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Compte-rendu live - 21/12/2010 de Janelle Monáe

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Forte de collaborations prestigieuses, Janelle Monáe, Américaine de 25 ans originaire du Kansas, s’est frottée à la Cigale le 9 décembre pour défendre The ArchAndroid, son album kaléidoscopique mêlant soul, funk, r’n’b, rock et musique classique. Un moment orgiaque, d’une grâce inouïe. [Article Orlando Fernandes].


Une étoile... C’est la juste appellation pour décrire ce petit bout de femme qui a illuminé la Cigale le jeudi 9 décembre dernier. De par son passage éclair, la lumière qui jaillit de sa voix et de sa crinière, et sa prestation, brillante et sans orage, Janelle Monáe est foudroyante. C’est en mai que l’Américaine éclot et frappe les esprits. Après Metropolis, The Chase Suite, EP passé quasi inaperçu en France au moment de sa sortie (2008), elle se fait un nom avec The ArchAndroid (2010), production truffée d’influences et qui pourtant ne ressemble à rien d’identifiable. Adulée par Big Boi (la moitié de Outkast prête sa voix et son flow sur Tightrope), elle assure sa réputation en conviant des pointures sur le disque : Saul Williams, Deep Cotton ou encore Of Montreal. La jeunette (25 ans depuis peu) aurait pu se laisser bercer et berner par de telles pointures, et par la même occasion y laisser son talent et son cran. C’est mal la connaître. Monáe maîtrise tout, de bout en bout. Sans écraser ses musiciens et collaborateurs. Mais The Archandroid, c’est elle et elle seule. 



Une constellation ovniesque... Sur scène plus qu’ailleurs, l'extraterrestre soul livre une prestation absolument dantesque, unique et jouissive.  Un choc esthétique. Monáe a beau avoir intégré la prestigieuse American Musical Dramatic Academy, elle ne veut pas tenir les seconds rôles. Elle joue vrai. Ce qui frappe avant tout chez cette perle noire brute de décoffrage, c’est la sincérité qui se dégage de sa musique. Pas de chichis, pas d’effets superflus, pas de paroles complaisantes (la miss réussit l’exploit de ne pas adresser un seul mot au public – en furie – sans paraître prétentieuse ni divaesque). « Can we get much higher ? », clame Kanye West sur son album My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010). Janelle Monáe répond par l’affirmative. Pendant une grosse (mais insuffisante) heure, elle emporte tout le monde dans la stratosphère. Aussi sûre d’elle que Janelle Monáe puisse paraître, une grande part du succès de son concert tient à la présence et à l’énergie folle de ses musiciens, choristes et danseuses. Une troupe survoltée et généreuse. Guitare électrique, batterie, cuivre et samples s'entremêlent sans agresser l’oreille. Le tout est savamment dosé, sans paraître sclérosé ni trop préparé.

L'émancipation comme source de liberté absolue... Au-delà de la musique, le show est un vrai plaisir visuel. Un écran géant est disposé pour diffuser des extraits de films et des pas de danse en noir et blanc. Années 1930. Sur Locked Inside, Janelle l’intemporelle chante : She's quick to fight/For her man but not her rights/Even though it's 3005/When will we end this genocide?... La violence, la liberté, la dépendance, et le chaos : voilà des thèmes clés de la diva qui utilise ses textes comme autant de plaidoyers pour un monde émancipé. Metropolis de Fritz Lang et ses ouvriers broyés par la machine apparaissent à l’écran, tandis que Monáe et sa troupe éclaboussent de finesse et de rage. A maintes reprises, les danseuses occupent la scène vêtues de costumes de nonnes hébétées. Tenant la note et dansant comme une reine, l'étoile mime un coup de pistolet contre elles, et met son monde K.O. Sa cible ? Les fanatismes, les frontières, les restrictions. Le public métissé l’acclame à chaque interlude.



Lors des vingt premières minutes, Monáe enchaîne sans s’arrêter les quatre premiers titres de son album. Énergie folle, ambiance (déjà) voltaïque, ce concert sera explosif ou ne sera pas. Alors oui, il y a de quoi être agacé par les élans de voix de la chanteuse, ses pas de danse, son maniérisme. L’aisance, la plénitude, la perfection agacent. Et c’est exactement ce qui se dégage de sa prestation. The ArchAndoid a la part belle, évidemment. L’album a beau être dense et long (18 titres), le concert ne durera guère davantage. Les titres imparables défilent (Faster, Locked Inside, Come Alive, Tightrope), mais de grands morceaux sont absents (Neon Valley Street et surtout l’inénarrable BeBopByeYa). Tightrope est formidable, même sans Big Boi. Sur Come Alive, elle soigne son profil rock, sous une ligne de basse et une batterie enragées. A noter la remarquable reprise de Charlie Chaplin, Smile.

Le moment le plus irréel du concert survient lorsque Janelle, à la tenue impeccable, se glisse dans la fosse telle une féline affamée. Elle tient la corde (vocale), le public reprend juste après, et peu à peu, elle parvient à faire asseoir toute la fosse, hypnotisée par la douceur et le pouvoir de séduction de l’artiste. Le moment, beau et émouvant, tient du sacré et de l’inconcevable. Irradiante de classe et de style, Janelle Monáe en a encore sous la semelle. D’où une certaine désinvolture qu’elle peut dégager, par moments. Et c’est bien là le plus inquiétant : elle avait de quoi tenir deux bonnes heures. La bonté tient moins de la quantité que de la qualité du don. Mais aurait-elle été aussi belle, aussi gracieuse, aussi intouchable des heures durant ? La marque des génies, c’est de briller sans en mettre plein la vue.

Orlando Fernandes

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