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L’histoire semblait close. Pourtant, en
revenant sur son tout premier chapitre, le séminal album Foxbase Alpha, parfaite rencontre de soul, de dance et de pop
aujourd’hui rééditée, Saint Etienne a repris goût à sa propre aventure. Tant et
si bien que Pete Wiggs, Sarah Cracknell et Bob Stanley ont reformé leur suave
trio scénique pour revisiter leur année 1991 avec style. Et mieux préparer leur
XXIe siècle. Entretien forcément calibré avec l’historien du groupe,
le ludique Stanley. Interview Estelle Chardac – Photographie D.
Morceau préféré sur Foxbase Alpha ?
Étant donné que je l’écoute beaucoup pour préparer les concerts, je dirais She’s The One. Même si je le trouve sous-produit, comme le reste de l’album, d’ailleurs. (Ricanements.) Quelle structure très étrange, d’où cela vient… Cela fait si longtemps… Je crois qu’on ne l’a jamais joué en live, tout comme Like The Swallow, trop difficile, et bien sûr Wilson et Etienne Gonna Die, qui ne sont faits que de samples. À vrai dire, avec ces concerts de Foxbase Alpha, j’ai l’impression de me replonger dans un vieil album de photos. Dans ton esprit, tu crois savoir à quoi ça ressemblait mais quand tu les redécouvres, la différence est très frappante, surtout dans les détails. Comme cette coupe de cheveux honteuse sur une photo. (Rires.) On est un peu coincés dans une dimension parallèle, en ce moment. Ce sentiment est très étrange, voire malsain. Pour être honnête, j’ai hâte d’en sortir. (Rires.)
Meilleur souvenir du making of de Foxbase Alpha ?
Une impression générale de spontanéité. Nous nous rendions au studio de Ian Catt en écoutant une cassette de Dusty Springfield dans la voiture de Pete quand la chanson I Can’t Wait Until I See My Baby’s Face est passée. On s’est dit : “Tiens, cela ferait un très bon sample”, juste au moment où l’on se garait. Et deux minutes après – littéralement –, nous joignions le geste à la parole en écrivant Nothing Can Stop Us. Nous n’avions jamais enregistré d’album… Quand notre deuxième single est sorti, notre manager Jeff Barrett nous avait demandé si l’on avait commencé à bosser dessus et l’on avait répondu par la négative. Tout simplement parce qu’on ne croyait même pas en avoir le droit ! Donc rien que l’idée de pouvoir faire un album nous semblait fantastique.
Comme le photographe de la pochette Joe Dilworth sur Dilworth’s Theme, si une chanson devait faire référence à Saint Etienne, comment s’appellerait-elle ?
(Il s’esclaffe.) Je sèche… Enfin, il y a bien une chanson de 10cc qui me vient à l’esprit : The Worst Band In The World. (Rires.)
Qu’est-il arrivé à Celina Nash, qui figurait
sur la pochette ?
C’était ma petite amie de l’époque, en fait. Elle faisait aussi partie du groupe Golden qu’on avait signé sur notre label Icerink avec Pete. Aux dernières nouvelles, elle avait épousé un pêcheur canadien.
Meilleur aspect du film House Of Games, samplé sur Etienne
Gonna Die ?
Les dialogues de David Mamet sont remarquables de bout en bout. Ils me semblent très modernes, parce que tu retrouves ce mélange de sécheresse et d’humour noir dans l’écriture de séries télévisées contemporaines comme Mad Men. C’était presque du cinéma européen, surtout pour l’époque (ndlr. 1987). Et le film qui est venu ensuite, Homicide, le surpassait encore. Joe Mantegna y était à nouveau fantastique. D’ailleurs on entend souvent sa voix dans les Simpsons pour les personnages de gangsters. (Sourire.)
Ton frère Wilson préféré aujourd’hui ?
Je crois que je devrais quand même dire Brian. Dennis a eu son heure de gloire l’année dernière. (Rires.) Tu es obligé, surtout quand tu lis des livres où l’on t’explique par le menu pourquoi c’était un connard absolu la plupart du temps. Quant à Carl, tu te demandes comment il pouvait éviter de prendre parti quand ses frères étaient d’un côté et Mike Love de l’autre. Comment tu peux faire ça ? (Rires.) Je suppose que la fumette a un rapport avec la réponse. Et puis Brian a ce côté Winnie l’ourson qui le rend très attachant.
Only Love Can Break Your
Heart : votre version ou le remix d’Andrew
Weatherall ?
