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Blind-test - 19/05/10 de Olivier Assayas

interviews
Cette semaine à Cannes, et ce jeudi sur Canal+, il présente le téléfilm Carlos. Mais déjà, à la rentrée 2004, à l'aune de son film Clean – qui confirma une nouvelle fois Maggie Cheung et révéla les Canadiens de Metric (la fulgurance Dead Disco) , on avait décidé de rencontrer le mélomane Olivier Assayas qui doit beaucoup au rock. Entre les plus (Tricky, Dave Roback de Mazzy Star) ou moins (James Johnston de Gallon Drunk et des Bad Seeds) brèves apparitions de musiciens confirmés et une BO à l’érudition parfaite, il était impossible de ne pas rencontrer pour mieux le tester ce cinéaste mélomane (ou vice-versa). Dont la filmographie – de son premier long-métrage Désordre sur fond de groupe joydivisionesque à des musiques signées John Cale ou Sonic Youth – doit finalement beaucoup à la pop moderne.
in magic #84


Martha & The Muffins - Echo Beach
(extrait du single éponyme, 1980)
Je connais par cœur, pourtant… Ah ! Je n’ai pas écouté ça depuis 1980. (Sourire.) Pour moi, ça correspond à la période post-punk, quand mon frère (ndlr. Michka, journaliste et entre autres auteur du Dictionnaire Du Rock) écrivait sur la musique. On partageait le même appart’ à cette époque. J’aimais bien Martha & The Muffins, ce morceau-là surtout, mais je ne les trouvais pas assez radicaux. Ils avaient un peu à voir avec une… branchitude yuppie. Et je ne m’y identifiais pas ! (Sourire.) Pour le début de Clean, je pensais à une Amérique du Nord un peu générique. J’avais surtout envie de commencer dans ce genre de dispositif un peu archétypal qui est celui du mythe rock. Ou plutôt de la réalité rock : ces groupes qui vont d’une ville à l’autre, toutes semblables, avec le club, le motel et pas grand-chose à faire. Comme il est très compliqué de filmer aux États-Unis pour des histoires syndicales, on s’est vite dit que la solution était de travailler avec un coproducteur canadien. Quand ce dernier a lu le scénario, il a su exactement où tourner. Il m’a amené à Hamilton, à une heure et demie de Toronto, sur le lac Ontario, une ville de la sidérurgie, un peu déglinguée. Cet endroit s’est avéré bien mieux que ce que j’avais en tête ! Ce qui m’intéressait aussi, c’était d’avoir le contraste entre cet archétype rock et le retour au réel dans un Paris assez tristement quotidien.

Gallon Drunk - Miserlou
(extrait de la compilation Tonite The Singles, 1992)
C’est vachement bien, mais je ne vois pas… D’accord ! (Rires.) De Gallon Drunk, je n’ai que le premier album (ndlr. de 1992, connu sous un titre éponyme ou celui de You, The Night… The Music), que j’ai beaucoup écouté. Je voulais un vrai musicien pour le personnage et ma première idée, c’était Ian Brown. Je l’ai même rencontré, par un hasard complètement absurde. Il a un rôle à la con dans le dernier Harry Potter…, réalisé par Alfonso Cuarón, qui a fait Y Tu Mamá También. Or, nous avions sympathisé il y a quelque temps. Et c’est lui qui avait convaincu Brown à l’origine. Mais ce dernier s’est ensuite dégonflé. Autant ça l’amusait de tenir ce petit rôle dans Harry Potter…, autant là, avec l’overdose, il avait ce sentiment diffus que c’était mauvais pour son image. Du coup, on a continué à chercher, et j’ai vu une cassette de James. Mais ce n’est qu’en le rencontrant que j’ai fait le rapport avec Gallon Drunk ! (Sourire.) Nous nous sommes très bien entendus, c’est un type formidable. Et il a un vrai truc d’acteur, à la Gary Oldman.

