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Récap' 2011 - 02/08/11 de Midi Festival

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Après notre luron typique d’Angleterre, c’est un loner déraciné qui traîne sa longue carcasse sur le devant de la scène de la Villa Noailles. La transition est rude, car après le spectacle étonnamment fédérateur de King Krule, Dirty Beaches met à l’épreuve notre sociabilité en délivrant un show autiste, pétaradant dans sa radicalité lo-fi, mais qui peine à enrôler l’auditeur. Pas question de séduire avec une telle musique de rocailles réduites en miettes, évidemment.



Mais au moins de provoquer. Car là où Suicide – la comparaison est inévitable – sermonnait l’auditeur avec ses récits d’épouse liquidée, de jeunesse assassinée, de pays qui se fait un fix à l’unisson, ou de gonzesse en cuir, le Canadien né à Taïwan ressasse son imaginaire de façon quasiment incompréhensible et se démène un peu en vain, le corps sculpté qu’un léger débardeur recouvre avec parcimonie, mèche gominée et tatouages apparents. Sur disque, l’univers de l’artiste interpelle pourtant nos pensées intérieures. Sur scène et planté en pleine réalité, l’agression sonique n’est pas si radicale et nous voilà entre-deux : intrigué par un personnage au physique de bagnard qui lacère avec une certaine beauté le calme de la nuit tombante, mais circonspect face aux stances electro-noisy-kamikazes qu'il nous vocifère à la gueule.

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Une autre qui a la tête de l’emploi, c’est Piper Kaplan. Sa chevelure blonde, sa jupe courte qu’il faut retenir de se soulever, et ses mijaurées servent de paravent idéal à la pop en écho de Puro Instinct, qui fit en ce jour la jointure incongrue entre la prestation de Psychologist et celle de King Krule. On était curieux de voir Piper en chair et en os, elle qui arrose les réseaux sociaux de ces saillies rigolotes et qui s’est affirmée comme l’une des personnalités les plus attractives du giron indie. Ce soir, elle rayonne en biais, de toute son aura défoncée, et émoustille les garçons… mais moins qu’on aurait pu le croire. Sa voix hautement réverbérée surplombe l’amas brut et un brin brouillon que forment le clavier cosmique, la basse rondelette et la guitare millimétrée d’une petite Skylar Kaplan impériale avec ses cordes qu’elle fait étinceler par petites touches.

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Cherchant l’équilibre entre vitesse, langueur et élévation, entre groove et slow, quelque part entre Lush et Slowdive, les Californiens parviennent le plus souvent à faire honneur à leur réputation de receleurs d’hymnes à la fois diaphanes et parasités. Mais l’uniformité des rythmes, et une exécution de plus en plus débraillée, égarent l'attention. La lassitude est partagée par les musiciens, débarqués à peine dix minutes avant l’entrée en scène après une journée passée dans les embouteillages. Les regards protecteurs du parrain Matt Fishbeck et du grand-père R. Stevie Moore, présents au premier rang, n'y changent rien, mais ajoutent une touche bienveillante.



Contrairement à la fausse ingénue Piper Kaplan, Washed Out déboule à l’heure, lui. En toute fin de soirée, pour nous infecter d’une fièvre du samedi soir toute molletonnée. Son disco élégiaque est arrangeant, ni trop pur pour les allergiques aux danses effrénées, ni trop doucereux pour les militants du dancefloor. Grisé par le lieu et le moment, Ernest Greene se forcerait presque à créer l’euphorie, modifiant au passage la beauté nostalgique et magnétique de ses textures au groove rentré et aux ondulations lumineuses. Faut-il être coincé du boule pour ne pas accepter que l’ondoyance fainéante de l’album Within And Without, une fois transposée à l’air libre, se doit d’être moins abstraite pour être suivie d’effets, surtout à une telle heure de fiesta commandée ?



Plongé dans le noir et entouré d'un décor naturel qui semble avoir poussé pour elle, la musique de Washed Out se dote au fil des minutes d'une aura édénique, les nappes de synthés chatoyantes et la mécanique huilée de l'attelage nous détournant des volutes vocales bien légères d'un chanteur presque trop gracile. Et l'on se dit qu'après l’annulation l’année passée des concerts de Toro Y Moi et Memoryhouse, c’est finalement Washed Out qui aura célébré au Midi Festival la mutation d'un mouvement hédoniste et lo-fi – dont il a été le chef de file – en musique dense et célébrée.

Si l'on rembobine de vingt-quatre heures, la veille, vendredi 22 juillet, c'est un autre genre de musique circuitée qui a monopolisé nos sens. Après des mois de cache-cache 2.0, Stay+ avait annoncé la couleur avant sa prestation : ça allait être le choc... Pas tant que ça au final. La scénographie prend pourtant une allure particulière lorsqu’une rangée de quidams se plante d'entrée devant l'écran géant pour former, chacun avec son tee-shirt lettré, le nom du groupe. Les deux cadenceurs du tonnerre se mettent alors en action derrière leur laptop et le hic survient : une chanteuse qui braille au ciel, écho maximal en renfort, avec une classe nulle et non avenue.

Armés d'une telle diva malheureuse, les ex-Christian AIDS se lancent à corps perdus dans un set techno aussi minutieux que surboosté, qui rappelle aux non-spécialistes les terribles heures dance des années 90, et aux plus lettrés, les transes opiacées de l'acid house. Trop radical pour susciter l’adhésion, le spectacle, finalement assez unidimensionnel malgré les choristes muets et les vidéos projetées, délaisse les nuances et génère des regrets. Comme un manque de relief après la montée en pression énigmatique orchestrée depuis des mois par les Mancuniens.


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