J’aime beaucoup la sienne mais non, je préfère la nôtre. Soyons honnêtes, hein. (Rires.) Et puis je me suis souviens très bien des circonstances dans lesquelles on l’a réalisée, en deux heures chrono, le couteau à la main pour couper les bandes… C’est quand même notre tout premier enregistrement.
Jacques Vendroux ou Étienne Daho ?
Qui est Jacques Vendroux ? Ah, bien sûr, je connais son nom puisqu’il apparaît dans Radio Etienne…
Londres en 1991 ou en 2009 ?
Je préfère Londres aujourd’hui ! Mais il faut savoir que nous venions tous les trois d’y emménager et nous la découvrions encore. C’est pour ça que dans Girl VII on cite tous ces noms de stations de métro intercalés entre des lieux de villégiature : pour nous, tout y était terriblement exotique. Il y avait plein d’endroits infréquentables, des immeubles brûlés ou des jardins dangereux où les gens viennent aujourd’hui manger leurs sandwiches au guacamole avec leurs enfants ! (Rires.) Enfin, Londres reste encore aujourd’hui assez sale et difficile, contrairement à l’image vernie qu’en a donné la britpop. En revanche, ce qui me manque dans le Londres de 1991, ce sont ces salles au-dessus des pubs où l’on pouvait voir jouer des groupes, qui ont complètement disparu au profit d’appartements ou de restaurants. C’est dans un de ces étages, sur Great Poland street, que j’ai assisté au premier concert des Manic Street Preachers. Toute cette culture s’est évaporée car le business s’en est mêlé, comme souvent.
La britpop : arnaque ou aubaine ?
Il y a un coffret qui sort bientôt, dont j’ai écrit les notes de pochette. Peut-être que je suis le seul à voir les choses ainsi mais avec l’axe Oasis-Blur, tout a basculé dans un gros cliché. Tu avais une ribambelle de groupes dans leur sillage qui les copiaient. Les mecs de Cast sont devenus les maîtres du monde… (Rires.) La pente a vite été glissante ! Il reste Pulp, qui sont aujourd’hui le groupe britpop préféré de tout le monde. D’ailleurs leur album Different Class est incontestablement le meilleur disque de l’époque. L’histoire de Suede, on l’oublie trop souvent, était aussi très intéressante. Au tout début, avant qu’on hésite à appeler cela un mouvement, il y avait tous ces gens comme Denim, The Auteurs, Earl Brutus et nous qui étions éminemment anglais et bardés de références inhabituelles. Même des groupes un peu à part comme S*M*A*S*H, These Animal Men ou les affreux Five Thirty étaient intrigants. Ces derniers avaient une chanson appelée Cuddly Drug (ndlr. tendre drogue)… Tout est dit, non ? On a toujours voulu réaliser un documentaire sur eux, mais Alan McGee s’y opposait fermement. (Rires.)
Felt, Denim ou Go-Kart Mozart ?
Je dirais Go-Kart Mozart car ils jouent en première partie de nos dates anglaises. En plus ils ont fini un nouvel album, qu’on n’a toujours pas entendu. Mais mon disque favori de Lawrence reste Denim On Ice.
Foxbase Alpha ou Finisterre ?
Finisterre est un bien meilleur disque, selon moi. Je me sens généralement plus fier de ses chansons. Le problème avec Foxbase Alpha, ce sont certaines paroles dont j’ai assez honte. Je ne suis même pas aussi embarrassé quand je lis la prose que j’écrivais pour le NME, alors que ça tient du très mauvais fanzine. (Rires.) Mais peut-être que le même phénomène m’arrivera avec Finisterre, qui sait.
45 tours, 25 cm ou 33 tours ?
Les 45 tours, en ce moment. Ils m’obsèdent. Je continue à en acheter des tonnes sans pour autant savoir où les ranger. À chaque fois que j’entends parler de gens qui vendent leur collection, je me retrouve à en acheter deux cents à la fois. Je m’intéresse aussi un peu aux 25 cm car c’était le format de prédilection en Angleterre au début des années 50. Je continue à passer des disques dans des soirées et d’ailleurs j’ai quelques sets prévus cet été. J’ai même une tournée de quatre dates en Finlande ! (Rires.)
Dernier disque acheté ?
Baby Lover de Petula Clark. C’est à cette époque qu’elle a migré en France, aux alentours de 1957. Sinon dans les nouveautés, euh… Là tu me poses une colle. Attends, je regarde. (Il trifouille.) C’est l’excellent Ep de l’ancienne Pipettes, Rose Elinor Dougall, qui s’appelle Another Version Of Pop Song. À mon avis, elle a beaucoup écouté Linda Perhacs.
