- Tous
-
Chronique d'album
- Interviews
A lire
- Tous
- Chronique d'album
- Interviews
Iconoclaste ou tête à claques, Philippe Katerine, également acteur et
réalisateur à ses heures, divise depuis Les Créatures et L'Homme À
Trois Mains (1999), son double album majeur. De retour à la chanson, le
Vendéen signait en 2005 avec Robots Après Tout son disque le plus
jusqu’au-boutiste, qui peut s’écouter comme on arpente une exposition
d’art contemporain. Visite guidée en musique.
DAFT PUNK
Human After All
(extrait de l’album Human After All, 2005)
Comment se déroule un blind-test ? Parce que je crois n’en avoir jamais fait. Évidemment, j’ai reconnu Humain Après Tout de Daft Punk. (Sourire.) C’est Fabrice Dumont (ndlr. de Télépopmusik) qui, à un concert au Café de la Danse, m’avait suggéré le titre Robots After All pour l’album que j’étais en train d’enregistrer. En tant que chanteur français, je me suis empressé de le traduire. D’autant qu’il apparaît plus ironique ainsi. Autrement, j’avais plein d’autres idées, dont 982709 et Coiffures, qui n’ont pas résisté très longtemps. Surtout, j’ai fini par acheter l’album de Daft Punk dont on me disait partout le plus grand mal. Or, c’est un disque extraordinaire, qui est assez proche du néant. (Sourire.) Car les Daft Punk ont opéré par soustraction, supprimant des éléments qu’ils utilisaient habituellement. Ça m’a rappelé le rectangle bleu de Malévitch ou un monochrome d’Yves Klein. En pop, comme en peinture, on peut donc procéder de la même manière. Au risque de devenir agaçant. Mais il faut une sacrée dose de courage pour y parvenir. Je n’avais alors pas entamé le mixage du disque, mais cet album m’a aidé à l’achever, en particulier dans l’élan d’aller jusqu’au bout d’une idée qui peut sembler répétitive. Je trouvais intéressant de mettre ça au service d’une chanson française.
BRIGITTE FONTAINE
Je Suis Inadaptée
(extrait de l’album Brigitte Est Folle, 1968)
C’est sur l’album Brigitte Est Folle. J’ai rencontré Brigitte dans le cadre d’une interview pour Les Inrockuptibles. Ce qui m’a sidéré, c’est qu’elle est normale, en fait. (Sourire.) Quand elle m’a vu, elle m’a dit : “Salut, trou du cul !” Non seulement je l’ai pris comme une formule de politesse, mais je me suis senti concerné. Au fond, elle est très classique, elle a une écriture extrêmement raffinée. Ses maîtres ont pour nom Rimbaud, Baudelaire, alors que je lui parlais de dada ou de surréalisme. Elle a toujours plus été dans mon imaginaire que sur ma chaîne stéréo. Parfois, je cherche des idées de chansons pour Brigitte Fontaine ou pour… Dominique de Villepin, des personnes qui sont dans un coin de ma tête. Mais je ne pense pas elle plus que cela. C’est juste quelqu’un qui travaille à côté. Ou loin du centre, une position fort appréciable. D’autant que l’on voit mieux de loin. (Sourire.)
NOUVELLE VAGUE FEATURING CAMILLE
In A Manner Of Speaking
(extrait de l’album Nouvelle Vague, 2004)
Nouvelle Vague, avec Camille, me semble-t-il. Je passe assez souvent ce disque en fin de soirée, quand il y a du monde à la maison. Les originaux seraient trop agressifs. (Sourire.) C’est un album finalement assez anecdotique, ce qui, dans ma bouche, n’est pas péjoratif. D’ailleurs, le disque est vraiment réussi : l’idée est forte, les chanteuses finement sélectionnées, et le goût d’Olivier Libaux que je reconnais bien là. En tout cas, c’est bien plus abouti et “professionnel” que lorsque je faisais mes chansons bossa-nova, à ma façon gauche et handicapée.
ELLIOTT
Les Platanes
(extrait du coffret de 45 tours The Onion Most Dangerous Game, 1994)
C’est Bondu avec Les Platanes ! Tu as le 45 tours ? C’est un ami. On se voit toutes les semaines et même tous les jours quand on a travaillé ensemble sur la musique du film Peindre Ou Faire L’Amour des frères Larrieu. J’adore écouter de la musique avec lui. On peut passer des nuits entières à décortiquer des disques : Air, Phoenix ou d’autres. Discuter de musique ensemble est un enchantement parce qu’il est extrêmement exigeant, bien plus que moi. (Sourire.) À l’instar d’Olivier Libaux, c’est un interlocuteur privilégié lorsque je compose une nouvelle chanson. Il m’est toujours d’un recours salutaire. Ainsi, à travers le tracklisting que Pierre m’a proposé, il en a presque trouvé le cœur. Ça a été comme une révélation parce que je ne savais plus comment l’articuler. En partant sur Êtres Humains, le morceau d’ouverture avec la chorale, il a mis le disque sur les bons rails. Parfois, je regrette l’époque des 45 tours. D’ailleurs, à vrai dire, je n’écoute pas beaucoup d’albums en entier.
