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Tous unis avec PHOENIX, été 2000 de Phoenix

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Ils sont quatre. Ils sont fab'. Et nous les avions rencontré peu de temps avant la sortie de leur premier album, United, dans lequel la rédaction de ce magazine avait placé nombre de ses espoirs. À raison. Car ces quatre enfants des années 80 bercés par Prince et AC/DC, Van Halen et Michael Jackson, ont depuis séduit la terre entière avec leurs mélodies d'une limpidité géniale. Thomas Mars, Deck D'arcy, Laurent Brancowitz et Christian Mazzalai s'expriment ici avec la gouaille et la passion qui ne les a jamais quittés depuis.
Article Christophe Basterra & Franck Vergeade


À un mois de la sortie mondiale de son très attendu premier album, United, Phoenix poursuit son marathon européen promotionnel. Après l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, c'est aujourd'hui au tour de la Belgique, avant les Pays-Bas demain. Autant dire l'Euro 2000 de Thomas Mars (chant, batterie), Laurent Brancowitz (guitare, claviers), Christian Mazzalai (guitare) et Deck D'Arcy (basse). Au rythme de dix interviews par pays, la bande des quatre – ce club des cinq, si l'on ajoute Chag, le copain manager, unis comme les doigts de la main – en comptabilisera demain soir près d'une cinquantaine. Un chiffre à la mesure des ambitions de la maison de disques à l'étranger où, après Daft Punk et Air – deux compatriotes qui ont largement défriché le terrain et avec lesquels le groupe partage plus d'une accointance –, Phoenix doit tout emporter sur son passage. À la lecture des premiers articles parus dans la presse anglaise, l'accueil est bon, sinon dithyrambique. Au micro de Radio 21 (la Radio Aligre belge), Deck, le moins loquace et le plus “branleur” de tous, fait parler son sens de la formule pour résumer la musique de Phoenix : “Du punk le plus radical à la biguine la plus moelleuse” ! La veille, il avait eu cette autre formule, tout aussi imagée : “Du rock le plus dur au funk le plus souple” ! Retour dans les bureaux de Virgin Belgique, à Bruxelles. Au fil de la journée, le groupe se scinde en deux binômes, variables selon les médias et l'humeur de chacun. Le seul titre pour lequel Phoenix sera au complet, c'est pour l'édition hollandaise de Playboy, le lendemain à Amsterdam. “Après cette interview, on peut s'arrêter”, confiera fièrement Branco au journaliste venu les interroger, après une large distribution des exemplaires de rigueur.

