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JEUDI 27 OCTOBRE, POINT ÉPHÉMÈRE (PARIS)

La bible 2.0 de l'indie s'est délocalisée à Paris ce week-end, ouvrant le bal au Point Ephémère le jeudi 27 avec Dirty Beaches, King Krule et Trailer Trash Tracys. De ces derniers, nous n’entendons malheureusement que les ultimes morceaux, qui nous laissent la vague impression d'un quatuor anglais adepte d’un shoegaze lo-fi aux mélodies retorses, perdu dans la fumée des canons, et jouant des coda typiquement rêveuses sur les suites d'accords de The Jesus And Mary Chain. Pas de quoi tomber amoureux sur la foi de ces seules minutes, mais l’occasion de réévaluer le cas TTT se présentera le vendredi 25 novembre à Toulon lors du Midi Festival.

C'est une surprise quand Archy Marshall, alias King Krule, foule la scène : avec son imperméable gris et sa casquette élimée, il a l'air d'un pauvre lycéen à qui on n’accorderait pas une once de maturité, encore moins une voix aussi profonde. Accompagné d'un groupe dont le look définitivement pas cool annule avec ironie et fraicheur le côté branché du public, l'adolescent est étourdissant, lançant avec nonchalance ses pop songs sophistiquées aux riffs ingénieux et aux accords jazzy alambiqués qui rendent ses lettres de noblesses au son clair de la guitare électrique.


La tension d'Out Getting Ribs, la magnifique Ocean Bed… Malgré les rares maladresses d'une formation encore toute neuve, l'alchimie crée par King Krule est tour à tour diablement funky, frondeuse ou mélancolique, évoquant des décennies de rock purement anglais tout en lui instillant quelque chose de neuf. Enfin, a-t-on envie d'ajouter.


Grand manteau noir, mèche qui suinte la gomina et moustache
impeccable : un live de Dirty Beaches débute à l’instant même où Alex Zhang
Hungtai pose le gros orteil sur scène. Plus qu'un concert, le loner moderne fricote
avec une démarche proche de la performance, où le personnage –sorte d'Alan Vega
suicidaire téléporté en 1956 – est aussi important que les boucles bruyantes
avec lesquelles il se débat devant nous, laissant courir des improvisations
plus ou moins contrôlées pour un résultat à chaque fois inattendu. Si son
apparition à l’estivale Route du Rock avait été synonyme de chaos au bout duquel il avait détruit chacune des cordes de sa guitare, on le
contemple ici par son versant le plus sombre et retenu.


Il s’offre de
longues introspections musicales à la lisière de l'ambient, et ne semble se
livrer totalement que dans une version augmentée de Lord Knows Best, ballade mélancolique transformée en cri d'amour
rauque et désespéré, face à un public malheureusement trop peu réceptif à ce
dangereux road-trip. Ce qui ne l'empêche pas d'être en feu sur des titres comme
Sweet 17, accompagné pour l'occasion
d'un saxophoniste parfois trop présent, qui souffle un raffut free-jazz
classique mais toujours efficaces. Un chaos de cinquante minutes aride et
unique ; une belle démonstration de classe.