OLLANO FEATURING HELENA
Latitudes
(extrait du single Latitudes, 1997)
Mais ce ne sont que des titres que je connais… (Sourire.) J’écoute un peu la façon de chanter. Pour soulager aussi mon émotion. Un sacré beau morceau, non ? Et un tube ! C’est toujours l’idéal de pouvoir conjuguer les deux paramètres. Pour parler d’Hélène, j’ai horreur du mot de “Pygmalion” qui a souvent été employé à mon encontre, parce qu’il y a un côté manipulateur répugnant. J’ai plutôt le sentiment d’être un accompagnateur, aidant des personnes qui ne savent pas forcément composer. J’essaie donc d’écrire des chansons qui correspondent le mieux à leur physique, à leur grain de voix, à leur état d’esprit… Mais j’ai toujours encouragé Hélène à écrire ses propres morceaux. Car elle est musicale. Et le résultat est bien meilleur que les deux albums réalisés en commun (ndlr. Azul et Née Dans La Nature).
GEORGES DELERUE
Camille
(extrait de la bande originale Le Mépris, 1963)
Le hasard des rencontres fait que l’on me demande des choses complètement improbables. Ainsi, les frères Larrieu m’ont proposé deux bandes originales pour leurs films alors que j’en suis complètement incapable. D’ailleurs, je souffre de ne pas être à la hauteur. Mais c’est un tel bonheur d’enregistrer que je ne refuse aucune proposition, même si je me sens parfois un peu juste. Il suffit d’entendre la musique du Mépris. C’est un métier, hein ! Et dire que je ne sais même pas ce qu’est une mesure… Mais mon handicap peut tourner à mon avantage. Ça peut même devenir une chance de ne pas savoir. Idem quand j’ai tourné mon film, Peau De Cochon, ou joué dans Peindre Ou Faire L’Amour, aux côtés de Daniel Auteuil ou Sabine Azéma. C’est la chance du débutant.
GONZALES
Gringo Star
(extrait de l’album Gonzales Über Alles, 2000)
Je connais ? Ça serait mieux… (Sourire.) Ça me dit très fortement quelque chose. C’est français ? Gonzales, c’est pas vrai… Oh, la honte ! (Sourire.) Je suis surpris du son. Parce qu’il y a des morceaux qui font moins trip hop sur ce disque. Mais je t’ai déjà dit que je n’écoutais pas les albums en entier. J’ai rencontré Gonzales par l’intermédiaire de Renaud Létang, avec qui j’avais travaillé pour 8ème Ciel. J’aimais bien son côté grotesque. Je sentais comme un cousinage. Mais je me suis vite aperçu en studio qu’il était loin de l’entertainer. Il ne rigole pas avec la musique. Contrairement à moi, il a un bagage musical étendu. Et puis, il met du sentiment dans la musique, avec une finesse étourdissante. Moi, j’étais assis dans le canapé, la plupart du temps hagard, et je redécouvrais mes morceaux avec joie. D’autant que mes maquettes étaient assez difficiles d’accès, voire ingrates.
ELLI & JACNO
Les Nuits De La Pleine Lune
(extrait de la compilation Symphonie De Poche, 1994)
J’adore cette chanson. C’est l’un des morceaux qui m’a donné envie de m’essayer au quatre-pistes, dans ma chambre. Écouter Elli & Jacno ou Mikado dans ma Vendée natale m’a beaucoup aidé. Car ce sont des disques qui possèdent une fraîcheur précieuse. Ça fait partie des groupes qui furent les premiers à s’échapper des grands parrains de la chanson française : Brel, Ferré, etc. Récemment, en voiture, j’ai réécouté une cassette des Mariages Chinois, et j’ai compris à quel point ces groupes-là m’avaient offert la possibilité d’écrire en français. À l’époque, je copiais en anglais les Pastels ou The Jesus And Mary Chain. D’ailleurs, lorsque j’ai fait écouter mon premier album à mes collègues du cinéma itinérant – j’étais alors projectionniste –, ils s’étaient moqués de moi. Ils se demandaient pourquoi je n’avais pas employé des professionnels. Ça me plaît d’être encore au même niveau aujourd’hui. Je suis finalement revenu à ce que j’aime : un martyr, mais plus que consentant. (Sourire.)