Quel accueil avez-vous reçu à l'étranger jusque-là ?
Christian : Pour l'instant, ce ne sont que des réactions de journalistes. Alors, on est encore dans le flou.
Thomas : Mais on n'a pas à se plaindre, ça se passe plutôt bien.
Branco : On peut même dire qu'il y a vraiment un gros buzz autour de nous. (Rires.)
T. : Le truc qui est chelou, c'est pour les morceaux. En Italie, ou ici, en Belgique, ils préfèrent If I Ever Feel Better, mais de loin. Tout à l'heure, à la radio, le mec en avait rien à foutre du single. Alors que les Anglais préfèrent Too Young ou un autre titre de l'album, mais pas If I Ever Feel Better, qui sera le deuxième single.
Ch. : C'est dur de savoir vraiment, en fait.
T. : Le plus important, c'est que tous les mecs nous disent qu'ils aiment l'album.
B. : En Italie, par exemple, j'ai l'impression qu'ils ne pigent pas trop notre disque. Pour eux, on fait de la zique genre hyper commerciale. Ils ne pigent pas du tout la dimension, la dimension stylee. Par rapport aux autres pays, les Italiens ne pigent pas la nuance du truc.
T. : L'Allemagne, c'était cool. C'est là-bas que les journalistes étaient les plus spé, mais dans le bon sens du terme. C'était assez frais. Par exemple, il y a un keum qui nous a demandé en français : “Le quadrillage (tous ensemble) romanique de la grille est d'habitude comme ça (en faisant le signe de l'échelle), pourquoi chez vous est-il comme ça (en écartant les mains) ?” En fait, il disait en gros que les latins…
B. : étaient pas fermés, je crois.
T. : Ouais, qu'on n'était plus open.
B. : Non, justement, il disait que le quadrillage romanique est très serré, sauf que nous on le fait exploser. C'est-à-dire que les peuples romaniques ont une tradition de catégorisation, contrairement aux peuples saxons qui seraient plus ouverts suite à…
Ch. : Saxons ou latins ?
Deck : Là, on oppose les saxons aux latins.
B. : En disant romaniques. T'as compris ?Et vous êtes d'accord avec ça ?(Fou rire général.)
T. : C'est peut-être un petit peu trop général. J'sais pas. En tout cas, c'est vrai qu'on n'a pas de problèmes à ce niveau-là.
B. : C'était un peu trop littéraire, il faisait aussi référence à toutes les écoles de peinture… Maintenant, dans le NME, c'est les écoles du shoegazing, de Manchester. Et l'école Canterbury, c'est nous. Peut-être qu'il avait raison. En tout cas, il était pas con.
T. : Lui, c'est la meilleure interview qu'on ait faite.
D. : Non, après, après Magic!. (Sourire.)
Ch. : Deck est toujours là pour recentrer le débat.

En l'espace d'un mois, vous avez quasiment fait 95 % de la promotion à l'étranger.
T. : C'est sûr qu'en France on a encore presque rien fait.
Ch. : Quand on fait les interviews à l'étranger, il y a un côté un peu… correspondant. C'est super pas sérieux. C'est ça qui est marrant. (Imitant un Allemand parlant anglais.) “So, what do you think about?” Tu ne peux pas être sérieux, c'est impossible.
T. : Les Italiens, c'est pire.
Ch. : Ouais, c'est la folie. (Imitant un Italien parlant anglais.) “Alors, what do you think about the new music french, french touch, di Cassius, di Daft Punk ?” (Rires.)
T. : Le fan de house, il était chantmé.
Ch. : Il kiffait trop notre album. En plus, ça avait l'air sincère.
T. : Il y a des keums qui se dévoilent au fur et à mesure des interviews.
B. : Moi, j'ai aimé l'interview de l'Allemand, les questions étaient trop oufs.
T. : Déjà, rien que quand il est arrivé, il nous a dit : “Alors, votre album… C'est pas possible, c'est pas possible. Comment, arrêter, arrêter”. Et il nous a pris genre les mecs : “Vous êtes des coquins, vous avez fait un truc trop spé”. (Sourire.)

Mais ça ne vous saoule pas trop de devoir sans cesse répondre à des questions ?
T. : Non, parce qu'on est quatre, alors on se marre à peu près tout le temps.
D. : Cinq, avec Chag.
B. : Ouais, je crois qu'on est quand même des kiffeurs. Et puis, tous les mecs du business qu'on connaît nous disent : “Ouais, vous avez du pot d'être quatre…” Parce que tous nos potes, en fait, ils sont deux. Et quand il y en a un qui est down, ça fout un peu le cafard à l'autre. Là, ça va…
B. : C'est pas le moment le plus palpitant de notre vie.
D. : Ouais, mais on se marre bien.
T. : Ça nous fait voyager aussi.
D. : Le problème, c'est qu'on voit plutôt les bureaux de Virgin en Europe que… les filles.
Ch. : Au début, il y a eu un moment où l'on s'est posé des questions. Tu te dis : “Ouais, on va faire de la zique, un album, on va faire des interviews, on va dire des phrases cool”. Mais, le moment venu, t'as pas du tout envie de dire des phrases cool. C'est trop chelou de parler de soi tout le temps. On doit dire des trucs qu'on devrait même pas dire.
B. : Ouais, qu'on est vraiment des très bons copains, ce genre-là.
Ch. : Je crois qu'on va aller de plus en plus dans une direction de n'importe quoi. En tout cas, si tu prends ça sérieusement, tu deviens fou.
T. :
Il faut toujours se remettre en question.
B. : C'est quand même assez n'importe quoi.
Ch. : C'est pas du tout comme dans tes rêves, où les mecs te posent des questions géniales sur la zique. Non, c'est : “Pourquoi Phoenix ?” En même temps, c'est normal qu'ils posent ces questions-là.
B. : Ce qui est marrant, c'est de voir des gens qui sont chacun dans leur trip.
Ch. : En plus, il n'y a même pas de mec de Virgin. C'est comme si on se cassait en vacances. À l'aéroport, on est seul. C'est cool, quoi. Mais si tu fais que ça, tu dois devenir fou. Parce que c'est le truc le moins constructif. Tu fais rien, tu te déplaces d'un endroit à un autre, tu parles. Et si tu réfléchis pas, tu dis toujours les mêmes choses. C'est obligé, ça devient des automatismes.
T. : Et à la fin de la journée, t'as rien fait.

