La récente sortie de la compilation gatuite FLA/Beko –
fruit du travail collaboratif entre le label basé à Houston Free Loving Anarchist et le
frenchie Beko – fournit l'occasion rêvée de se pencher sur le cas précis de FLA, un microlabel américain au catalogue éblouissant
qui ne cesse faire des émules depuis 2002. Tara et James, le couple à la fois créateur du label aux délicieuses bandes magnétiques et meneur du groupe
Pink Playground, ont
donc accepté de répondre à quelques questions sur la genèse de leur aventure, tout en se livrant en conclusion à un exercice de
critique rock des plus poétiques. À l'heure où Sony vient d'abandonner la
fabrication de son légendaire Walkman, on se dit qu'il est enfin temps d'aller
récupérer son fidèle lecteur cassettes au grenier... [Interview Xavier Mazure].
Magicrpm.com : Comment
l'idée de monter un tel label vous est-elle venue ?
Tara :
James a crée FLA de façon inconsciente lorsqu'il a sorti sa première cassette, Better
Than Good, pour une poignée d'amis qui voulaient écouter les quelques
chansons enregistrées par son premier
groupe : 7 ½. C'était en 1995, il devait avoir 14 ou 15 ans. On a repris l'idée
du label Free Loving Anarchist d'une façon plus sérieuse en 2002 lorsque nous
avons tous les deux été plus impliqués dans la création musicale de notre
ville, Houston, et afin d'aider concrètement des amis dont nous apprécions la
musique. Notre seule motivation a toujours été de permettre à des créations que
nous aimions de voir le jour. Nous sommes artistes, nous aimons l'art, il
allait de soi que nous voulions aider les musiciens dont nous aimions de
travail, permettre à leurs œuvres de voir le jour... du moins, en contribuant
au mieux de nos capacités !
Comment
définir FLA ?
James :
L'idée est celle du DIY : nous ne croyons pas qu'un label va nous appeler à
l'improviste pour nous dire innocemment qu'ils aiment tous Pink Playground
(NDLR : le groupe de James et Tara) et veulent partager notre musique ou celle
de nos amis avec le monde entier. Donc au lieu de rester les bras croisés à
attendre que quelque chose arrive, nous avons préféré agir.
Tara :
Nous n'avons pas monté Free Loving Anarchist comme un label au sens commun du
terme. Ça n'a jamais été une entreprise et la musique que nous hébergeons n'est
pas seulement une forme de divertissement. Nous considérons pas non plus FLA
comme quelque chose de strictement musical. Nous prenons cela très à cœur et,
pour nous, c'est parfois même la chose la plus importante au monde. Tout est
dans le titre, jouir et aimer librement... Tu fais ce que tu fais parce que tu
dois le faire et pour aucune autre raison. Tu dis ce que tu as à dire parce que
tu le penses, et cela en dépit de la façon dont le monde peut le recevoir.
En tant que musiciens et jouisseurs, de quoi sont faits vos goûts ?
Tara : Je
me rappelle de la première fois où j'ai vraiment pris conscience de la musique
lorsque j'ai acheté par hasard une cassette de Dirty de Sonic Youth. Je
trouvais que la pochette avait l'air cool. J'avais 13 ans et à ça remonte à une
époque où il n'y avait pas internet. Je me souviens m'être acharnée sur cette
petite cassette ! Lorsque j'étais plus jeune j'écoutais une radio universitaire
nommée KTRU, j'enregistrais ces émissions sur des cassette ; je passais The
Velvet Underground en boucle, même si à l'époque je ne savais pas du tout qui
ils étaient. À peu près à la même époque, James m'a demandé de jeter une oreille
à Isn't Anything de My Bloody Valentine, et comme lui, j'ai été
bouleversée. Il y a tellement de musique et d'artistes que nous aimons. Les
quelques-uns dont je me souviens nous réellement marqués et nous ont aidé à
envisager la musique comme une forme d'art. Mais nous sommes également
énormément influencés par nos propres expériences, sentiments et notre
environnement.
Pourquoi
choisir la cassette comme unique support ?
Tara : Ce n'est pas un choix, mais c'est
nettement moins cher pour nous qui sommes fauchés. C'est aussi pour cette
raison qu'il y a tellement peu de copies. En même temps, il y a une sorte de
charme et de nostalgie qui accompagne les cassettes. Et elles sonnent si bien
! Nous avons tout de même sorti quelques vinyles, et nous allons poursuivre
dans ce sens à l'avenir. (NDLR : Il est également possible d'écouter le
catalogue sur Bandcamp).
Comment
découvrez-vous les artistes dont vous publiez le travail ?
Tara : Par chance, la plupart du temps. Myspace, par
exemple. Bien que nous détestons ce truc pour bien des raisons, c'est très
utile pour rencontrer des artistes talentueux et des labels qui sont d'une
façon ou d'une autre nos semblables (Skrot Up, Clan Destine, Sixteen Tambourines etc...). Aussi, nous sommes
parfois avisés par des chaines d'amis communs. Par exemple, Cris de Froe Char
est une Italienne vivant à Paris dont nous avons fait la connaissance grâce à
Gape Attack ! Elle devait d'ailleurs figurer sur la compilation Beko, mais elle
avait trop à faire avec son déménagement et son nouveau travail.
Vous n'êtes pas parfois frustrés de ne pas pouvoir offrir un passage en
studio à vous groupes ? Pensez-vous que cela pourrait apporter quelque chose à
leur musique ?
Tara : La plupart du temps cela ne nous pose aucun
problème. C'est comme cela depuis le début... Il est vrai que nous aimerions
parfois que des groupes puissent s'offrir un matériel de meilleure qualité,
afin de donner aux auditeurs une représentation plus fidèle de leur art. Les
gens et les journalistes disent certainement que c'est une pose lo-fi, et c'est
assez agaçant. C'est difficile de prédire ou de se représenter la façon
dont les gens qui n'écoutent pas la musique comme nous perçoivent la musique,
ce qu'ils ressentent en écoutant des enregistrement plus bruts. C'est vraiment
dommage que quelqu'un dédaigne une belle chanson sous prétexte qu'elle n'a pas
été enregistré dans un super studio high-tech. Je ne comprendrai jamais ce
point de vue ! Ces gens sont ceux qui ne sauront probablement jamais écouter n'importe
quelle chanson enregistrée avant les 70's, à part peut-être The Beatles.