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Jeudi dernier, le 25 mars, un duo de Magiciens (Franck
Vergeade et bibi) quittait Paris pour se rendre à la Filature de Mulhouse, histoire
d’assister à la soirée organisée conjointement par le label strasbourgeois
Herzfeld et les pouvoirs culturels de la région. Au programme : une
immersion dans les rouages du raout, des babillages amicaux, une
désintoxication forcée, et des concerts. La fine fleur du label en action. Thomas
Joseph (ou T), Roméo & Sarah, Electric Electric, et surtout, le Herzfeld
Orchestra. Soit tous les groupes de la maison de disques réunis en une seule et
même fanfare, auteur d’un disque phare distribué aux spectateurs de la soirée
avant sa sortie officielle cet été.
[Reportage par Jean-François Le Puil].
NB. Pour vous y retrouver dans ce fatras de noms et de groupes, on a résumé ici. Écoutez aussi deux extraits en cliquant sur les titres Flashlights ou Days Of Dew.
“Paris est une solitude peuplée ; une ville de province est un désert sans solitude”, disait les-citations.com François Mauriac. L’avait raison François. Pendant les quelques heures passées à Mulhouse, on s’est senti un peu moins seul. C’était bien, mais pas gagné d’avance. Bibi risquait même gros en débarquant dans une cité où l’on se plaît à dévorer les “petits bonhommes” dans son genre à l’heure du goûter.
D’ailleurs, après s’être injecté un shoot de placidité en écumant fissa les rues dépeuplées qui l’entourent, il y avait effectivement de quoi se sentir tout petit en débarquant à la Filature. Un visiteur minuscule perdu au milieu de “la scène nationale de Mulhouse”, kolossal centre artistique dédié au théâtre, à la danse, au cinéma, à l’opéra, au cirque, aux expositions, aux concerts. À la Kultur, quoi. Le nom est un hommage quasi-posthume à la tradition industrielle du coin, et c’est p’têt pour ça que les couloirs du bâtiment torsadent sans cesse pour nourrir une immense pelote de béton qu’un enfermement radical et prolongé ne suffirait pas à démêler.

Mais même en n’y comprenant que pouic, on découvre d’abord à l’entrée la mini-exposition qui regroupe les 96 clichés réalisés par Pierre Filliquet pour le label alsacien entre 2004 et 2009. Des pochettes de disque aux livrets intérieurs, les trois draps imagés par l’épure (et imaginés par Pauline Squelbut) témoignent de l’unité graphique souhaitée et exigée par Herzfeld depuis sa création, le relais étant désormais assuré par Christophe Urbain. Vers 14h, le labyrinthe finit par nous révéler les larges arcanes de la salle modulable.

Là où le Herzfeld Orchestra jouera ce soir, là où il ne fait que répéter pour le moment. Honneur au clou du spectacle, c’est plus exactement Electric Electric qui balance de si bonne heure. Aux ordres du viril et méchu Aigle Noir, l’ingénieur du son qui chapeautera toute la soirée (et le meneur d'EINKAUFEN), le trio fourbit son avanie. Le guitariste Eric Bentz est clairement le général en chef. On les regarde se préparer sur un si grand espace comme on scruterait un horizon bouché par un escadron de bombardiers qui fonce sur vous à la vitesse d’une impitoyable croisade. Tout en se demandant si l’ouvreuse “fournira les clés de douze pour foutre en l’air les sièges” quand ça chauffera, on rencontre un à un les membres de la famille Herzfeld, qui patiente dans une ambiance studieuse. Contrairement à nos précédentes aventures, elle joue quasiment à domicile aujourd’hui.