Est-ce qu'à force de parler de l'album, vous finissez par avoir des doutes ?
T. : Non, on kiffe. Par exemple, tout à l'heure, à la radio, d'entendre les morceaux, c'était cool.
Ch. : Ça dépend des jours.
T. : Le fait d'en parler, c'est un peu spé quand même.
B. : On a plus des doutes sur la façon dont on en parle. C'est le seul truc un peu chiant dans une vie de rêve.T. : Franchement, on se marre bien.
Ch. : C'est chantmé, on dort dans des putains d'hôtels.

En ce qui concerne les photos, vous semblez prendre un soin particulier à vous mettre en scène.
Ch. : Le seul moment où il faut réfléchir un peu, c'est les photos. Pour pas se faire embarquer dans un truc pourri qu'on ne maîtrise pas. En fait, on a un cahier avec plein d'idées.
B. : Le but, c'est pas de faire des photos chantmées, mais juste qu'elles soient pas pourries. Et il y a quand même une marge. (Sourire.)
Ch. : Pas pourries, et surtout qu'on profite des tofs pour faire des activités où on se marre. Comme, par exemple, la piscine ou le bowling.
T. : D'habitude, on prévoit tous les trucs, mais en promo, c'est impossible parce qu'on ne connaît pas les endroits.
B. : Je vais te montrer notre kit spécial voyage. (Il sort une boîte en carton.) C'est le kit professionnel moustache. En Allemagne, on a fait une photo avec.
T. : Je peux te la montrer si tu veux. (Il sort un Mac portable.) On stocke tout là-dedans, avec les tofs de mecs qui nous interviewent et qui nous prennent en photo.
Ch. : La mieux, c'est peut-être celle où l'on pose en faisant mine de sculpter un cygne, alors que c'est un mec qui l'a fait au chalumeau ! Mais elle sera peut-être jamais utilisée.

Est-ce aussi une manière de contrôler votre image ?
Ch. : Ah, ouais, grave.
B. : Mais c'est pas hyper ambitieux non plus.
D. : C'est pas faire un truc de merde.
Ch. : Un truc qui change un peu des tofs de zique. Parce quand on voulait faire de la musique, les tofs, ça faisait pas rêver.
D. : Encore un mec seul.
B. : On veut pas foutre la déprime, c'est tout. C'est assez simple, finalement. C'est un contrôle de l'image minimum.Vous avez également commencé à répéter pour des live à la télévision.
Ch. : Déjà, on a recruté. Là, on a un bon krew de zicos.
B. : De toute façon, on s'est pas fait chier, on a pris les meilleurs. Manu Katché à la batterie. Non, il y a Rob aux claviers, Marlon, à la batterie, Cubain, aux percus et Jean-Max, aux claviers.
D. : Nous, on aime bien travailler avec les gens qu'on aime.
Ch. : Il y a un côté jouissif.
B. : On essaie de faire de Source qui est branchouille un truc sympa à la Motown. (Sourire.)
Ch. : On va essayer d'avoir deux choristes, celles qui ont chanté sur On Fire.
B. : Ou alors on prend les deux qui ont fait le live de Gainsbourg. Tu vois, les deux entièrement habillés en jean beige. (Rires.)
Ch. : Pas les blacks, les blancs.
B. : Là, on a un bon krew qui groove.
Ch. : Pour l'instant, on a répété Too Young, On Fire et Definitive Breaks. De toute façon, on est obligé d'être au moins huit. Parce qu'on a déjà essayé la formation Phil Collins, et ça marche pas.
T. : Peut-être qu'une fois, on le fera.

