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Compte-rendu festival Beauregard - 05/07/10 de Phoenix

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Alors qu'on retrouve d'anciens camarades de fac, des gonzes un brin éméchés réclament qu'on les prenne en photo, et en profitent pour tomber le froc. Du prop' !

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Pendant que Luke braille son rock français de pacotille, on en profite pour se requinquer, manger un morceau et aller zieuter le stand de vinyles. On louche un instant sur un exemplaire du deuxième Lp d'Orange Juice, puis on y retourne. La nuit est tombée et la foule est sacrément entassée devant la scène. Normal, Iggy & The Stooges devraient débouler d'une minute à l'autre. Certains gamins sont excités comme des pucelles, ça peut se comprendre, ils n'ont jamais vu l'Iguane sur scène : "tu crois qu'il va jouer torse nu, dis ? J'ai entendu dire qu'il faisait monter le public sur scène. C'est dingue. Il paraît qu'il peut jouer pendant plusieurs heures". Pis quoi encore ? Il peut soulever des altères avec son chibre ? Des faits réels aux mythes, il n'y a qu'un pas que les mômes franchissent volontiers. L'agitation est vraiment palpable à ce stade de la soirée. Les vigiles sont sur le qui-vive. C'est le quart d'heure photo pour la presse. Plutôt ardu de choper un cliché correct du gars. Oh mais il est passé où ? Ah le voilà.

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L'Américain bodybuildé cavale comme un dératé sur les planches, et sautille partout. Son gilet en cuir ne fait pas long feu. A ses côtés, c'est James Williamson qui est sorti du placard pour remplacer le défunt Ron Asheton. Le frangin Scott, lui, est toujours de la partie, ainsi que le saxophoniste Steve Mackay, qui fait dégouliner son instrument sur une pelleté de compositions, y compris certaines de Raw Power (récemment réédité), rendant souvent le tout indigeste. Si la voix d'Iggy Pop demeure toujours intacte, ses sbires semblent avoir du mal à tenir le rythme herculéen du chanteur, lancé dans une course sans fin contre le temps.

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On abandonne aussi. Sur notre passage, un papi et son petit fils sur ses épaules paraissent égarés. Ils seront sûrement plus à l'aise au concert de Mika demain. Pendant que les dinosaures n'en finissent plus de faire décoller la poussière du sol, on attend tranquillement Local Natives sur la petite scène. Les cinq Californiens seront finalement la belle surprise de la soirée. Dès les premiers chœurs à la Fleet Foxes, on craint de s'ennuyer quelque peu. Mais les Natifs alternent judicieusement embardées post-punk et folk pour soir d'été autour du feu de camp. La sympathique reprise de Talking Heads, Warning Sign, et la ferveur du single Airplanes font mouche auprès d'un public curieux et avide de nouveautés.

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Après un set plutôt court, l'heure est venue de se diriger vers LA tête d'affiche de ce festival : Phoenix. Entre-temps, le château de Beauregard s'est illuminé de splendides projecteurs de couleur violette et jaune, comme pour dire aux Versaillais qu'ils sont ici dans leur jardin. Thomas Mars et ses acolytes débutent sur les chapeaux de roue avec leur tube international Lisztomania. Dans la pénombre, le quatuor apparait aligné sur le devant de la scène, avec l'appui des fidèles Thomas Hedlund (batterie) et Rob (claviers), postés derrière. Être au premier rang vaut son pesant de cacahuètes tant le gang soudé est doué pour faire gigoter l'ensemble de ce petit monde. Le groove impayab' de Girlfriend donne envie de s'en dégoter une sur le champ.

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Devant une telle entreprise d'emportement des corps, le public ne peut que se laisser aller, y compris sur les morceaux rallongés comme l'instrumental Love Like A Sunset. Alors que les musiciens tricotent des froufrous sonores, Monsieur Coppola ne mégote pas quand il s'agit de donner de la vigueur aux compositions : outre son phrasé élastique, il grimpe sur la colonne de son, prend un bain de foule et bouge sur scène comme un acharné, faisant oublier le vieux loup torse poil qui courait partout deux heures plus tôt, au même endroit. Malgré une coupure sonore qui vient perturber la fin du concert, le groupe rattrape divinement le coup en exécutant leur autre hit incontournable en guise de rappel : l'ondoyant 1901. La boucle est bouclée.

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Ça se termine. Sur le chemin du retour, l'électro tamponneuse de Yuksek résonne dans la prestigieuse arène, mais nous n'y allons pas. Restons plutôt sur une bonne impression. La journée du lendemain promet de donner lieu à un festival totalement différent. La programmation large et consensuelle (Saez, Mika, Le Peuple de l’Herbe, Friendly Fires, Tété…) fera sans doute venir davantage de familles."Pop-Rock", comme on dit. Ce sera donc la sortie du week-end pour bon nombre de foyers calvadosiens. Pour nous, ce sera un repos bien mérité avant de voguer vers d'autres horizons. Hormis le très chouette cadre et l'ambiance "à la cool", Beauregard, avec cette soirée du vendredi, porte un grand coup dans la fourmilière des festivals d'été. Et ce malgré une identité biscornue, à aiguiser.
Sébastien Jenvrin

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