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Entrevue - Zoo York - 2007 de Panda Bear

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Membre essentiel d'Animal Collective, dont il est le batteur possédé sur scène et l'éminence grise en studio, Panda Bear (alias Noah Lennox) s'évade un instant de son fameux groupe pour nous offrir Person Pitch, troisième album solo qui voit le bonhomme batifoler dans les hautes sphères d'une pop ébouriffée, enivrante et hypnotique. Eminemment affable, ce fan de George Michael et d'Aphex Twin nous raconte comment il tape sur des bambous et pourquoi c'est numéro un. (Article Jean-François Le Puil).



I'm Not/Comfy In Nautica, single sorti en septembre 2005, nous avait déjà divinement titillé l'oreille. Ou plutôt, pour être exact, l'atmosphère séraphique exhalée par ces deux titres nous avaient totalement vrillé les sens. Le bien-être était alors total et la bonne nouvelle était double : Panda Bear était de retour et il semblait avoir définitivement exorcisé la mort de son père - auquel l'artiste consacra un album entier, Young Prayer (2004), bréviaire de sécheresse acoustique emprunt d'un recueillement si vif qu'il en devenait presque indécent. Mais on ne savait pas encore qu'il faudrait patienter plus d'un an et demi avant de voir débarquer Person Pitch, long format extasié qui réussit enfin à honorer quarante-cinq minutes durant les promesses formulées par ces deux titres inauguraux. Une attente inhabituelle que Noah justifie simplement : “J'ai toujours eu dans l'idée de sortir d'abord les singles avant de les regrouper dans un seul album, et je suis très fier d'avoir réussi à le faire. Cela a aussi pris du temps car je travaille avec le groupe (Animal Collective), mais je ne me plains pas car j'aime vraiment beaucoup jouer avec eux”, justifie un jeune homme qui s'exprime de manière très touchante, à mi-chemin entre naïveté enfantine et candeur permanente, toujours avec le souci de préciser que son groupe s'appelle Animal Collective comme s'il s'agissait d'une formation sans prestige.

Il poursuit :“J'ai aussi besoin de passer du temps en famille pour me sentir bien. Travailler sur seulement une ou deux chansons à la fois me laissait du temps pour m'occuper de mes proches et de mon groupe (Animal Collective)". Laisser du temps au temps… La formule de Cervantès sied si bien à l'humeur d'un disque qui aligne avec grâce sept longs mantras psychédéliques et progressifs où l'on entend virevolter d'innombrables bruitages lysergiques, et surtout des harmonies vocales étourdissantes. "Je chantais dans une chorale quand j'étais à l'école et j'adorais ça. La plupart du temps, je reproduis les airs que j'entends dans ma tête mais des fois, j'ai besoin de travailler un peu plus, même si je ne connais rien à la technique musicale pure.”  Une déficience théorique qui n'entrave pas l'évidente analogie que l'on peut faire entre sa musique et celle, plus savante, des Beach Boys. Comme si Brian Wilson avait (une énième fois) pété les plombs et s'était réfugié dans les bois, troquant ses arrangements rigoureux contre un instinct mélodique primitif et une propension à hurler à la lune. "Les Beach Boys déchirent tout !”, confirme Noah Lennox avec enthousiasme. "Beaucoup de gens m'ont fait remarquer que mes chansons leur rappelaient ce groupe. Je comprends ce qu'ils veulent dire même si je suis halluciné qu'ils puissent penser que ma musique soit aussi bonne.” Si la comparaison s'avère "soniquement" pertinente, elle se révèle quelque peu incongrue au regard des méthodes utilisées. Aux instrumentations "classiques" de Brian Wilson, Panda Bear ne peut opposer que "deux samplers SP-303. J'ai réalisé tout l'album sur cette machine. D'ailleurs, j' en suis un peu lassé maintenant.”