Versailles, 22 novembre 1997
C'est dans une MJC versaillaise – si, si, ça existe – que Phoenix a donné le tout premier concert de sa carrière. Et pour le moment, l'unique. Déjà, alors que le groupe n'existe dans sa forme actuelle que depuis une toute petite année, les quatre jeunes gens ne laissent rien au hasard. Partageant l'affiche avec trois autres formations, ils tiennent à s'occuper personnellement du design des affiches, tracts et même de la jaquette de la cassette distribuée à tous chaque acheteur de billet. Visiblement, à la clameur qui salue l'entrée sur scène des Phoenix – outre les quatre futures stars, il y a un batteur (leur Pete Best à eux ?), afin d'éviter le fameux syndrome évoqué plus haut et dit de la formation Phil Collins –, les garçons ont bien préparé leur affaire et rameuté tout leur krew, sans doute renforcé par les petites amies, leurs sœurs, petites et grandes. Voire leurs cousines. D'ailleurs, la seule surprise – lors d'un set d'une trentaine de minutes pendant lesquelles Phoenix livrera des versions de On Fire et Party Time –, c'est bien de n'assister à aucun évanouissement, tant toutes ses demoiselles ne cessent d'extérioriser leur amour pour la musique du groupe… Les quatre amis sont en tout cas déjà à l'aise, prennent les poses ad hoc, passent d'un funk princier à un rock abrasif, sans oublier la “ballade qui tue”.

Vous pouvez résumer la genèse du groupe ?
Ch. :
On a commencé sans Branco. On s'appelait pas encore Phoenix.
D. : En fait, avec Thomas, on joue ensemble depuis qu'on a douze, treize ans…
Ch. : Moi, je les ai rejoints deux, trois ans après. Pour faire une musique de film à la base, le film d'un pote.
T. : Mais on a jamais vu le film terminé…
Ch. :
En fait, pour la première fois, on utilisait un piano, des guitares acoustiques. C'était la découverte d'un nouvel univers. Ensuite, on a fait des groupes de country et ensuite on a tourné rock, on faisait des reprises des Stooges… Et après, on a fait Phoenix. En fait le concert à Versailles, c'est le tout début… Ça faisait un an qu'on était en quatuor.
T. : Branco est venu nous voir alors qu'on faisait la musique de film et il a commencé à participer. Et à la fin de la séance, il était déjà dans le groupe sans même qu'on en ait parlé…
Ch. : On l'a toujours cette musique, c'est sur nos bandes. On a passé des heures et des heures sur notre matos, on cherchait un son chaud, américain…

Déjà ?! Parce que c'est aussi le parti pris sur l'album, non ?
B. : On n'a jamais vraiment réfléchi aux différentes “schools” de sons, en fait. Mais on savait ce qu'on voulait. Il y a plein de trucs qu'on kiffe qui ne sont pas américains, mais c'est vrai que les Ricains, ils sont bons quand même…

