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Entrevue - 31/08/10 de Klaxons

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Incapacité à se fixer sur un producteur, excès de psychédélisme, crise de la page blanche… On a tout lu et entendu sur les Klaxons ces trois dernières années, jusqu'à se demander si le successeur de Myths Of The Near Future (2007) sortirait enfin un jour. C'est chose faite avec l'impeccable et bien nommé Surfing The Void, qui voit les quatre Londoniens repousser encore les limites de leur pop supersonique. Ou comment un groupe s'éclate avec le vide, en quinze mots-clés révélés par Michaël Patin. Et si la lecture vous rebute, il vous reste ce Selectorama en vidéo à regarder.


“Le NME est notre bible, la hype notre évangile, et le meilleur groupe de tous les temps est simplement le groupe le plus excitant du moment. Pour l'heure, donc, le meilleur groupe de tous les temps s'appelle Klaxons”. Ainsi s'achevait la critique maison de Myths Of The Near Future, premier fait d'armes d'un trio dont le nom est alors à l'origine de bien des empoignades. Nous sommes en février 2007, et votre revue favorite vient de se délester de sa retenue légendaire pour adouber les chefs de file de la vaguelette dite "new rave". Soit une bande de jeunes branchés, amateurs de gel fixant et de sapes fluo, essayant de cristalliser vingt-cinq ans d'efficacité pop et club pour composer la bande-son idéale de la jeunesse hédoniste. Un phénomène à faire mouiller les théoriciens de la postmodernité, un exemple de tribu spontanée combinant désirs archaïques et développements technologiques, pulsations primales de la danse et ubiquité du web 2.0. Refusant de bêler avec les peine-à-jouir, on pensait nécessaire de reconnaître la seule formation de la mouvance assez douée pour incarner pleinement cette esthétique de l'éphémère. Usant de ses nombreuses et impeccables références (de Madchester à JG Ballard) pour composer des hymnes jubilatoires, Klaxons parvenait à tenir la distance sur long format, dépassant par son écriture sensible la transe sans fin que les kids réclamaient. Trois ans et mille bruits alarmants plus tard, c'est un soulagement de découvrir Surfing The Void, album plus dense à la fraîcheur insolente, toujours en parfait accord avec son époque. L'occasion de rencontrer les trois Klaxons originels – Jamie Reynolds le leader, James Righton le charmeur et Simon Taylor le discret – pour démêler certains imbroglios et faire le point sur leurs carrière, lifestyle, obsessions et projets.

TERGIVERSATIONS
Jamie Reynolds : À partir du moment où on a commencé à travailler avec Ross Robinson, on n'a jamais hésité sur la direction à prendre. Ceci dit, on ne peut pas dire que c'était compliqué avant de le rencontrer. Il nous a juste fallu deux ans et demi pour qu'on envisage de se mettre sérieusement au deuxième LP des Klaxons. On a joué de la musique sans cesse et on s'est beaucoup amusé, sans forcément penser au groupe.
James Righton : Toutes nos expériences musicales et extramusicales au cours de cette période ont été nécessaires.
Jamie : Universal (ndlr. leur maison de disques hors de l’Hexagone, où le groupe est signé chez Because Music) nous avait donné la permission d'enregistrer un disque qui n'ait rien à voir avec les Klaxons. Pendant dix-huit mois, on est resté dans cet état d'esprit expérimental, jusqu'à ce qu'un déclic se produise et qu'on décide de se remettre dans la peau des Klaxons. L'album a été enregistré en deux mois à Los Angeles, entre septembre et novembre 2009. Finalement, ça a été très facile et rapide.