Dernier projet en date ?
Pour le moment, nous sommes très plongés dans les bandes et les fichiers de Saint Etienne car nous allons rééditer tout notre catalogue. Une fois que ce sera fait, on pourra se poser et écrire de nouvelles chansons. On a eu quelques jours sur les bras où l’on a pu échanger des idées, déjà… Donc ça se fera, c’est sûr. Sinon Pete travaille sur la musique d’un dessin animé américain pour les tout-petits. Et moi j’écris un livre sur l’histoire de la pop. Eh oui, rien que ça. (Rires).
Morceau préféré sur Foxbase Alpha ?
Étant donné que je l’écoute beaucoup pour préparer les concerts, je dirais She’s The One. Même si je le trouve sous-produit, comme le reste de l’album, d’ailleurs. (Ricanements.) Quelle structure très étrange, d’où cela vient… Cela fait si longtemps… Je crois qu’on ne l’a jamais joué en live, tout comme Like The Swallow, trop difficile, et bien sûr Wilson et Etienne Gonna Die, qui ne sont faits que de samples. À vrai dire, avec ces concerts de Foxbase Alpha, j’ai l’impression de me replonger dans un vieil album de photos. Dans ton esprit, tu crois savoir à quoi ça ressemblait mais quand tu les redécouvres, la différence est très frappante, surtout dans les détails. Comme cette coupe de cheveux honteuse sur une photo. (Rires.) On est un peu coincés dans une dimension parallèle, en ce moment. Ce sentiment est très étrange, voire malsain. Pour être honnête, j’ai hâte d’en sortir. (Rires.)
Meilleur souvenir du making of de Foxbase Alpha ?
Une impression générale de spontanéité. Nous nous rendions au studio de Ian Catt en écoutant une cassette de Dusty Springfield dans la voiture de Pete quand la chanson I Can’t Wait Until I See My Baby’s Face est passée. On s’est dit : “Tiens, cela ferait un très bon sample”, juste au moment où l’on se garait. Et deux minutes après – littéralement –, nous joignions le geste à la parole en écrivant Nothing Can Stop Us. Nous n’avions jamais enregistré d’album… Quand notre deuxième single est sorti, notre manager Jeff Barrett nous avait demandé si l’on avait commencé à bosser dessus et l’on avait répondu par la négative. Tout simplement parce qu’on ne croyait même pas en avoir le droit ! Donc rien que l’idée de pouvoir faire un album nous semblait fantastique.
Comme le photographe de la pochette Joe Dilworth sur Dilworth’s Theme, si une chanson devait faire référence à Saint Etienne, comment s’appellerait-elle ?
(Il s’esclaffe.) Je sèche… Enfin, il y a bien une chanson de 10cc qui me vient à l’esprit : The Worst Band In The World. (Rires.)
C’était ma petite amie de l’époque, en fait. Elle faisait aussi partie du groupe Golden qu’on avait signé sur notre label Icerink avec Pete. Aux dernières nouvelles, elle avait épousé un pêcheur canadien.
Les dialogues de David Mamet sont remarquables de bout en bout. Ils me semblent très modernes, parce que tu retrouves ce mélange de sécheresse et d’humour noir dans l’écriture de séries télévisées contemporaines comme Mad Men. C’était presque du cinéma européen, surtout pour l’époque (ndlr. 1987). Et le film qui est venu ensuite, Homicide, le surpassait encore. Joe Mantegna y était à nouveau fantastique. D’ailleurs on entend souvent sa voix dans les Simpsons pour les personnages de gangsters. (Sourire.)
Je crois que je devrais quand même dire Brian. Dennis a eu son heure de gloire l’année dernière. (Rires.) Tu es obligé, surtout quand tu lis des livres où l’on t’explique par le menu pourquoi c’était un connard absolu la plupart du temps. Quant à Carl, tu te demandes comment il pouvait éviter de prendre parti quand ses frères étaient d’un côté et Mike Love de l’autre. Comment tu peux faire ça ? (Rires.) Je suppose que la fumette a un rapport avec la réponse. Et puis Brian a ce côté Winnie l’ourson qui le rend très attachant.
J’aime beaucoup la sienne mais non, je préfère la nôtre. Soyons honnêtes, hein. (Rires.) Et puis je me suis souviens très bien des circonstances dans lesquelles on l’a réalisée, en deux heures chrono, le couteau à la main pour couper les bandes… C’est quand même notre tout premier enregistrement.