DAFT PUNK
Human After All
(extrait de l’album Human After All, 2005)
Comment se déroule un blind-test ? Parce que je crois n’en avoir jamais fait. Évidemment, j’ai reconnu Humain Après Tout de Daft Punk. (Sourire.) C’est Fabrice Dumont (ndlr. de Télépopmusik) qui, à un concert au Café de la Danse, m’avait suggéré le titre Robots After All pour l’album que j’étais en train d’enregistrer. En tant que chanteur français, je me suis empressé de le traduire. D’autant qu’il apparaît plus ironique ainsi. Autrement, j’avais plein d’autres idées, dont 982709 et Coiffures, qui n’ont pas résisté très longtemps. Surtout, j’ai fini par acheter l’album de Daft Punk dont on me disait partout le plus grand mal. Or, c’est un disque extraordinaire, qui est assez proche du néant. (Sourire.) Car les Daft Punk ont opéré par soustraction, supprimant des éléments qu’ils utilisaient habituellement. Ça m’a rappelé le rectangle bleu de Malévitch ou un monochrome d’Yves Klein. En pop, comme en peinture, on peut donc procéder de la même manière. Au risque de devenir agaçant. Mais il faut une sacrée dose de courage pour y parvenir. Je n’avais alors pas entamé le mixage du disque, mais cet album m’a aidé à l’achever, en particulier dans l’élan d’aller jusqu’au bout d’une idée qui peut sembler répétitive. Je trouvais intéressant de mettre ça au service d’une chanson française.
BRIGITTE FONTAINE
Je Suis Inadaptée
(extrait de l’album Brigitte Est Folle, 1968)
C’est sur l’album Brigitte Est Folle. J’ai rencontré Brigitte dans le cadre d’une interview pour Les Inrockuptibles. Ce qui m’a sidéré, c’est qu’elle est normale, en fait. (Sourire.) Quand elle m’a vu, elle m’a dit : “Salut, trou du cul !” Non seulement je l’ai pris comme une formule de politesse, mais je me suis senti concerné. Au fond, elle est très classique, elle a une écriture extrêmement raffinée. Ses maîtres ont pour nom Rimbaud, Baudelaire, alors que je lui parlais de dada ou de surréalisme. Elle a toujours plus été dans mon imaginaire que sur ma chaîne stéréo. Parfois, je cherche des idées de chansons pour Brigitte Fontaine ou pour… Dominique de Villepin, des personnes qui sont dans un coin de ma tête. Mais je ne pense pas elle plus que cela. C’est juste quelqu’un qui travaille à côté. Ou loin du centre, une position fort appréciable. D’autant que l’on voit mieux de loin. (Sourire.)
NOUVELLE VAGUE FEATURING CAMILLE
In A Manner Of Speaking
(extrait de l’album Nouvelle Vague, 2004)
Nouvelle Vague, avec Camille, me semble-t-il. Je passe assez souvent ce disque en fin de soirée, quand il y a du monde à la maison. Les originaux seraient trop agressifs. (Sourire.) C’est un album finalement assez anecdotique, ce qui, dans ma bouche, n’est pas péjoratif. D’ailleurs, le disque est vraiment réussi : l’idée est forte, les chanteuses finement sélectionnées, et le goût d’Olivier Libaux que je reconnais bien là. En tout cas, c’est bien plus abouti et “professionnel” que lorsque je faisais mes chansons bossa-nova, à ma façon gauche et handicapée.
ELLIOTT
Les Platanes
(extrait du coffret de 45 tours The Onion Most Dangerous Game, 1994)
C’est Bondu avec Les Platanes ! Tu as le 45 tours ? C’est un ami. On se voit toutes les semaines et même tous les jours quand on a travaillé ensemble sur la musique du film Peindre Ou Faire L’Amour des frères Larrieu. J’adore écouter de la musique avec lui. On peut passer des nuits entières à décortiquer des disques : Air, Phoenix ou d’autres. Discuter de musique ensemble est un enchantement parce qu’il est extrêmement exigeant, bien plus que moi. (Sourire.) À l’instar d’Olivier Libaux, c’est un interlocuteur privilégié lorsque je compose une nouvelle chanson. Il m’est toujours d’un recours salutaire. Ainsi, à travers le tracklisting que Pierre m’a proposé, il en a presque trouvé le cœur. Ça a été comme une révélation parce que je ne savais plus comment l’articuler. En partant sur Êtres Humains, le morceau d’ouverture avec la chorale, il a mis le disque sur les bons rails. Parfois, je regrette l’époque des 45 tours. D’ailleurs, à vrai dire, je n’écoute pas beaucoup d’albums en entier.