Depuis combien de temps jouez-vous d'un instrument ?
Deck, il a une formation piano… Lui, c'est le technicien, c'est lui qui remplit les partoches, qui connaît le nom des notes…
B. : Moi, j'ai pris des cours de guitare classique pendant un an. Mais je savais toujours pas jouer une chanson à la fin… Mon prof ne m'apprenait pas les accords, ce con. Alors, j'ai arrêté et j'ai appris avec les petits bouquins, les songbooks quoi !
Ch. : C'est pour ca qu'on a été hyper lent parce qu'on a dû tout apprendre par nous-mêmes… Tu vois, on matait des vidéos à la télé, puis on voyait un accord que jouait Dylan et on mettait sur pause… Y a plein d'accords qu'on a découverts comme ça…
B. : En même temps, on a commencé par les bases et maintenant, on maîtrise…

À la même époque que le concert à Versailles, vous avez sorti un 45 tours vinyle, où l'on retrouve une première version de Party Time, sur votre structure baptisée Ghettoblaster. Elle existe encore ?
T. : Ouais, c'est devenu notre boîte d'édition.
D. : Ensuite, on va peut-être sortir des trucs… On verra.B. : C'est un projet ouvert. Après ce disque, on va se détendre, bricoler avec des potes, on verra sur quoi ça débouchera.
Ch. : Au départ, le 45 tours, c'était surtout pour démarcher, avoir une carte de visite. Montrer aux keums qu'on savait gérer un peu l'histoire déjà.

Et quand vous avez signé, on ne vous a jamais demandé de chanter en français ?
Au début, le label nous a demandé, mais sans trop insister. On avait vu une autre maison de disques, et le type était pas cool. “Alors les gars, on est où ici ? En France. Alors, il faut chanter en français”. Après, on a eu un peu les boules, on a eu peur que tous les labels soient pareils…
B. : De toute façon, on voulait signer avec Source, on trouvait ça cool…
Ch. : Ils avaient eu le 45 tours, lu un article et ils nous ont contactés…
T. : Chez Source, ils nous ont quand même demandé quatre fois d'essayer en français, et puis, ils ont laissé tomber… Mais c'était cool. Il y a deux trois mots où les mecs peuvent se rendre compte que je suis Français, mais c'est bien passé dans l'ensemble. Les Ricains, ils ont pensé que c'était un Anglais. On a eu aussi droit à des remarques bizarres. Il y a même un type qui pensait que c'était un Gallois qui chantait…

Sinon, votre premier single “officiel”, Heatwave, n'a absolument rien à voir avec l'album. C'était bien entendu un choix prémédité ?
T. : Ah bein, c'est ça le kiff justement. Que les types allaient s'imaginer un disque dans tel genre alors qu'on arrive avec quelque chose de complètement différent. Comme ça, on est sûr de les surprendre.
B. : C'est toujours bien de surprendre, c'est ça qu'on s'est dit… Mais bon, on ne s'est pas non plus trop pris la tête…

Paris, 15 avril 2000
Dans un pub du VIème arrondissement, par un samedi pluvieux, à proximité de leur domicile commun, les quatre Phoenix, de retour de Los Angeles pour le tournage du clip de Too Young réalisé par Steve Hanpf – déjà remarqué pour son travail avec Beck, entre autres –, se prêtent à la première interview dans leur langue maternelle. Visiblement ravis d'abandonner pour un temps l'anglais, Thomas, Laurent, Christian et Deck confirment leur image de branleurs talentueux.

Vous avez finalement mis beaucoup de temps à enregistrer ce disque…
Ch. : C'est à la fois de la fainéantise et du perfectionnisme. T'as plusieurs étapes, en fait… T'as celle où tu fais le disque, celle où t'enregistres, celle où tu prépares la sortie.
T. : Le disque, on l'a fini début décembre 99. Ce qui est long, c'est toute la phase de préproduction et le fait de décider quand tu vas en studio…
B. : Faire les arrangements et tout.
Ch. :
Ouais, on est un peu des fachos entre nous. Dès que l'un d'entre nous trouve un truc pourri, il le fout directement à la poubelle. Un morceau, avant même de l'enregistrer, il faut qu'il soit bien, à fond, il faut qu'on l'aime tous.

