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Entrevue - 13/05/11 de Hospital Ships

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À l'occasion de la sortie de leur deuxième album, Lonely Twin, voir Hospital Ships tourner dans son pays adoptif paraissait logique. À la suite de leur première tournée française, il convenait donc de rencontrer la tête pensante du groupe originaire du Kansas, Jordan Geiger, dans le fief de Kütu Folk, à Clermont-Ferrand. [Entrevue Camille Monat].



Comment s'est déroulée cette tournée ?

Super bien ! C'est vraiment chouette de pouvoir jouer devant des personnes dont on a vraiment l'impression que ça leur plait. Tout le monde écoute et est assez attentif. C'est pas comme aux États-Unis où personne n'écoute vraiment. C'est vraiment très excitant de jouer dans de nouvelles conditions dans des villes différentes. Les gens ont vraiment été super sympa, et la nourriture y est merveilleuse. Surtout le fromage.

De quel œil vois-tu les choses qui se passent chez Kütu Folk ?
J'ai l'impression que c'est une montée en puissance progressive qu'il est facile de considérer comme acquise mais qui représente vraiment beaucoup de travail. Et c'est vraiment admirable ce qu'ils font. Le nouvel album de Zak Laughed est merveilleux et l'EP de St. Augustine est vraiment bon, surtout avec ces pochettes individuelles et uniques... Je sais que ce n'est pas vraiment mon rôle de dire ça mais j'ai l'impression que la France peut être fière de Kütu Folk. Je pense que c'est l'une des raisons pour lesquelles on s'y sent bien.

D'ailleurs comment ça se fait qu'on vous retrouve sur un label qui est basé à Clermont-Ferrand alors que vous venez du Kansas ?
À l'époque, les gens de Kütu Folk étaient en train de regrouper différentes choses de la part de leurs artistes pour un livre et ils me connaissaient de mon ancien projet Minus Story. Ils m'ont tout simplement contacté en disant « nous sommes fans de ton travail, on est en train de créer ce projet où on donne l'opportunité aux artistes de disposer d'une page de papier sur laquelle ils peuvent imprimer des dessins, des paroles ou répondre à des questions que les gens ne leur posent pas habituellement ». J'ai donc réalisé un dessin pour eux et leur ai parlé de mon nouveau projet Hospital Ships et de l'album Oh Ramona, sorti aux États-Unis. Ils ont bien aimé ce nouveau travail et je les ai rencontré alors que j'étais en tournée avec Shearwater. Ils sont venus au concert et m'ont donné leurs disques avec les pochettes cousues.

À ce moment, est-ce que tu étais à la recherche d'un moyen de sortir ton album à l'étranger ?
J'ai toujours voulu le faire, mais les licences pour les groupes américains sont assez limitées et je ne sais pas vraiment comment trouver des petits labels, parce que nous sommes un petit groupe. Je ne sais pas vraiment où chercher, à part si on a des amis qui font partie d'un de ces labels ou ce genre de chose. Je n'étais pas en recherche active parce que chercher ça sur internet prend trop de temps. Ce genre de réseau sur internet ça me déprime, je préfère être dehors à profiter du beau temps.

Est-ce que c'est difficile de faire de la musique aux États-Unis quand on vient du Midwest ?
Quand tu viens du Midwest tu n'as pas une image cool comme si tu mettais sur ton dossier de presse que tu vis à Brooklyn. Mais moi je m'en fous, je viens du Midwest et c'est une chose dont je veux être fier. C'est un peu comme Clermont-Ferrand, qui est vraiment une ville magnifique dans laquelle on adorerait vivre, mais ce sont les personnes qui sont à Paris qui décident de ce qui est branché ou pas. Ces personnes qui décident ne savent pas ce que la musique est. La musique c'est juste de la musique. La bonne nouvelle c'est que si tu fais un concert, qu'il y a un tas de gens alors c'est un succès. S'il n'y a personne, c'est pas cool mais qui en a quelque chose à faire ? Je préfèrerais plutôt jouer à même la rue comme cette après-midi, il n'y a vraiment rien de mal à ça.

C'est quelque chose de bizarre la hype, je me souviens d'une interview de Ian MacKaye de Fugazi où il racontait que lorsqu'ils avaient commencé à faire du punk rock et du DIY dans les États-Unis des années 80 ils n'essayaient pas de créer quelque chose de différent mais juste de créer quelque chose. Il avait fait une analogie très intéressante à ce propos, en parlant de la ligue nationale de baseball qui ne possède pas le baseball et qui n'a rien à te dire si tu sors en faire avec tes amis. De la même manière, les majors et les journalistes branchouilles ne possèdent pas la musique. C'est une vision très superficielle. D'ailleurs, tout le monde devrait en faire. Je suis un grand fan de la mauvaise musique, des douchebags en train de massacrer leurs guitares accoustiques...

Vivre au Kansas influence-t-il ta façon de composer ?
J'en suis persuadé. On a grandi dans une petite ville pourrie dans le Missouri où les vieux jouaient du folk. Les gens là-bas aiment vraiment ça et ça m'a bien pris 20 ans avant d'apprendre à l'apprécier de nouveau, parce que gamin, tout ce que je pouvais écouter c'était du putain de folk. Le banjo et tout ça n'a strictement rien d'exotique et j'étais du genre « fuck that, je veux jouer de la guitare, faire des bruits bizarres et tout ». Quand tu grandis avec ce genre de chose tu as tendance à t'en éloigner en grandissant pour finalement y revenir plus tard en l'appréciant. Je suis sûr qu'il y a plein de choses très françaises que tu apprends et dont tu te détaches, puis une fois que tu as un peu vieilli que tu commences à apprécier. On vient d'un endroit typique du Midwest où vivent 7000 personnes. On vivait dans un village et maintenant on est dans des villes universitaires où viennent vivre tous les artistes, les gays ou les mecs qui veulent se droguer. On vient d'un milieu très conservateur d'un point de vue politique...


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