant… À ses côtés, se tient son acolyte, qui arbore dorénavant une fine moustache lui conférant des faux airs d’Errol Flynn. Mais le sympathique Matt Ward, lui, on l’a déjà croisé. Pas plus tard qu’il y a un an, en couverture de ce même magazine, à l’occasion de la sortie de son sixième Lp en solitaire, Hold Time, riche en mélodies agiles et arrangements soignés. Depuis, l’homme de Portland n’a pas ménagé sa peine : concerts, enregistrements, production, composition et vice versa. Sous son nom, ou avec Monsters Of Folk (ce super-groupe fantasmé de l’americana). Mais aussi en compagnie de la Deschanel, donc, pour accoucher du deuxième album de She & Him.

On peut bien l’avouer aujourd’hui : on était loin d’être persuadé que le Volume One du duo, idéalement sorti à quelques jours du printemps 2008, aurait un jour un successeur. Pas que le disque fut décevant. Loin de là. D’autant que la jeune femme confirmait ce qu’on avait déjà pu apprécier dans certains de ses films : à la fois douce et chaleureuse, sa voix titillait l’imaginaire. Et plus, si affinités. Mieux, on apprenait qu’hormis deux reprises (trois en comptant un titre malicieusement caché), toutes les chansons de ce disque émoustillant étaient signées de ses mains délicates, l’ami Matt ayant endossé pour le coup les habits d’architecte sonore. Pourtant, on n’arrivait pas à croire à un mariage artistique fait pour durée – la faute aussi à une genèse aux faux airs de coup de foudre artistique pour les besoins de la bande originale de The Go-Getter (2007). Et puis, on imaginait plutôt la dame heureuse d’avoir enfin rassasié l’une de ses lubies de mélomane extravertie – en matière de références sixties, elle en connaît un rayon –, et désormais tout entière dévouée à sa seule carrière d’actrice, impeccable dans ces films indépendants au ton badin qui lui sied si bien – le très musical (500) Jours Ensemble (2007), le délicieusement excentrique Gigantic (2008), entre autres.

Mais il faut se faire une raison, reconnaître que cette jeune femme au prénom littéraire – piqué au titre d’une nouvelle de feu JD Salinger, Franny And Zooey – est plus imprévisible que ses bonnes manières ne le laissent paraître. Alors, elle a envoyé de nouvelles maquettes à son alter ego masculin, qui ne s’est pas fait prier pour les habiller. Et Volume 2 – puisque tout est simple comme bonjour dans l’univers coloré de She & Him – de dévoiler aujourd’hui une auteur-compositrice décidément à l’aise avec l’écriture pop, capable de se mesurer à ce que son acolyte appelle “la grande musique américaine”. Alors, dans ce second chapitre, on ne s’étonne guère de croiser les ombres de Brian Wilson et Phil Spector, Carole King ou American Spring. La demoiselle a affiné son style, pris de l’assurance et ouvert grandes les fenêtres du studio comme pour mieux chanter des mélodies qui se fredonnent sans même qu’on s’en rende compte. Cerise sur le gâteau, l’épouse du Death Cab For Cutie en chef Ben Gibbard s’est même donnée cette fois la peine de quitter le Nouveau Monde pour venir discuter, une fois n’est pas coutume, art mineur plutôt que majeur.

Dans les locaux peu glamour du pourtant très hip label Domino – hôte anglais du “couple”, resté fidèle à Merge Records outre-Atlantique –, situés dans une zone d’activités miniature coincée entre un réservoir d’eau désaffecté et une voie ferrée, Zooey et Matt reçoivent la presse européenne sans même prendre le temps d’avaler un vrai déjeuner. Mais se montrent amusés lorsqu’on leur propose de tirer au sort des petits papiers sur lesquels figurent des mots-clés, en caressant le secret espoir que ces derniers aideront à pénétrer l’univers séduisant mais mystérieux d’un groupe qu’il vaudrait mieux prendre au sérieux. Séance tenante.

