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Entrevue - 21/02/12 de NZCA/LINES

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L’histoire se répète et l’on ne s’étonnera pas en rencontrant Michael Lovett de lui trouver des points communs avec tout apprenti navigateur qui tente l’aventure pop en solitaire. Si ce jeune homme partage encore sa vie entre ses cours de graphisme et son projet NZCA/LINES, son premier album au tracé géographique flou et néanmoins singulier pourrait lui permettre de prendre le large. [Article Thomas Bartel].

Si une bonne partie des musiciens qui ont éclos dans les années 2000 ont forgé leur identité en puisant dans le post-punk et la new-wave du début des années 80, l’electro pop sensuelle et rêveuse distillée par NZCA/LINES semble tourner la page pour ouvrir un nouveau chapitre. En explorant majoritairement la décennie suivante, celle de son enfance, Michael Lovett s’affranchit, en toute connaissance de cause, des références underground affichées avec fierté par ses condisciples actuels en recherche d’authenticité lo-fi. La pureté synthétique de son album, son aspect à la fois élémentaire et ouvragé, pourrait même être une riposte aux brouillages et distorsions qu’on a pu entendre ces dernières années chez une pléthore d’artistes étiquetés chillwave. Difficile à épingler, cette collection de chansons se révèle tout à fait émancipée d’un partage désormais obsolète entre ce qui est in et ce qui est out, entre une musique blanche constamment revisitée et une musique noire trop souvent ghettoïsée. “Quand j’étais adolescent, j’écoutais beaucoup de dance et de R&B, j’étais fan de TLC. Puis lorsque je suis entré aux Beaux-Arts, j’ai rencontré des gens avec des goûts musicaux variés qui m’ont fait découvrir d’autres choses comme Slint et My Bloody Valentine. Mais j’ai arrêté d’écouter ces groupes avec beaucoup de guitares. Aujourd’hui, je suis plus attiré par l’indie électronique comme Totally Enormous Extinct Dinosaurs, Caribou et Hot Chip. Quand je travaillais sur mon disque, j’écoutais surtout Kanye West ou des morceaux comme Try Again ou More Than A Woman d’Aaliyah. J’aime beaucoup ces chansons qui sortent des machines à tubes américaines, avec cinq personnes qui bossent juste sur un titre. Rude Boy de Rihanna, je trouve ça dément”.


On comprend mieux ce qui a pu nous échapper dans cette alchimie si particulière : si le R&B reste encore associé à tout ce qui caractérise un mainstream gluant et rompu aux pires clichés consuméristes et sexistes, Michael Lovett n’en a retenu que le côté soul et éthéré, tout comme le travail sur les voix et les chœurs propre au genre. Quand on l’écoute d’ailleurs parler, il est désarçonnant de découvrir que son timbre naturel, d’une profonde gravité, n’a rien à voir avec son chant si haut perché. Le seul élément de reconnaissance entre ces deux voix opposées étant cet accent british si caractéristique des personnes lettrées.
“Au tout début, je ne pensais pas pouvoir chanter de cette manière. J’ai fait des efforts en m’inspirant d’Aaliyah, surtout dans les passages a capella et aussi dans cette manière de faire jouer entre elles les différentes lignes de chant, de les travailler par couches. Je suis dans le registre aigu et en même temps ça m’oblige à chanter plus doucement”. Avant sa rencontre avec Charlie Alex March, jeune producteur électronique habitué de l’écurie LoAF, les premières ébauches réalisées par Michael n’avaient que peu de rapport avec le résultat définitif. Son rôle de bassiste chez Your Twenties aux côtés de son demi-frère Gabriel Stebbing, parti lui-même s’émanciper de Metronomy, y est sûrement pour beaucoup.

“Après les deux EP, Gabriel a enregistré un album avec Your Twenties, mais il a décidé de ne pas le sortir. Il avait envie d’un nouveau départ. Son groupe s’appelle désormais Night Works. Le son est plus mature, cela ressemble moins à la jangle pop de Your Twenties. Je ne sais pas encore si j’y participerai car j’ai mon projet à mener et je sais que jouer avec Gabriel demande un certain dévouement…”. Michael tâtonnait encore dans une voie qui ne le satisfaisait pas, avec les sacro-saintes guitare, basse et batterie comme indéboulonnables outils de création pop. Le rôle de Charlie Alex March dans l’éclosion de NZCA/LINES fut donc décisif. “Au départ, j’avais enregistré des maquettes seul où je jouais de tous les instruments, mais je ne voyais pas quoi faire de tout ça. Je n’étais pas satisfait de ces compositions à base de guitare. Charlie m’a fait changer progressivement de style en me faisant opter pour des synthétiseurs analogiques que je n’avais pas les moyens de m’acheter. Je trouve qu’il y a beaucoup de potentiel à travailler la musique électronique piste par piste, mais le problème c’est que ça finit toujours par sonner 80’s ! J’aime surtout que les choses soient structurées. Avec Charlie, nous avons fait en sorte qu’il n’y ait pas une once de gras dans ces chansons”.




C’est bien cet aspect formel étudié et débarrassé de toute impureté qui impressionne en premier lieu. Mais le tableau resterait incomplet si on n’y ajoutait pas une couche supplémentaire, celle qui concerne le pouvoir évocateur et métaphorique des mots. Pour cet admirateur d’Italo Calvino et de Jorge Luis Borges, une chanson n’a de raison d’être que si elle raconte une histoire, de préférence sous l’angle de la fable. Cette dimension fictive est au centre de NZCA/LINES. “Dans les années 90, il y avait ce duo affilié à la scène techno de Detroit appelé Drexciya. Ils étaient tous les deux noirs et leurs disques évoquaient par bribes l’histoire d’une population sous-marine issue d’enfants d’esclaves qu’on avait jetés par dessus bord au cours de la traite des Noirs. C’est de la musique instrumentale très atmosphérique, mais chaque titre reprend un terme scientifique comme Gravity Waves ou Digital Tsunami. À partir de ces simples mots se dégage tout un univers. Je n’aime pas les paroles trop descriptives ou réalistes. Mon album est aussi une suite d’histoires dont le concept est qu’il existe secrètement un champ magnétique terrestre modifié et qu’en naviguant selon ces nouveaux repères, le point de vue sur les lieux et les villes changent complètement, le contexte n’est plus le même. Nazca, par exemple, raconte l’histoire d’un type qui tombe amoureux de l’aéronef dans lequel il voyage. Il veut cette machine pour lui tout seul et il est prêt à tuer tous les autres membres de l’équipage. Mais il sait très bien que s’il agit ainsi, l’aéronef s’écrasera… Finalement, il ne peut pas se passer des autres !” Soit l’allégorie parfaite du travail collectif, indispensable pour ne pas perdre le Nord.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #159

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