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Interview - 23/02/12 de Lambchop

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En dix-neuf ans d’une carrière irréprochable, Lambchop n’avait encore jamais mis notre patience à si rude épreuve. Après quatre longues années d’attente depuis OH (Ohio) (2008), Mr. M est un album à la fois obscurci par l’ombre portée de l’ami disparu Vic Chesnutt auquel il est dédié et illuminé par des arrangements d’un raffinement et d’une subtilité peut-être inédites dans la discographie pourtant dense du collectif de Nashville. Ce dixième LP majeur permet de confesser Kurt Wagner autour de quelques mots-clés. [Interview Matthieu Grunfeld].

VACANCES
Kurt Wagner : J’ai toujours considéré Lambchop comme une structure très souple et très ouverte : les membres vont et viennent en fonction de leurs envies et de leur disponibilité. Il n’y a jamais eu de plan de carrière ou de calendrier fixe que je serai en mesure de leur imposer. C’est vrai que c’est la première fois depuis I Hope You’re Sitting Down (1994) que nous laissons s’écouler autant de temps entre deux albums. Mais je ne me suis pas pour autant tourné les pouces pendant ces quatre dernières années : j’ai participé plus ou moins activement à plusieurs projets musicaux parallèles, j’ai peint, j’ai aussi publié un livre. Bref, tu vois, ça n’était pas vraiment des vacances ! (Rires.) Est-ce-que je me suis posé des questions à propos l’existence du groupe ? Ni plus ni moins qu’après chaque disque. Au tout début, notre unique ambition était d’enregistrer un premier LP et nous considérions qu’à partir du moment où c’était fait, l’avenir était entièrement ouvert et tout pouvait arriver, le meilleur comme le pire. C’est toujours comme cela que nous avons fonctionné, et c’est encore le cas aujourd’hui.



PEINTURE
C’est la discipline artistique avec laquelle je suis familier depuis le plus longtemps. J’ai longtemps fréquenté des écoles d’art quand j’étais plus jeune et j’ai appris les bases de la sculpture et de la peinture avant de me mettre sérieusement à la musique. J’ai continué à peindre de manière régulière jusqu’à ce que nous enregistrions Nixon (2000). Les tournées sont ensuite devenues plus longues et plus prenantes. Les disques de Lambchop se sont succédés et la réalisation d’une toile demande beaucoup de temps et de concentration. Pendant quelques années, j’ai donc laissé de côté les pinceaux. Mais j’ai toujours conservé l’envie de m’y remettre quand j’en aurai l’occasion. Après OH (Ohio) (2008) je me suis dit que j’allais non seulement prendre davantage de temps pour peindre mais que, cette fois, j’allais essayer de faire coexister la musique et le dessin. C’est loin d’être évident : jusqu’à présent, j’avais toujours pensé que ces deux formes d’art s’accordaient mal. Je ne sais pas si tu as déjà assisté à un concert à l’occasion d’un vernissage mais, en général, c’est une expérience assez désastreuse. (Rires.) De plus, la peinture est une forme d’activité artistique très solitaire alors que j’ai toujours considéré la musique comme une pratique collective, même si j’élabore seul la plupart des trames des chansons. En même temps, cela m’a permis de trouver une certaine forme d’équilibre : j’ai traversé une période vraiment difficile sur un plan personnel et je n’arrivais plus vraiment à écrire ni à composer. J’ai donc installé mon matériel dans un coin du studio de Roger Moutenot dans lequel nous avons l’habitude de travailler. C’est ainsi que sont nés les différents portraits qui illustrent le livret du nouvel album. Il y a un peu plus d’un an, j’ai commencé à peindre ces petites têtes en m’inspirant de vieilles photos de presse. Au bout d’un moment, je me suis aperçu qu’elles correspondaient au format des vieux 45 tours et je me suis dit que ça pourrait être amusant d’essayer de faire correspondre une chanson à chacun des visages. C’est comme cela que l’inspiration est revenue petit à petit.

KORT
L’album que j’ai enregistré en duo avec Cortney Tidwell sous ce pseudonyme (Invariable Heartache, 2010) a constitué une expérience intéressante. Cela faisait longtemps que je connaissais Cortney et que nous avions envie de travailler ensemble. Nous partageons le même goût pour la country, mais nous ne savions pas très bien comment nous y prendre, ni par quel bout commencer une collaboration. Et puis, en discutant avec elle, j’ai découvert qu’elle possédait une sorte d’héritage, de patrimoine musical très riche, alors qu’elle en parle assez peu. Dans les années 60 et 70, son grand-père était le patron de Chart Records, un petit label de Nashville pour lequel son père a également travaillé comme ingénieur et directeur artistique. Sa mère a aussi enregistré plusieurs disques pour cette structure. Pendant toute son enfance, elle a donc baigné dans cette culture musicale locale et côtoyé tous les grands noms de la country : Townes Van Zandt, Jack Clements. L’idée nous est donc venue d’enregistrer un album de reprises extraites du catalogue de Chart Records, en forme d’hommage à cette période et à ces artistes que nous vénérons tous les deux. La question qui s’est alors posée était de savoir comment nous pouvions rendre justice à ces chansons très obscures et méconnues sans sombrer dans une forme de revival archaïque ou trop daté. Nous avons donc fait appel à des musiciens avec lesquels nous avons tous les deux l’habitude de travailler, qui font à la fois partie de Lambchop et qui accompagnent souvent Cortney, en nous efforçant de répéter avec eux de la manière la plus libre et la plus directe possible, comme s’il s’agissait d’enregistrer des titres originaux. De cette manière, je pense que nous sommes parvenus à redonner une certaine fraîcheur et une modernité à ces morceaux très anciens.



MAGIC RPM  #159

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