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Entrevue - 20/04/11 de Primal Scream

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Un an et demi avant la sortie de Homework, Daft Punk prévenait dans ces colonnes : “L’album du crossover entre la dance et le rock existe déjà. C’est Screamadelica !” Réédité pour son vingtième anniversaire, le troisième LP de Primal Scream, transcendé par un DJ inconnu, Andrew Weatherall, s’impose, aux côtés de Blue Lines de Massive Attack et Nevermind de Nirvana, parmi la sainte Trinité de l’année 1991. Mais comment le groupe de Bobby Gillespie qui se rêvait tant icône du rock en est devenu l’Icare ? [Interview Nicolas Plommée]





Quel effet cela vous fait-il d’évoquer un album paru voici vingt ans ?
Bobby Gillespie : C’est un bon souvenir puisque nous pouvons encore en parler après tout ce temps. Nous n’en sommes qu’au début des interviews pour évoquer la réédition de Screamadelica hors de Grande-Bretagne où il y a notamment eu une couverture du NME et l’émission Classic Rock Albums destinée à être diffusée à la télévision.
Martin Duffy : La moitié de ce programme figure sur le DVD inclus dans la réédition pour offrir quelque chose de plus que les vidéo-clips réunis à l’époque sur une VHS.
BG : Surtout, nous avons déjà enregistré la moitié d’un nouvel album de Primal Scream. Il ne sortira pas avant l’année prochaine parce que le groupe est actuellement en tournée pour rejouer Screamadelica avec la conscience tranquille. Cette tournée finance le reste de l’enregistrement parce que nous n’avons plus de label, et qui sait, s’il en existera encore en 2012 ? Avec ce disque en chantier, nous nous sentons suffisamment forts pour se retourner sur ce qui a pu être réalisé voici vingt ans.

Le morceau Loaded – qui est un remix par Andrew Weatherall de I’m Losing More Than I’ll Ever Have, un titre du précédent LP de Primal Scream – peut être considéré comme le point de départ de Screamadelica. Mais c’était aussi l’intronisation aux claviers d’un certain Martin Duffy…
MD : (Amusé.) Oui, c’est vrai, j’étais alors un jeune musicien plein d’avenir !
BG : Tu étais surtout tellement timide ! Duffy a été notre porte-bonheur : Primal Scream n’intéressait plus personne en 1989, et voilà qu’un DJ house alors inconnu flashe sur une de nos ballades grâce à ce passage joué par Duffy.

Même s’il existait un lien évident grâce au label Creation, comment vous êtes-vous rencontrés précisément ?
MD : Je suis à peu près sûr que c’est lorsque Primal Scream a fait la première partie de Felt à l’ICA de Londres, en 1985.
BG : Tu as raison, mais nous nous sommes alors simplement croisés plus qu’autre chose. Je t’ai contacté un an ou deux plus tard pour se voir pendant un des temps morts autour de l’enregistrement de Sonic Flower Groove (1987), le tout premier LP de Primal Scream. Nous étions déjà très lents… (Sourire) Je lui ai juste demandé de jouer ce qu’il aimait des Stones. (Rires.) Puis j’ai osé le provoquer à propos de Ray Manzarek (ndlr. ancien claviériste de The Doors) et ce gamin de vingt ans m’a scié avec sa version de When The Music’s Over des Doors.
MD : Il a fallu patienter jusqu’à l’album suivant de Primal Scream, en 1989, pour que je puisse jouer avec Bobby et les autres parce que Lawrence ne voulait pas que je me disperse en dehors de Felt. Mais comme Throb (ndlr : Robert Young, bassiste passé à la guitare après le départ de Jim Beattie de Primal Scream) est venu jouer de la basse sur Me And A Monkey On The Moon (1989) de Felt, il s’agissait ni plus ni moins d’un échange de bons procédés. À la séparation de Felt, j’étais libre de rejoindre Primal Scream, mais je n’ai jamais perdu le contact avec Lawrence. J’ai même joué sur un de ses nouveaux morceaux, enregistré l’an dernier, sans pour autant savoir quand et comment ça sortira.

À l’époque, vous habitiez tous à Brighton ?
BG : J’avais déménagé de Glasgow à Brighton plutôt qu’à Londres avec Throb en 1988. Même si Andrew Innes (ndlr. guitariste et plus ancien membre de Primal Scream en activité après Bobby) puis Duffy nous y ont rejoints, nous retournions sans arrêt à Londres. Le trajet ne durait qu’une heure en train. D’ailleurs, Alan McGee, descendu à Londres au début des années 80 pour fonder Creation, nous rendait souvent visite à Brighton.

J’évoquais plutôt Brighton par rapport à votre première rencontre avec Andrew Weatherall.
BG : Je ne me souviens pas précisément de la première fois où je l’ai rencontré, mais ça s’explique facilement parce que ça devait être un matin après une nuit entière à danser sur de la house et nous devions être dans un drôle d’état… D’après Alan, c’est Jeff Barrett (ndlr. attaché de presse de Creation qui reste celui de Primal Scream malgré son départ pour fonder son propre label Heavenly) qui avait déjà sympathisé avec Weatherall quand il s’est présenté après une soirée à Brighton. Mais ce dont je suis sûr, c’est que c’était bien avant qu’il nous accompagne sur quelques dates de Primal Scream en tant que journaliste du NME grâce à Jeff qui avait réussi à négocier un article au-delà de la simple chronique de l’album.

Andrew Weatherall, qui signait sous le pseudonyme d’Audrey Weatherspoon dans le NME, fait donc l’éloge de Primal Scream en concert. Mais comment est venue l’idée d’un remix de sa part ?
BG : Les deux Andrew, Innes et Weatherall, ont immédiatement bien accroché et traînaient ensemble. La notion de remix était dans l’air du temps bien au-delà des seuls maxis de house… À la fin de l’année 1989, dans la même émission télévisée de Top Of The Pops, il y a à la fois The Stone Roses pour Fools Gold et Happy Mondays pour Hallelujah, remixé par Paul Oakenfold, souvent DJ dans les mêmes soirées que Weatherall. C’était donc logique que Innes propose à son pote DJ de s’attaquer à notre prochain single. Mais sa première tentative a déplu à Innes parce qu’elle se contentait de rajouter un rythme à I’m Losing More… Et Innes l’a provoqué en lui suggérant de “détruire” le morceau. Le résultat a donné Loaded !



Quelles ont été les premières réactions ?
BG : En décembre 1989, Innes a appelé chez moi en pleine nuit, vers 4 heures du matin. Je ne dormais pas, mais il ne s’est même pas inquiété de l’horaire, il était surexcité et voulait me prévenir que Weatherall avait joué Loaded pour la première fois au club The Subterrania et que les gens adoraient. Non seulement ils en étaient fous, mais surtout parmi les personnes présentes ce soir-là, il y avait Kevin Rowland, le chanteur de Dexys Midnight Runners, et Mick Jones de The Clash et Big Audio Dynamite. Ils étaient même venus demander au DJ quel était ce disque ! Kevin Rowland et Mick Jones ! Deux de mes héros (ndlr. Il bombe le torse et se frappe la poitrine tel un gladiateur romain)… Évidemment, les fans de musique indie nous ont critiqués, mais nous savions que nous étions dans le vrai. Loaded a été classé dans les “charts” à une époque où cela voulait encore dire quelque chose. Certes, nous ne sommes rentrés qu’à la seizième place, mais en avons vendu 100 000 exemplaires.

MAGIC RPM  #151

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