OLLANO FEATURING HELENA
Latitudes
(extrait du single Latitudes, 1997)
Mais ce ne sont que des titres que je connais… (Sourire.) J’écoute un peu la façon de chanter. Pour soulager aussi mon émotion. Un sacré beau morceau, non ? Et un tube ! C’est toujours l’idéal de pouvoir conjuguer les deux paramètres. Pour parler d’Hélène, j’ai horreur du mot de “Pygmalion” qui a souvent été employé à mon encontre, parce qu’il y a un côté manipulateur répugnant. J’ai plutôt le sentiment d’être un accompagnateur, aidant des personnes qui ne savent pas forcément composer. J’essaie donc d’écrire des chansons qui correspondent le mieux à leur physique, à leur grain de voix, à leur état d’esprit… Mais j’ai toujours encouragé Hélène à écrire ses propres morceaux. Car elle est musicale. Et le résultat est bien meilleur que les deux albums réalisés en commun (ndlr. Azul et Née Dans La Nature).
GEORGES DELERUE
Camille
(extrait de la bande originale Le Mépris, 1963)
Le hasard des rencontres fait que l’on me demande des choses complètement improbables. Ainsi, les frères Larrieu m’ont proposé deux bandes originales pour leurs films alors que j’en suis complètement incapable. D’ailleurs, je souffre de ne pas être à la hauteur. Mais c’est un tel bonheur d’enregistrer que je ne refuse aucune proposition, même si je me sens parfois un peu juste. Il suffit d’entendre la musique du Mépris. C’est un métier, hein ! Et dire que je ne sais même pas ce qu’est une mesure… Mais mon handicap peut tourner à mon avantage. Ça peut même devenir une chance de ne pas savoir. Idem quand j’ai tourné mon film, Peau De Cochon, ou joué dans Peindre Ou Faire L’Amour, aux côtés de Daniel Auteuil ou Sabine Azéma. C’est la chance du débutant.
GONZALES
Gringo Star
(extrait de l’album Gonzales Über Alles, 2000)
Je connais ? Ça serait mieux… (Sourire.) Ça me dit très fortement quelque chose. C’est français ? Gonzales, c’est pas vrai… Oh, la honte ! (Sourire.) Je suis surpris du son. Parce qu’il y a des morceaux qui font moins trip hop sur ce disque. Mais je t’ai déjà dit que je n’écoutais pas les albums en entier. J’ai rencontré Gonzales par l’intermédiaire de Renaud Létang, avec qui j’avais travaillé pour 8ème Ciel. J’aimais bien son côté grotesque. Je sentais comme un cousinage. Mais je me suis vite aperçu en studio qu’il était loin de l’entertainer. Il ne rigole pas avec la musique. Contrairement à moi, il a un bagage musical étendu. Et puis, il met du sentiment dans la musique, avec une finesse étourdissante. Moi, j’étais assis dans le canapé, la plupart du temps hagard, et je redécouvrais mes morceaux avec joie. D’autant que mes maquettes étaient assez difficiles d’accès, voire ingrates.
ELLI & JACNO
Les Nuits De La Pleine Lune
(extrait de la compilation Symphonie De Poche, 1994)
J’adore cette chanson. C’est l’un des morceaux qui m’a donné envie de m’essayer au quatre-pistes, dans ma chambre. Écouter Elli & Jacno ou Mikado dans ma Vendée natale m’a beaucoup aidé. Car ce sont des disques qui possèdent une fraîcheur précieuse. Ça fait partie des groupes qui furent les premiers à s’échapper des grands parrains de la chanson française : Brel, Ferré, etc. Récemment, en voiture, j’ai réécouté une cassette des Mariages Chinois, et j’ai compris à quel point ces groupes-là m’avaient offert la possibilité d’écrire en français. À l’époque, je copiais en anglais les Pastels ou The Jesus And Mary Chain. D’ailleurs, lorsque j’ai fait écouter mon premier album à mes collègues du cinéma itinérant – j’étais alors projectionniste –, ils s’étaient moqués de moi. Ils se demandaient pourquoi je n’avais pas employé des professionnels. Ça me plaît d’être encore au même niveau aujourd’hui. Je suis finalement revenu à ce que j’aime : un martyr, mais plus que consentant. (Sourire.)