PRODUCTEURS
James : On a travaillé avec deux producteurs différents. Pour notre projet parallèle, c'était James Ford, déjà à l'œuvre sur Myths Of The Near Future. Puis Ross est entré dans nos vies, juste au moment où on avait besoin de lui. Enregistrer avec lui a été une vraie partie de plaisir.
Jamie : Il est venu nous rencontrer dans un pub à Londres, et nous a tout de suite fait forte impression. Il a produit The Cure, Dust Brothers, le dernier Korn… Quel que soit le problème que tu rencontres dans ta vie, ce mec arrive à le faire disparaître en un clin d'œil. Pas seulement ce qui concerne la musique ou le groupe, n'importe quel foutu problème !
James : Imagine que tu envisages de rompre avec ta copine, mais que tu n'arrives pas à te décider. Quelques minutes de conversation avec Ross suffisent pour comprendre que c'est la meilleure décision à prendre ! (Sourire.)
Jamie : À un moment, on s'est demandé si on ne pouvait pas produire notre musique nous-mêmes, mais on a trop besoin d'encouragements extérieurs. C'est plus intéressant de partager ce processus avec une personne extérieure au groupe.

CHAT COSMONAUTE
Jamie : C'est ce qu'on a mis sur la pochette, non ? (Sourire.)
Simon Taylor : Il s'agit du chat de James. Son nom est Alfie.
Jamie : Tu retrouves cette image un peu partout sur Internet, sous de multiples formes. On a décidé d'en faire notre propre version et de la placer dans ce contexte pop.
James : Même si ça peut paraître un peu futile, on reste sensible à la culture blog.

LE VIDE
James : L'autre jour, j'essayais de me représenter mentalement le vide. Je pensais à ces étranges boîtes aux lettres qui existaient quand j'étais petit : lorsque tu mettais une pièce dedans, celle-ci disparaissait grâce à une sorte d'illusion d'optique…
Jamie : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! (Rires.) Le titre de l'album, Surfing The Void, signifie qu'il n'y aucune raison d'avoir peur, qu'il faut accepter le négatif pour le transformer en positif. C'est une réaction politique aux questionnements de notre génération, à l'incertitude concernant l'avenir, cette sensation de vertige. On veut dire à notre public que quoi qu'il arrive, c'est forcément pour le meilleur.

QUATUOR
Jamie : L'arrivée de Steffan Halperin nous a beaucoup apporté. Il est incroyablement enthousiaste, et c'est sans doute l'un des meilleurs batteurs de la planète. Il a aussi participé aux compositions. C'est lui, notamment, qui a trouvé le riff de Valley Of the Calm Tree. (Il se met à chanter, rejoint par James.)
James : Il a également fait un excellent travail sur le mixage de l'album, grâce à ses fameuses “oreilles de chien”. Stef peut entendre des fréquences que seuls les chiens captent habituellement. (Rires.)

RUMEURS
Jamie : On s'amuse toujours avec les rumeurs. Les gens passent leur temps à essayer de distinguer le vrai du faux, de savoir qui a fait quoi. Alors qu'au fond, ça n'a pas d'importance. La réalité n'a rien d'exceptionnel. On est juste quatre mecs qui vivent dans un bus avec d'autres mecs, et vont d'un endroit à un autre pour faire des concerts. C'est plus excitant de penser qu'il se passe autre chose. D'une certaine façon, les rumeurs nous permettent de garder un contact avec le monde, de voir qu'on s'intéresse toujours à nous. (Sourire.) Mais on ne peut pas prendre ça au sérieux. Ce qu'on dit toujours, c'est qu'on prend le fun très au sérieux. Et cela nécessite d'abord de ne pas se prendre la tête avec les faits.

NEW RAVE
James : Le nuevo rave !
Jamie : Il y a une sorte de communauté globale qui s'est constituée autour de cette appellation. Le mouvement a plus ou moins été lancé à Londres, mais on a vu apparaître immédiatement des groupes reprenant cette esthétique en Australie, en Europe du Nord, en Afrique du Sud.
James : Les fluokids en France…
Jamie : Du coup, c'est peut-être le premier genre musical qui n'est pas lié à un endroit précis. Ça a dégagé une impression de fraîcheur, de nouveauté. C'est aussi retombé rapidement, même en Australie où la scène était la plus forte. On ne se sent plus concerné par l'étiquette new rave aujourd'hui. Si je devais expliquer à la grand-mère d'un ami quel genre de musique on joue, je dirais de la heavy psychedelic pop music.
James : Une rencontre entre Abba et At The Drive-In.

MAGIC RPM  #145

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