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Entrevue - 26/01/11 de Pandit

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Derrière une apparente bonhommie, Lance Smith se révèle stakhanoviste appliqué et ami fidèle lorsqu’il s’agit de prendre part à d’autres aventures sonores. Des projets plein la besace, son premier album Eternity Spin à venir après quelques chansons et autres compiles déjà disséminées, Pandit pourrait être l’une des révélations inattendues de l’année. Lors de cette rencontre à cœur ouvert où se croisent les marottes du moment (Craft Spells, Coma Cinema, Blackbird Blackbird, Star Slinger), l’Américain nous livre ses doutes, nous révèle ses envies et nous clame son bonheur d’être musicien. [Par Fabien Le Gourrierec].



Comment et pourquoi as-tu choisi ce pseudonyme ?

Pandit était le nom de mon arrière grand-père, qui immigra de l’Inde aux États-Unis en 1913. Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance de le connaître, il a rendu l’âme bien avant ma naissance. Les raisons qui m’ont poussé à choisir ce nom proviennent de l’admiration que j’ai pour ce qu’il fut et ce qu’il a fait durant son existence. Il est né lors de la période coloniale et était un ami proche de Ghandi. Il a décidé de son propre chef d’émigrer aux USA vers 1900 pour débuter une nouvelle vie. Il a réussi dans son entreprise et j’ai toujours éprouvé beaucoup de respect pour cela. Il a montré sa grande force de caractère, comme le font tous ceux qui parviennent à faire de même. Le terme "pandit" désigne aussi un enseignant doué dans les domaines du Droit sanskrit et hindou, de la religion, de la musique ou de la philosophie. Étant donné l’attrait de mon arrière grand-père pour la musique, la connexion s’est instaurée d’elle-même.

Est-ce que tu te rappelles avoir utilisé d’autres blases ?
Oui. Le tout premier fut The Sky Liners, d’après le livre de Louis L’Amour. Malheureusement, ce nom a déjà été utilisé par un groupe doo wop dans les années 50. Un autre patronyme que j’ai utilisé pendant une courte période fut Appaloosa, comme la marque de chevaux. Mais un film est sorti en salles peu de temps après et j’ai abandonné cette idée. Je ne voulais pas créer de confusion. Au bout du compte, Pandit s’est imposé naturellement. C’était court et ça évoquait son lot de caractère et de mystère, plus que tout ce à quoi j’avais pensé jusque-là. J’espère que mon arrière grand-père serait fier de me voir utiliser son nom. Moi je le suis.

D’où viens-tu et en quoi cela influence-t-il ta musique ?
J’ai vécu la totalité de ma courte vie dans une petite ville du Texas, appelée Lumberton. J’ai beaucoup voyagé et j’ai souvent été loin de chez moi, mais je suis toujours revenu ici pour une raison ou pour une autre. Là où je vis, il y a quelque parcelle agricole et des éléments naturels, des paysages que je considère comme mon espace de liberté. Je trouve reposant d’habiter dans ce genre d’endroit, seul, plutôt que d’être plongé dans la foule. Quand j’étais gamin, je faisais toujours les choses par moi-même, sans demander mon reste. Je suis un solitaire. Là où j’ai vécu a énormément influencé ma musique. Les gens me disent que ce que je produis a un son organique et terrestre : je suis d’accord à cent pour cent, la nature et sa sauvagerie m’inspirent à plein.

Quelles sont tes principales inspirations musicales ?
J’en ai énormément, mais si je devais citer ceux qui m’ont le plus influencé, je dirais The Beach Boys, Jim Reeves, Elvis Presley, Michael Jackson, Creedence Clearwater Revival, Neil Young et Fugazi. J’ai grandi avec ces artistes. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de faire corps avec la musique. Je peux écouter un truc et être totalement dedans, mais ce n’est plus une matière première qui affecte mes compositions. Cela ne signifie pas que ce que j’écoute actuellement n’aura pas d’impact sur moi, je me sens juste proche des artistes suscités. C’est de la nostalgie, en quelque sorte. Ils me transportent, physiquement et émotionnellement.

Cite-moi trois choses qui n’ont pas trait à Pandit.
De façon générale, ne jamais m’en tenir à une même formule lorsque j’écris et j’enregistre. Beaucoup de musiciens se contentent de naviguer dans les mêmes eaux. Je veux faire l’inverse. Quand je commence à composer, je n’ai aucun a priori, je suis ouvert à tout. Parfois ça foire, mais la plupart du temps, une sensation incroyable m’envahit. C’est comme si je planais, comme si le truc sur lequel je bossais se parait d’une aura magique, comme si tout ce que j’accomplissais surgissait de façon inconsciente.

Une autre chose qui ne me dit pas, c’est d’impliquer des personnes extérieures dans mon travail. J’ai participé à d’autres projets avant Pandit, pendant sept ou huit bonnes années, mais ils se sont tous révélés anecdotiques et foireux. La question est de savoir combien de personnes sont prennent part à l’affaire. Un groupe peut fonctionner, mais seulement si un leader s’affirme, quelqu’un qui prend les rênes. Sinon, aucune chance que ça fonctionne. Chacun a envie de faire à sa sauce, veut mettre son grain de sel. Quand j’ai commencé à travailler seul, je me suis promis de ne jamais laisser quelqu’un intervenir dans la musique que je produirai. Pourquoi pas ne pas demander un coup de main au dernier moment, mais j’aime être mon propre boss, avoir le contrôle total sur ce que je fais et savoir qu’au bout du compte, c’est moi et moi seul qui l’a réalisé. Personne d’autre. Ça peut paraître égoïste, mais tous ceux qui ont emprunté les mêmes chemins que moi savent exactement ce que je veux dire.

Enfin, l’argent ne m’influencera jamais. L’argent, l’argent, l’argent… Le monde ne tournerait pas s’il n’existait pas. J’ai commencé à faire de la musique parce que j’aimais ça. Parce que je suis passionné. Et des années après, je me sens toujours aussi frais dans le domaine. J’en parlais récemment avec un bon ami à moi, Tyler Williams. Nous étions d’accord sur le fait que, même si nous ne gagnerons jamais beaucoup d’argent et si la gloire ne nous tombera pas sur le paletot, au moins nous aurons rencontré des personnes que nous n’aurions sûrement jamais croisées autrement. Quand il finit par obnubiler, l’argent rend fou. Mes parents m’ont dit un jour de faire ce que j’aimais dans la vie. Or, j’aime faire de la musique. Et c’est ce que j’envisage de faire aussi longtemps que possible. Argent ou pas.

Pandit - Pack Your Bags

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