BITTERSUITE
Matt Ward : J’aime beaucoup cette orthographe, avec le mot “suite” écrit comme si l’on parlait de la pièce d’une maison.
Zooey Deschanel : Heu, Matt… En fait, dans le cas présent, c’est bien comme cela que le mot doit être écrit.
MW : Ah, sauf tout le respect que je vous dois, je ne crois pas, ma chère… Si mes connaissances ne me trahissent pas, ce mot est formé de l’association de deux autres, “bitter” et “sweet”…
ZD : Oui, tu as raison. Mais tu ignores que j’ai composé il y a quelques années une… suite au piano. Et que j’avais choisi comme titre Bittersuite. Il s’agissait d’un jeu de mots. Tu vois où je voulais en venir ou as-tu besoin de plus amples explications ?
MW : Bon sang, j’adore ! Même si j’avais plus en tête l’idée d’une suite, genre un boudoir…
ZD : J’ai écrit ce morceau pour le film Winter Passing. La production n’avait pas trop d’argent et cherchait une musique de style classique pour accompagner une scène. Je leur ai donc proposé Bittersuite. Je compose depuis longtemps, même si j’ai attendu avant de me jeter à l’eau. D’ailleurs, pour She & Him, j’utilise parfois des chansons qui remontent à mes années de… “solitude”. (Rires.) Sur Volume 2, Sing et Brand New Shoes sont ainsi des morceaux que j’ai sauvés de l’oubli ! Pourquoi avoir tant tardé ? Tout simplement parce que je n’avais pas rencontré la personne en laquelle j’avais suffisamment confiance… Avant de tomber sur Matt. (Sourire.)

13
MW : Il s’agit d’un nombre. Et c’est entre autres le nombre de chansons que l’on trouve sur notre nouvel album. J’ajouterais que dans certaines cultures, il fait œuvre de porte bonheur…
ZD : Mais dans d’autres civilisations, il porte malheur. En tout cas, 13 est aussi le titre d’une chanson…
MW : Une très belle chanson de Big Star.

CRIBS
ZD : (Rires.) Cribs est une émission de télé qui existe depuis… Depuis toujours, je crois ! Et c’est la seule référence contemporaine que j’utilise dans une de mes chansons. Sincèrement, je voulais changer le texte de Sing, ôter ce mot, mais Matt m’en a empêchée.
MW : Parce que j’adorais ces paroles en l’état !
ZD : Donc, oui, je dois l’avouer : lorsque j’ai écrit ce morceau, je regardais Cribs à la télé… Mais au fait, tu en connais le principe ? Il s’agit d’un programme complètement débile diffusé sur MTV, qui t’invite à pénétrer dans l’intimité des stars de la musique et du sport. Ces dernières t’ouvrent les portes de leur maison. (Rires.) En fait, ces gens n’ont qu’une seule idée en tête : te montrer à quel point leur baraque est immense. Et ils en sont fiers ! Cribs est en quelque sorte la version hip hop de ce que fut Lifestyles Of The Rich and Famous, une émission qui a disparu depuis plusieurs années déjà.
MW : Mais sans proposer d’équivalent à l’incroyable présentateur Robin Leach…
ZD : C’est vrai, il n’y en a pas pour Cribs. Dès le début, l’invité ouvre sa porte et lance à la cantonade un truc du style : “Hey, salut les potes, bienvenue dans mon antre, venez, suivez-moi, on va d’abord voir ce que j’ai dans mon frigo !” Et en général, tu ne trouves que de l’alcool et quelques bouteilles de soda, comme s’il s’agissait d’une version XL d’un minibar d’hôtel. Sincèrement, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de trouver cette émission rigolote.
MW : Pourtant, je ne pense pas qu’elle se veuille drôle. Non, l’idée directrice est plutôt de dévoiler aux spectateurs ébaubis les secrets de la vie d’une star. Mais en fait, cette dernière finit par te faire pitié.
ZD : Enfin, je regardais donc Cribs en pleine nuit et l’invité était Master Jay de Run DMC. Et comme je le chante dans Sing, le plafond de sa maison est bel et bien en plaqué or ! (Rires.) Tout peut me servir de source d’inspiration. Je compose la musique et j’écris les paroles en même temps, alors, souvent, les deux s’enchevêtrent… Parfois, je choisis un mot parce qu’il accompagne à la perfection les accords que je viens de trouver.

MAGIC RPM  #141

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