Qui prend la décision que tel ou tel morceau est à garder ?
Ah bein, c'est un vote à l'unanimité. Ou plutôt, ça marche au veto…
T. : S'il y en a un qui trouve que c'est pas mortel, il essaye de convaincre les autres.
Ch. : S'il y en a un qui aime pas, c'est qu'il y a forcément un problème.
B. : Quand il y a des doutes, c'est là où ça foire… Mais quand ça le fait, on est tous comme des oufs… C'est ça le vrai critère.
Ch. : On est très pointilleux, c'est pour ça qu'on a déjà une réputation de chieurs. Mais c'est dans les détails qu'on va faire la différence…
D. : Ouais, c'est toujours les derniers centimètres les plus importants…Votre réputation de branleurs est donc usurpée ? (Tous.) Mais elle vient d'où notre image de branleurs ?!
T. : C'est l'attitude ou c'est plus le style physiquement… C'est un peu tout ?
B. : C'est cool d'avoir l'air de branleurs, c'est le rêve de tous les mecs qui bossent dur. Nous, on le dit, on bosse, on est des bosseurs. Le truc, c'est de faire semblant de rien foutre…

Vous avez donc beaucoup bossé en studio ?
D. : En fait, tout était fait à 90 %. On s'est contenté de rejouer. On avait une idée assez précise de ce qu'on voulait…
B. : En dehors du studio, on est des mecs sympas et des branleurs, mais dès qu'on y entre, on est des gros connards, des fachos et on bosse dur…
T. : Ouais, on dirait peut-être pas facho, mais des connards, c'est clair… On a fini par travailler avec Zdar de Cassius parce qu'on voulait un son un peu r'n'b et lui, il pouvait nous donner ça. Par exemple, c'est lui qui a mixé Too Young, une chanson estivale rock FM. Les types du label flippait un peu à l'idée que l'on travaille avec lui, ils nous avaient dit : “Vous allez voir, c'est un vrai pro, va pas falloir déconner et vouloir vous mêler de tout…”
B. : Et Zdar, le premier truc qui nous dit : “Eh les gars, vous pouvez toucher à la table, je n'en ai rien à foutre”. On est devenu pote dès le premier soir. C'était cool ça : au départ, c'était un plan business, et maintenant, on est des copains.

Vous avez fait appel à vos copains pour l'enregistrement ou vous avez tout géré seuls ?
Ch. : Y avait plein de guests… Ouais, il y a plein des potes qui sont venus. C'est ce qu'on voulait, en fait…
T. : Et puis des vrais zicos aussi. Des requins, quoi…
D. : Ouais, eux, c'est hallucinant, ils font tout en une prise.

Vos amis jouent dans des groupes, par hasard ?
B. : Ça dépend… On a un pote qui a pas du tout de groupe et qui a fait le piano honky tonk sur Funky Square Dance. C'est un type qui joue du boogie, alors, on lui a trouvé une petite place. Mais on l'a fait jouer sur un clavecin !
D. : Le mec qui fait le sax et les arrangements de cordes, c'est un pote qui jouait dans un groupe de funk et qui fait du jazz aujourd'hui. Il s'y connaît, il fait musicologie. Le nom de son groupe de funk, c'était Spartafunk…
Ch. : Ouais c'est une putain de bête ! Il a vingt ans. C'est lui qui fait les trucs pour Rob. D'ailleurs, ils jouaient ensemble dans le groupe de funk. Tu connais Rob ?
B. : Bon, bein, y a aussi Thomas Bangalter qui a fait un petit synthé sur Embuscade, l'instrumentale. C'est chantmé d'ailleurs. C'est le synthé funky. C'est discret mais ça apporte une vraie touche de style. Sinon, on a aussi invité tous nos potes qui forment une foule sur Funky Square Dance. Y avait genre quarante mecs en studio !