Qui est Jacques Vendroux ? Ah, bien sûr, je connais son nom puisqu’il apparaît dans Radio Etienne…
Je préfère Londres aujourd’hui ! Mais il faut savoir que nous venions tous les trois d’y emménager et nous la découvrions encore. C’est pour ça que dans Girl VII on cite tous ces noms de stations de métro intercalés entre des lieux de villégiature : pour nous, tout y était terriblement exotique. Il y avait plein d’endroits infréquentables, des immeubles brûlés ou des jardins dangereux où les gens viennent aujourd’hui manger leurs sandwiches au guacamole avec leurs enfants ! (Rires.) Enfin, Londres reste encore aujourd’hui assez sale et difficile, contrairement à l’image vernie qu’en a donné la britpop. En revanche, ce qui me manque dans le Londres de 1991, ce sont ces salles au-dessus des pubs où l’on pouvait voir jouer des groupes, qui ont complètement disparu au profit d’appartements ou de restaurants. C’est dans un de ces étages, sur Great Poland street, que j’ai assisté au premier concert des Manic Street Preachers. Toute cette culture s’est évaporée car le business s’en est mêlé, comme souvent.
Il y a un coffret qui sort bientôt, dont j’ai écrit les notes de pochette. Peut-être que je suis le seul à voir les choses ainsi mais avec l’axe Oasis-Blur, tout a basculé dans un gros cliché. Tu avais une ribambelle de groupes dans leur sillage qui les copiaient. Les mecs de Cast sont devenus les maîtres du monde… (Rires.) La pente a vite été glissante ! Il reste Pulp, qui sont aujourd’hui le groupe britpop préféré de tout le monde. D’ailleurs leur album Different Class est incontestablement le meilleur disque de l’époque. L’histoire de Suede, on l’oublie trop souvent, était aussi très intéressante. Au tout début, avant qu’on hésite à appeler cela un mouvement, il y avait tous ces gens comme Denim, The Auteurs, Earl Brutus et nous qui étions éminemment anglais et bardés de références inhabituelles. Même des groupes un peu à part comme S*M*A*S*H, These Animal Men ou les affreux Five Thirty étaient intrigants. Ces derniers avaient une chanson appelée Cuddly Drug (ndlr. tendre drogue)… Tout est dit, non ? On a toujours voulu réaliser un documentaire sur eux, mais Alan McGee s’y opposait fermement. (Rires.)
Je dirais Go-Kart Mozart car ils jouent en première partie de nos dates anglaises. En plus ils ont fini un nouvel album, qu’on n’a toujours pas entendu. Mais mon disque favori de Lawrence reste Denim On Ice.
Finisterre est un bien meilleur disque, selon moi. Je me sens généralement plus fier de ses chansons. Le problème avec Foxbase Alpha, ce sont certaines paroles dont j’ai assez honte. Je ne suis même pas aussi embarrassé quand je lis la prose que j’écrivais pour le NME, alors que ça tient du très mauvais fanzine. (Rires.) Mais peut-être que le même phénomène m’arrivera avec Finisterre, qui sait.
Les 45 tours, en ce moment. Ils m’obsèdent. Je continue à en acheter des tonnes sans pour autant savoir où les ranger. À chaque fois que j’entends parler de gens qui vendent leur collection, je me retrouve à en acheter deux cents à la fois. Je m’intéresse aussi un peu aux 25 cm car c’était le format de prédilection en Angleterre au début des années 50. Je continue à passer des disques dans des soirées et d’ailleurs j’ai quelques sets prévus cet été. J’ai même une tournée de quatre dates en Finlande ! (Rires.)
Baby Lover de Petula Clark. C’est à cette époque qu’elle a migré en France, aux alentours de 1957. Sinon dans les nouveautés, euh… Là tu me poses une colle. Attends, je regarde. (Il trifouille.) C’est l’excellent Ep de l’ancienne Pipettes, Rose Elinor Dougall, qui s’appelle Another Version Of Pop Song. À mon avis, elle a beaucoup écouté Linda Perhacs.
Pour le moment, nous sommes très plongés dans les bandes et les fichiers de Saint Etienne car nous allons rééditer tout notre catalogue. Une fois que ce sera fait, on pourra se poser et écrire de nouvelles chansons. On a eu quelques jours sur les bras où l’on a pu échanger des idées, déjà… Donc ça se fera, c’est sûr. Sinon Pete travaille sur la musique d’un dessin animé américain pour les tout-petits. Et moi j’écris un livre sur l’histoire de la pop. Eh oui, rien que ça. (Rires).