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Entrevue - 26/01/09 de Lawrence Arabia

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Ancien membre de The Brunettes et cogérant de The Reduction Agents avec Ryan McPhun de The Ruby Suns, James Milne sort ces jours-ci en France Chant Darling, son deuxième album solo sous le pseudonyme exotique Lawrence Arabia. Pour promouvoir la belle affaire, l’homme tourne actuellement dans toute l’Europe et repassera par la France au mitan du mois de février afin d’assurer les premières parties de Beach House. La parole au Néo-Z qui ravive la flamme d’une scène indie pop locale marquée au fer rouge par le label historique Flying Nun. [Interview Sébastien Jenvrin].


Magicrpm.com : Avant de voguer en solitaire, vous naviguiez en compagnie de The Brunettes et The Ruby Suns. À quel moment vous êtes-vous considéré comme un véritable artiste solo et non plus comme un simple musicien d’accompagnement ?
James Milne : Déjà à l’époque de The Brunettes, j’ai ressenti le désir grandissant de pondre ma propre musique. Et cette envie est devenue irrépressible au moment où nous avons fait une tournée américaine en 2005 en première partie de The Shins et Rilo Kiley. Je m’étais alors décidé à faire un album avec The Reduction Agents. C’est à ce moment que j’ai dû prendre une décision ferme, quitter le groupe. J’avais toutes ces superbes chansons à enregistrer et je n’avais pas le temps de le faire tout en parcourant le monde avec The Brunettes.

Comment se porte votre relation avec le leader des Ruby Suns, Ryan McPhun, qui a l’air d’être un sacré loustic ?
Super bien ! C’est un ami depuis plusieurs années. C’est le batteur de The Reduction Agents, j’ai aussi l’habitude de jouer de la batterie avec The Ruby Suns. Mais je suis un si mauvais batteur ! (Rires). On est de bons amis, je suis stupéfait par sa musique. Il est toujours insatisfait par ses morceaux, alors qu'il invente en permanence des choses folles.

Comment s’est passé votre pige en tant que bassiste au sein d’Okkervil River ?
C’est arrivé une seule fois, à l’occasion d’une tournée australienne que nous faisions avec The Brunettes. J’ai rejoint le groupe en tant que bassiste. C’était cool. Je les ai revus lorsqu’ils jouaient en Europe. Ce sont des potes.

Qu’avez-vous retirez de chacune de ces expériences ?
Que ce n’était pas aussi incroyablement difficile – comme je le pensais à l’adolescence - de poursuivre ce genre de carrière. Mon projet solo est devenu une évidence quand j’étais en tournée avec tous ces groupes d’enfer. Avant ça, je ne réalisais pas encore que c’était accessible, que tout pouvait devenir possible en travaillant dur. Obtenir du succès, même modeste, c’est surtout une question de persévérance. Je ne crois pas au don magique : si on fait du travail une valeur personnelle, on peut y arriver.

Pourquoi avez-vous choisi le pseudonyme Lawrence Arabia au tout départ de l’aventure ?
Je n’avais jamais vraiment réfléchi au nom que je prendrais quand je ferais mes propres albums. J’ai choisi celui-là au moment où j’ai fondé The Reduction Agents. C’était mon alias pour la scène, j’ai choisi de le garder, tout simplement. Mais ça reste un peu ridicule, c’est surtout lié à une blague débile que je faisais quand je me déguisais en Lawrence d’Arabie par référence à mon label Honorary Bedouin. C’est un nom stupide !

Comment jonglez-vous entre Lawrence Arabia et The Reduction Agents ? Quelles sont les priorités ?
On a très peu joué ces temps-ci avec The Reduction Agents, car chaque membre est occupé à plein temps par son propre groupe. Du coup, ce n’est pas si difficile de vivoter entre ces deux projets. À la base, The Reduction Agents était ma formation de base et Lawrence Arabia n’était qu’un amas de démos. Et puis, chacun étant pris par ailleurs, c’est Lawrence Arabia qui est devenu progressivement mon projet principal. L’équilibre entre les deux est donc plutôt facile à trouver.

Embringuée par toutes ces parallèles, avez-vous l’impression que votre musique a évolué depuis le début de votre carrière ?
Disons qu’en grandissant, je ne vis plus la musique comme quelque chose d’aussi frais et instantané. Les albums passés étaient très excitants à concevoir, tout était rapide et tout ce que je faisais à l’époque était nouveau pour moi. Mais Chant Darling a pris plus de temps parce que j’avais une idée précise de là où je voulais aller. Il a fallu un long processus pour atteindre les objectifs fixés. J’avais une vision plus romantique durant mes premières années, les choses n’étaient pas aussi pensées. Je ne crois pas que ma musique soit nécessairement meilleure aujourd’hui, mais disons, un peu plus... Euh, j’en sais rien en fait. C’est simplement différent, ça m’a pris plus de temps, c’était moins spontané.

Tall Dwarfs, The Verlains, The Chills… Vous êtes forcément influencé par tous ces groupes portés par l’historique label néo-zélandais Flying Nun. À quel moment vous êtes-vous plongé dans toute cette scène indie pop des années 80 ?
Oui, toutes ces formations font partie du folklore néo-zélandais. C’est une période incroyablement inspirante, et on ne peut pas imaginer de nouvelle musique aujourd'hui en Nouvelle-Zélande sans faire référence à ces groupes géniaux. Pour ma part, j’ai découvert ce pan d’histoire à la fac, quand je bossais pour une radio étudiante. C'est là que je me suis plongé dans tous ces trucs Flying Nun.