Vous avez donc beaucoup de potes ?
B. : Ah ben ouais, alors !

Et le but de Phoenix, c'est faire travailler ses potes ?
Ch. : Ah ouais, grave !
T. : C'est super sain comme ambiance. Le but du jeu, c'est de se marrer dans la vie !
B. : Surtout quand c'est les potes ! Pour le disque, on aurait pu taper dans les plans maisons de disques, genre choper l'arrangeur de Björk. Mais ça nous faisait trop chier… Alors on a pris que des potes et direct, ça devient une affaire de famille, un truc marrant…
Ch. : Et puis, tu crées ton propre krew et c'est plus marrant…

On connaît vos accointances avec Air ou Daft Punk. Ne craignez-vous pas qu'elles vous desservent tôt ou tard ?
Ch. : Si on joue dessus, c'est clair que ça va nous desservir. “Ouais, lui, il était dans Darlin'”. On veut pas jouer dessus mais en même temps on est fiers. On kiffe d'avoir des liens avec ces gens-là parce qu'ils sont vachement forts.
B. : On n'a jamais eu les boules parce qu'on savait depuis le début que l'on ferait un truc différent et que les comparaisons s'arrêteraient forcément au fait qu'on est potes. Si on faisait de la house filtrée, c'est sûr que ce serait plus chiant. Vous voyez ce que je veux dire ?

Peut-on dire que Phoenix est groupe de fans ?
T. : De fan de zique ? Ça, c'est clair. Sinon, on ne ferait pas de la zique !
B. : Il y en a qui le font, pourtant, hein !
T. : Ouais, mais c'est un peu malsain quand même.
B. : Nous, on est de très gros fans, on a eu des phases super pointues de fan. Mais attention, hein, on n'a jamais été des collectionneurs. Ça, on peut pas blairer. Enfin, je veux dire…
T. : Genre, on ne fera pas des éditions limitées… C'est pas ça le kiff.
Ch. : On serait plutôt du style à sortir un single spécial pour Noël.
B. : Ouais, ou des versions en italien. Ce que je voulais dire, c'est qu'on n'a jamais été pour les pressages japonais ou ce genre de trucs. Tous ces détails, on s'en fout un peu. Ce sont toujours les morceaux qui sont importants.
Ch. : Tiens, pour le prochain single, If I Ever Feel Better, Nash Kato, le gars d'Urge Overkill, qui prépare son disque solo, va faire une reprise de On Fire. Dès qu'on a eu composé cette chanson, on avait tout de suite pensé à lui… C'est la classe absolue, ça.
T. : C'est le seul contact qui se soit fait à l'origine via les maisons de disques…
Ch. : Ouais, mais on lui a quand même envoyé une lettre de fan ensuite… Et puis, on lui a envoyé des cassettes. Que ce type reprenne l'une de nos chansons, c'est le bonheur total !

Sur votre disque, on peut trouver pas mal de références, non ?
T. : Oh, le truc qu'on aime bien sur ce disque, c'est justement qu'il y a plein de références !
Ch. : Chaque chanson, elle vient en contrepoint. Dès qu'on allait trop loin dans un truc, on voulait changer. On a voulu faire un album classique, c'était ça l'idée. Avec des vraies chansons, des couplets, des refrains, des ponts.
B. :
On s'est dit qu'il fallait passer à la radio. Partout dans le monde…

