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Entrevue - 09/03/10 de Sambassadeur

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À l'heure où tout se sait, certains mystères restent entiers. Sambassadeur, le secret le mieux gardé de sa majesté Charles XVI Gustave, s'offre enfin un passeport pour l'éternité avec son magnifique troisième album. Hanté par le spectre gainsbourgien, European convoque la pop orchestrale à l'un des rares sommets de ce siècle tourmenté. Rencontre avec son brillant porte-parole francophone, Joachim Läckberg. [Interview Estelle Chardac - Traduction Sébastien Jenvrin].

Sambassadeur a débuté en 2003 en pratiquant une sorte de version Do It Yourself de ABBA. Que pouvez-vous racontez sur cette surprenante influence dans votre parcours. Pensez-vous qu’ABBA soit un groupe sous-estimé ?
Nous avons toujours eu de grandes ambitions en termes d'arrangements et de compositions. Malheureusement, nos moyens étaient trop limités lorsque nous avons débuté. L'ambition perce déjà sur notre premier disque, mais c'est seulement aujourd'hui que nous pouvons commencer à réaliser notre idéal.

Abba est très sous-estimé. Notamment en Suède où ils n'ont jamais obtenu le respect qu'ils méritent. Dans les années soixante-dix, on voyait Abba comme un groupe superficiel. Bien sûr, les textes n'étaient pas toujours très profonds, mais les arrangements et la production sur certains morceaux sont fantastiques.

Avez-vous joué dans d’autres groupes avant de commencer Sambassadeur ?
Nous avons tous joué dans des groupes différents. Nous nous sommes rencontrés en 2003. Nous avons enregistré trois chansons dans un sous-sol que nous avons envoyées à certains journaux en Suède. Deux mois plus tard, nous avons obtenu un contrat d'enregistrement, et nous voici sept ans plus tard en train de sortir notre troisième album.

Après Migration, vous revenez avec European. Qu’est-ce que ce nouvel album révèle de votre état d’esprit du moment ? Vous sentez-vous Européens avant d’être Suédois ?
Nous nous sentons Européens, même si nous sommes isolés dans le nord de l'Europe parfois. En Espagne, j'ai rencontré un mec qui m’a demandé s'il était vrai que les enfants suédois portaient des lunettes de soleil pendant l'été pour protéger leurs yeux parce qu’il n’y a pas de soleil du tout pendant l'hiver. Je lui ai répondu que c'était vrai (sic).

Chaque chanson est fignolée avec un soin immense, avec l'impression que tout est joué de concert. L'enregistrement s'est-il passé de façon aussi organique ?
Merci. Oui, pour sûr. Nous avons commencé à écrire ces chansons après la sortie de Migration. L'album a été enregistré l'été dernier dans le studio de Mattias Glavå à Göteborg. Nous nous voyons plutôt comme des compositeurs que comme des musiciens, et nous avons invité beaucoup de musiciens. Quatuor à cordes, saxophone, clarinette, piano, trois batteurs, etc. L'enregistrement, séquencé en plusieurs séances de studio, s’est tout de même déroulé assez vite. Ce qui prend le plus de temps, lorsque nous écrivons des chansons, c’est la visualisation de l’ensemble ; à savoir comment elles vont être disposées, le rythme, les sentiments, etc. Il nous a fallu deux ans pour boucler le travail. Quand nous partons en tournée, nous prenons avec nous un quatuor à cordes et un piano. Nous serons une dizaine de personnes sur scène, ce sera passionnant. On peut dire que c'est seulement maintenant que nous sommes satisfaits de notre son sur scène.

Comment les choses se sont passées avec votre producteur Mattias Glavå ?
Nous l’avons connu quand nous avons enregistré notre EP Coastal Affairs, en 2006, et nous travaillons avec lui depuis. Il a un très bon studio, même si l’ambiance tendait souvent à se détériorer. Il sait déceler la nervosité et la vulnérabilité, ce qu’il exploite à merveille. Il est très doué quand il s’agit de trouver le bon ton pour les chansons, plutôt que de se limiter à sonner de manière professionnelle. Son studio est composé presque exclusivement d’anciens équipements, et l’enregistrement se fait sur un authentique magnéto à bande, c’est ce qui a donné cette patine très spéciale à notre musique.

Qui sont vos producteurs favoris dans l’histoire de la pop ?
Les producteurs vers lesquels nous tendons idéalement sont, entre autres, Jean-Claude Vannier, Brian Wilson et Michael B. Tretow.

Qu’est-ce qui vous éclate le plus dans la réalisation d’un nouvel album ?
Le plus excitant, c’est le travail d’écriture et de production, quand on sent qu’une chanson est en train d’émerger et de prendre tout son sens. Nous savons bien que nous n’y parvenons pas toujours, nous avons nos morceaux favoris. Mais quand ça marche, c’est vraiment un sentiment merveilleux. Sinon, en dehors de l’enregistrement, ce qui nous botte vraiment ce sont tous les gens que nous apprenons à connaître au fil des années grâce la musique.