Dévoué au hip-hop (Madlib, Jay Dee ou Clouddead y ont été fidèles), la SP-303 n'avait peut-être jamais donné naissance à un effort atemporel aussi unique et sauvage, en pleine lévitation, qu'on aurait presque envie de comparer à My Life In The Bush Of Ghosts de Byrne et Eno, autre jalon musical important posé par l'entremise de séquenceurs. Un instrument qui accorde donc à notre homme une souplesse d'exécution formidable et lui donne la possibilité de synthétiser des influences foisonnantes. "J'ai listé tous les musiciens qui comptent pour moi dans le livret. Person Pitch étant uniquement basé sur des samples, je pensais que c'était plus juste de les créditer comme ça. (ndlr. Et on y compte plus d'une centaine de noms ! De New Order à Incredible String Band en passant par Maria Callas, Kylie Minogue ou le Wu Tang). Mais, en réalité,  je n'écoute pas beaucoup de musique", avoue pourtant de manière étonnante l'Américain. "J'ai travaillé chez un disquaire pendant plusieurs années et c'est là que j'ai appris mon vocabulaire musical. C'était une boutique spécialisée dans les musiques un peu obscures. Mais ce sont surtout mon environnement, mes expériences et mes pensées qui façonnent mon travail. J'espère que l'écoute de mon disque donne aux gens une idée fidèle de qui je suis devenu ces deux dernières années.” Un laps de temps marqué par le départ de Noah au Portugal, quittant ainsi New York, ville où il avait pourtant réalisé son ascension. "J'ai rencontré une fille alors que nous jouions dans un festival lisboète. Nous nous sommes beaucoup parlé et nous voulions rester ensemble. Soit elle me rejoignait à New York, soit je devais déménager au Portugal.” Le choix fut vite fait. Une migration risquée pour le fonctionnement d'Animal Collective mais bienfaisante pour Panda Bear, toujours prompt à privilégier son bien-être personnel.

Un nouveau climat sans lequel Person Pitch n'aurait pas sonné de la sorte : "Je crois que notre environnement s'insinue en nous comme l'eau se fraye doucement un chemin dans les fissures d'un rocher. Par exemple, Lisbonne dispose de beaucoup moins d'équipements que New York et j'étais donc limité dans ce que je pouvais faire. Et puis il y a le soleil, la légèreté ambiante. Là-bas, on sait apprécier le temps qui passe, les éléments qui vieillissent. Ce pays me fait me sentir insignifiant, et j'aime ça. D'ailleurs, dans le studio où je me trouve actuellement, il y a cette phrase inscrite : "Ne te prends pas au sérieux, tu n'es pas indispensable”. Je pense tous les jours à cela ”. Le studio dont parle Panda Bear se trouve en plein désert de Tucson (Arizona) et sert de lieu d'enregistrement au nouvel album d'Animal Collective, qui devrait selon lui paraître en septembre. La sortie de Person Pitch se voit donc déjà phagocyter par l'entreprise AC, mais cela ne dérange aucunement l'un de ses principaux membres, qui a toujours privilégié sa formation plutôt que l'aventure solo. "Avey, Deaken, Geologist et moi, avons loué une maison en dehors de la ville. Nous sommes au milieu de nulle part. Le ciel est énorme !”. Une atmosphère propice à l'évasion qui devrait permettre au quatuor à qui beaucoup reprochent de devenir trop accessible au fil des années, de surprendre à nouveau : "Je comprends totalement les critiques de nos premiers fans, mais nous essayons simplement de réaliser ce qui nous semble pertinent sur le moment.  Cela veut dire créer de nouvelles sonorités, qu'elles paraissent plus accessibles ou non. Le prochain disque, par exemple, devrait être plus rythmique et sûrement plus électronique que les précédents”. Membre de l'une des formations les plus passionnantes de son époque et auteur d'un album aussi merveilleux qu'important : pour le paraphraser, en 2007, Panda Bear risque de tout déchirer.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #98

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