Quel est le morceau dont vous êtes le plus fier…
Ch. : Ben, la troisième partie de Funky Square Dance, c'est sans doute le moment en studio où l'on a le plus kiffé…Au point de vouloir en faire un single ? Oh là, ce serait un peu balèze…
T. : Il faudrait qu'on ait vendu pas mal de skeuds avant pour pouvoir se le permettre… Mais si on peut, on le fera ! Un single de dix minutes, cool.
B. : Le morceau que je préfère, c'est If I Ever Feel Better. C'est celui qui me surprend le plus par rapport à ce qu'on pouvait faire.
Ch. : Ouais, notre défaut, c'est d'essayer de faire au-dessus de notre niveau, en fait. Et l'on veut faire un truc qui déchire tout le temps…
B. : Ouais, alors qu'on est encore limité quand même, on n'est pas non plus des grosses bêtes. Alors que là, techniquement, c'est assez subtil. Je suis content qu'on soit arrivé à quelque chose d'un peu meilleur que ce qu'on peut faire normalement…

Quels sont, selon vous, les exemples d'un premier album réussi ?
Ch. : Le premier Dylan, il tue. Le type, il a vingt ans.
T. : Le premier Michael en solo.Ch. : Le premier Prince.
B. : Le premier Stooges…. Le premier Sex Pistols, enfin le seul.
Ch. : Le premier Snoop Doggy Dogg, il est trop hallucinant.
B. : Le premier Daft Punk était bien…
Ch. : Et le premier Lauryn Hill ! Il y en a plein… Y a aussi des groupes qui appliquent toujours la même recette, qui n'ont qu'une chanson, mais qui déchire, comme AC/DC.
B. : Les mecs bons, en général, ils font de bons premiers albums, non ? C'est rare qu'ils se plantent quand même…
Ch. : Quoique, le premier Beatles, il déchire pas… Nous, on a bien attendu. Si on avait dû faire un premier album, il y a quatre ans, ça n'aurait pas été un album super dément, hein… Un des trucs bien à être en France, c'est que tout le monde en a tellement rien à branler de la zique, qu'on te laisse bosser dans ton coin… Si on avait été en Angleterre, on aurait fait un premier album de merde, on aurait pas pu attendre…

Quel est l'endroit idéal pour écouter ce disque ?
Ch. : Dans la bagnole, quand il fait chaud.
D. : Ouais, même chez toi, hein !
T. : On voulait des chansons qui foutent la pêche. Le disque, c'est quand même un album assez estival, positif… C'était naturel pour nous.
B. : Tu sais, il y a des disques qui deviennent la bande-son de l'été, que tu ressors à chaque fois. Bein, ce serait cool que ça arrive à notre album.

Vous vous considérez comme un groupe chanceux ?
B. : Ah ouais, grave… Pour nous, c'est le timing parfait.
Ch. : Pour un groupe français, que tous le keums à l'étranger, ils soient préparés comme ça, c'est hallucinant. Que les Anglais acceptent un groupe français qui chante dans leur langue, c'est dingue. Et ça, c'est grâce à Daft Punk. Maintenant, c'est plus easy quand même.
B. : Ouais, s'il n'y avait pas eu Daft Punk et tout ça, on aurait été Téléphone… Pas au niveau de l'attention, mais du marché à exploiter…Si vous avez du succès, que faites-vous ?Ch. : Si on cartonne, on va créer notre propre studio.
B. : Si on cartonne, on va s'éclater. C'est quand même ça le but. Et on continuera à chercher des choses, à explorer.
Ch. : Mais le but, c'est quand même pas de cartonner, c'est de faire de la zique.

Phoenix, c'est la frontière entre le cliché ultime et le meilleur goût ?
Ch. : Des fois, c'est vrai, on va trop loin. Sur le dernier morceau, Definitive Breaks, les chœurs, c'est péché mignon…
B. : C'est clair qu'il y a un équilibre subtil entre le truc qui tue et le truc foireux. Sauf qu'avec nous, c'est le truc vraiment foireux.
Ch. : C'est important de connaître les recettes qui ont déjà été faites pour changer les petits détails. Quand tu maîtrises tous les clichés, tu connais tout ce qui a été fait. Et tu peux combiner les éléments pour faire un truc nouveau. C'est dur de faire un truc nouveau quand tu ne connais pas ce qui a déjà été fait.

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