En parlant de label, est-ce que la signature sur Bella Union (Beach House, Fleet Foxes, Vetiver, etc.) a changé quelque chose ?
Oui, ça nous a permis d’organiser une large tournée plus facilement. Dans le passé, c’était difficile de me produire sur scène parce que je devais investir moi-même. C’était risqué, et pas toujours très rentable. Vous savez, ça demande beaucoup d’argent de partir alors qu’on vient de Nouvelle-Zélande. C’est essentiel d’avoir un label avec des épaules assez solides pour vous supporter.

Pourquoi avez-vous enregistré Chant Darling à Stockholm ?
Mon ami Martin a un studio à Stockholm. En enregistrant en Nouvelle-Zélande et à Londres, j'avais des difficultés à me motiver et à me mettre au boulot parce qu’il y avait trop de pression liée à l’environnement. J'ai eu l'occasion d'utiliser ce studio à Stockholm gratuitement, alors c'était un bon moyen d’échapper aux coûts d’un enregistrement à Londres. C'était tout simplement plus confortable.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’imagerie qui entoure le disque ?
Disons que Chant Darling renvoie indubitablement à la mer, aux chants marins, à des choses comme ça. Ça vient certainement du fait que la Nouvelle-Zélande est un pays maritime, où les matelots sont de véritables célébrités.

Sur votre MySpace, on peut même voir certaines photos où vous posez en Corto Maltese...
(Rires). Oui, j’aimais bien cette idée de donner l’impression d’être un héros en m'affublant d'uniformes de loups de mer. Ces photos sont l’œuvre d’Amelia Handscomb. C’était amusant de créer cet univers fantaisiste autour de l’album.

Je me trompe ou est-ce que vous vous inspirez aussi du look et de la musique d'Harry Nilsson ?
(Rires). Oui, c’est vrai. J’aime beaucoup Harry Nilsson. Je ne m’étais pas posé la question du look, mais en tout cas j’aime beaucoup sa musique. J’adore Nilsson Schmilsson !

Votre voix est très proche de la sienne, surtout sur le morceau Apple Pie Bed...
La mienne n’est pas aussi bonne. Il a une voix incroyable.

Chant Darling fait clairement référence à la pop des 60’s. Auriez-vous aimé vivre à cette époque ?
(Rires). Oui, je suppose. On fantasme souvent sur l'idée de voyager dans le passé. Mais je vis très bien au XXIème siècle, c’est une époque très inspirante. On peut revisiter le passé et s'approprier un peu tout ce qu'on veut, même avec très peu de moyens. L'accès à la technologie simplifie tout, de l’enregistrement des disques à la connaissance d’autres cultures.

Vous venez tout juste d'entamer une tournée européenne. Comment vous sentez-vous en ce moment ?
On est complètement dedans. C'est fantastique. Cela faisait longtemps que nous n'étions pas venus, alors ce retour en Europe est vraiment un événement. On a un chauffeur, une équipe sympa. Je suis bien avec le groupe et on joue du feu de dieu.

Comment avez-vous choisi vos musiciens ?
Je connaissais déjà Daniel (ndlr. Ward) et Martin (ndlr. Keane) du groupe The Sneaks. Ils jouaient déjà avec moi depuis environ deux ans. James (ndlr. Dansey) faisait aussi parti de ce groupe qu'il a quitté pour rejoindre The Ruby Suns. Les autres gars, Hayden (ndlr. East) et Tom (ndlr. Watson) sont des amis de Nouvelle-Zélande. Ce sont de super chanteurs et musiciens. Tom joue de la trompette. J'ai tout simplement pris les meilleurs mecs que je connaissais et je les ai mis ensemble dans la même pièce.

Je crois savoir que vous avez écrit la musique de court-métrages pour votre ami réalisateur Stephen Ballantyne. Vous rédigez aussi des scénarios. Qu'est-ce que ça vous apporte toutes ces histoires ?
Ça a été une expérience épanouissante, ça m'a permis de libérer mon imagination, de sortir du cadre conventionnel des chansons. J’ai eu une liberté d’action géniale. Quand la musique devient un métier, ce genre d'expériences permet de revenir à l'essentiel.

Justement, où allez-vous chercher vos idées pour composer ?
Dans le quotidien de mes proches, et en sortant dans la rue. J'aime me balader et imaginer des histoires sur les gens. J'ai l'habitude de marcher à Auckland, comme j’ai pas le permis. J'utilise les transports en commun - pas terribles d’ailleurs -, et je flâne pendant des heures à travers la ville. Si j’aperçois quelqu'un en train faire quelque chose qui m'interpelle, dans une arrière-cour ou dans un parc, je pense à des paroles et la musique surgit dans ma caboche.

Avez-vous des projets après cette tournée européenne ?
Oui, on doit continuer la même en Amérique. Ensuite, on aura un peu de temps libre et on en profitera pour faire des festivals en Europe. Je ne sais pas encore lesquels. Si tout se passe bien, on sera en tournée jusqu’à la fin de l’année. Ce serait cool de pouvoir jouer le plus possible et de continuer à parcourir le monde.
Sébastien Jenvrin

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