Mazzy Star - Five String Serenade
(extrait de l’album So Tonight That I Might See, 1993)
Les premiers trucs que j’ai adoré de Dave Roback, c’est avec Opal. Il y avait aussi l’album de Rainy Days, avec Kendra Smith. J’ai vu deux fois Mazzy Star sur scène et j’aimais beaucoup leur attitude, cette protection de l’intimité, ce dans quoi je peux éventuellement me reconnaître. Et puis, j’avais le sentiment qu’il travaillait avec des voix féminines de la même façon que moi avec des comédiennes. Je me suis donc dit que ce serait intéressant de le contacter, puisque Maggie avait envie de chanter. Après, il faut accepter de travailler à son rythme, qui n’est pas celui de Speedy Gonzalez. (Sourire.) Au départ, il a fait une maquette avec Hope Sandoval, qu’il a envoyée à Maggie. Elle était tétanisée : “Je suis incapable de faire ça !” (Rires.) Dave était très content de l’expérience. Je crois qu’il veut refaire des trucs avec Maggie. D’ailleurs, l’idée originelle était de sortir le film et un album en même temps. Mais l’histoire s’est compliquée… Je m’étais amusé à dresser une liste de collaborateurs : Belle & Sebastian, Ron Sexsmith, Evan Dando, Nick Cave, Dean Wareham, Dave Roback, Stephen Merritt, tous étaient partants. Il y avait Tricky, aussi. Il a trouvé l’idée super et a proposé de produire le disque. Sur le coup, je trouvais ça pas idiot. Puis, il a commencé à discuter argent et je crois qu’il avait une idée assez abstraite du type d’économie dans laquelle j’évoluais. On est parti dans des négociations proches de la science-fiction, et rien n’a abouti.

Scott Walker - Speak Softly Love (Theme from “The Godfather”)
(extrait de l’album The Moviegoer, 1972)
Je ne suis pas fan de musique de film. Bon, ça, c’est sublime, il y en a quelques autres, mais en général, j’ai en horreur les BO sirupeuses et sentimentales. Ça rappelle le cinéma “classique”, pour lequel je n’ai aucune fascination. Mon truc, c’est vraiment le cinéma moderne. Dans Désordre (ndlr. 1986), il y avait ce tiraillement bizarre entre les morceaux rock que j’avais choisis et les compositions de Gabriel Yared. C’est un excellent musicien, mais bon, c’est de la musique de cinéma français dans ce que ça a de… C’est de la musique de cinéma français, quoi. (Rires.) Sur mon deuxième long, L’Enfant De L’univers, j’ai pourtant utilisé l’éternel quatuor à cordes du ciné français. Franchement, j’étais content au départ. Et une fois le film terminé, je trouvais qu’il y avait un problème. Et oui, il y avait un problème : je haïssais cette musique. En fait, c’est bien en soi, mais je ne la supporte pas sur mes images. Je me suis dit : “Plus jamais”. Et je suis allé chercher John Cale pour le film suivant parce qu’ado, j’avais adoré The Academy In Peril, avec une instrumentation classique sans être guimauve. Malheureusement, il m’a fait un truc qui ressemblait trop à une musique de film et je l’ai utilisée de façon parcimonieuse. Je me suis donc décidé à faire des collages : c’était la seule manière de m’approprier la matière sonore. Pour moi, ce sont les films qui génèrent leur propre logique. Au moment d’écrire Fin Août, Début Septembre, j’imaginais des trucs mélancoliques, comme Nick Drake. Mais quand j’ai essayé sur les images, elles n’en voulaient pas ! Pour Clean, comme la musique est l’arrière-plan du film, je savais qu’il en faudrait, sans savoir très bien quoi. Et il s’est passé la même chose que pour Irma Vep (ndlr. 1996) : ce que j’écoutais à ce moment-là qui a fait son chemin. On a fini le film à Londres, où je suis tombé sur des vieux Brian Eno en soldes. J’étais curieux de voir comment ça sonnait aujourd’hui. J’ai écouté ça en boucles pendant la période où je montais le film et par glissement, Eno s’est retrouvé sur la BO.

MAGIC RPM  #84
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