À l'inverse, qu’est-ce qui vous ennuie le plus (ne dites pas les interviews hein ?) ?
Ce que nous n’aimons pas, ce sont les chroniques trop courtes, même si elles sont positives. C’est très ennuyeux quand les critiques ne prennent pas la peine de coller correctement avec l’album. Nous aimons les interviews quand les questions sont intéressantes. D'ailleurs, c’est le cas avec les vôtres !

Comment envisagez-vous votre évolution en tant que compositeurs, musiciens et groupe depuis votre premier effort ?
Je crois que nous avons beaucoup progressé en tant que songwriters, surtout au niveau des rythmes et des structures des chansons. Mais cela devient de plus en plus difficile avec l’âge. On aime bien jouer nos deux premiers opus en tournée, surtout les chansons de Migration. C’est vraiment un album important à nos yeux. Quand nous jouons Subtle Changes, et que la partie de saxophone se met à rugir un vendredi soir, quelque part en Europe, on se dit que ça pourrait être pire. Les tournées nous ont vraiment soudés en tant que groupe, ça a amélioré notre jeu de scène. Nous sommes devenus meilleurs à force de jouer en Angleterre, en Espagne et en Allemagne. Nous espérons venir en France au printemp,s ou bien cette été !

Apparemment, certains d’entre vous ont étudié en France. Comment s’est déroulé cette expérience ?
Daniel Tolergård et moi-même (ndlr. Joachim Läckberg) avons habité en Avignon pendant une année. C'était une vraie merveille. On étudiait la langue trois jours par semaine, et le week-end on jouait dans des bars miteux irlandais. Tous les habitués ressemblaient à Johnny Hallyday, ils ont probablement pensé que nous étions idiots. Nos professeurs étaient bons, mais stricts. Ils pensaient que le Suédois était la langue des barbares.

En dehors de Gainsbourg, quelles autres icônes françaises (culturelles ou autre) sauveriez-vous du déluge ?
Jean-Pierre Papin, Thérèse Raquin, Eric Cantona, Alizée.

Avez-vous déjà pensé écrire une chanson entièrement en français ?
Non. Il serait néanmoins intéressant d'écrire une chanson pour un artiste français, à l’avenir. On a déjà capté une chanson en français. Nous avons fait une reprise de La chanson de Prévert sur notre premier album. On a traduit le texte en anglais et enregistré la chanson. Quelques semaines avant que le disque ne sorte, l’éditeur de Gainsbourg a refusé d'accepter notre version anglaise. Il fallait donc enregistrer la chanson en français. Anna ne parle pas français, et nous avons dû refaire le texte en écriture phonétique.

Y-a-t-il un mot français que vous préférez ?
Bellâtre, hebdomadaire et rez-de-chaussée.

Que pensez-vous du label Labrador Records ?
La chose la plus appréciable avec Labrador, c’est la grande marge de liberté dont nous jouissons. On apprécie également d’être sur un petit label,  ça nous permet d’évoluer à notre rythme. Si nous avions signé sur une major, on ne nous aurait pas permis de donner une suite à notre premier album.

On pense souvent à la pop de Phil Spector et des Beach Boys quand on évoque l’esthétique générale de Sambassadeur. Trouvez-vous ces comparaisons sensées ?
Oui ! Nous adorons les Beach Boys, et tout ce qui touche à ce groupe. Ils étaient davantage un phénomène qu’un simple groupe. Le public a surtout retenu les énormes tubes surf, mais je préfère de loin leurs chansons douces présentes sur les albums moins connus. Il suffit d’écouter l’album Sunflower et toutes ces choses magnifiques, comme Till I Die, Forever et All I Wanna Do.

Qui vous inspire actuellement ?
C’est difficile de trouver l’inspiration dans la musique contemporaine. Les groupes qui pompent sur les autres peuvent aussi bien inspirer que les bons groupes. Si vous écoutez un truc vraiment mauvais, au moins vous êtes sûr de ne pas vouloir vous en inspirer.

Etiez-vous au courant de cette reprise par Lush du Fallin’ In Love de American Spring, qui est à son tour une reprise de Lady de Dennis Wilson ? Préférez-vous cette version ou celle du « Beach Boy noyé » ?
Nous ignorions cette reprise de Lush. Nous aimons beaucoup l’originale de Dennis Wilson, que nous trouvons meilleure. On a fait une reprise sur chacun de nos albums. Ça nous éclate vraiment. Le but est de tenter de leur rendre justice tout en leur offrant notre touche personnelle. Sur European, nous avons repris Small Parade, du grand Tobin Sprout (Guided By Voices).

Racontez-nous un scoop sur Sambassadeur ?
Nous venons de décliner une offre de tournée mondiale !

Posez-vous la dernière question, et répondez-y si vous le souhaitez ?
European est-il votre dernier album ? Peut-être, on ne sait jamais. Nous nous disons toujours que c’est le dernier. C’est ce que nous avions fait avec Migration. Et ensuite, il nous suffit d’écouter Glen Campbell interpréter Both Sides Now, ou encore I’m Not Saying de Nico... et c’est reparti pour un tour, on empoigne sa guitare...
Interview Estelle Chardac - Traduction Sébastien Jenvrin

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