Le fils Roméo, couvé par le papa Philippe Poirier, la gracieuse Sarah, le grand dadais lumineux Pierre Walter (alias Spide), le manitou Renaud Sachet (Buggy), le discret mais facétieux Paul-Henri Rougier (Original Folks), le jovial Stéphane Nieser (Solaris Great Confusion) les nouveaux venus Gregory Peltier et Olivier Stula (A Second Of June), le président baraqué Renaud Walter (alias Renz ou Guisberg), l’hirsute et louvoyant Boris Kohlmayer (alias Lauter)… Tous attendent leur heure. L’illustre Jacques Speyser débarque un peu plus tard dans un brouhaha de chuchotements, en compagnie du reste d’Original Folks. Chacun raboule sur Mulhouse une fois le boulot terminé à Strasbourg, et prendra la route dans la nuit pour réembaucher le lendemain. Mickaël Labbé (Original Folks), mon alter ego éthylique au sein de la bande, a d’ailleurs prévenu ses étudiants que son cours du vendredi matin ne serait pas un sommet de profondeur philosophique.
Sauf que le bassiste aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de vouloir la tremper dans la bibine, puisque lui et son alter ego maugréeront le reste du raout contre l’Ineptie du jour : aucun repas prévu pour les musiciens, aucun alcool à l’horizon pour dérider l’organisme, pas même une foutue canette de bière. Nom d’une partie de jambes en l’air, saloperie de politique culturelle publique ! Après avoir envisagé un rapatriement en urgence, il faut se rendre à l’évidence. “C’est trop tard pour faire machine arrière”, me dit Mickaël en serrant fort mon épaule, histoire de dégourdir un peu mon courage.
[Reportage par Jean-François Le Puil].
NB. Pour vous y retrouver dans ce fatras de noms et de groupes, on a résumé ici. Écoutez aussi deux extraits en cliquant sur les titres Flashlights ou Days Of Dew.
“Paris est une solitude peuplée ; une ville de province est un désert sans solitude”, disait les-citations.com François Mauriac. L’avait raison François. Pendant les quelques heures passées à Mulhouse, on s’est senti un peu moins seul. C’était bien, mais pas gagné d’avance. Bibi risquait même gros en débarquant dans une cité où l’on se plaît à dévorer les “petits bonhommes” dans son genre à l’heure du goûter.
D’ailleurs, après s’être injecté un shoot de placidité en écumant fissa les rues dépeuplées qui l’entourent, il y avait effectivement de quoi se sentir tout petit en débarquant à la Filature. Un visiteur minuscule perdu au milieu de “la scène nationale de Mulhouse”, kolossal centre artistique dédié au théâtre, à la danse, au cinéma, à l’opéra, au cirque, aux expositions, aux concerts. À la Kultur, quoi. Le nom est un hommage quasi-posthume à la tradition industrielle du coin, et c’est p’têt pour ça que les couloirs du bâtiment torsadent sans cesse pour nourrir une immense pelote de béton qu’un enfermement radical et prolongé ne suffirait pas à démêler.

Mais même en n’y comprenant que pouic, on découvre d’abord à l’entrée la mini-exposition qui regroupe les 96 clichés réalisés par Pierre Filliquet pour le label alsacien entre 2004 et 2009. Des pochettes de disque aux livrets intérieurs, les trois draps imagés par l’épure (et imaginés par Pauline Squelbut) témoignent de l’unité graphique souhaitée et exigée par Herzfeld depuis sa création, le relais étant désormais assuré par Christophe Urbain. Vers 14h, le labyrinthe finit par nous révéler les larges arcanes de la salle modulable.

Là où le Herzfeld Orchestra jouera ce soir, là où il ne fait que répéter pour le moment. Honneur au clou du spectacle, c’est plus exactement Electric Electric qui balance de si bonne heure. Aux ordres du viril et méchu Aigle Noir, l’ingénieur du son qui chapeautera toute la soirée (et le meneur d'EINKAUFEN), le trio fourbit son avanie. Le guitariste Eric Bentz est clairement le général en chef. On les regarde se préparer sur un si grand espace comme on scruterait un horizon bouché par un escadron de bombardiers qui fonce sur vous à la vitesse d’une impitoyable croisade. Tout en se demandant si l’ouvreuse “fournira les clés de douze pour foutre en l’air les sièges” quand ça chauffera, on rencontre un à un les membres de la famille Herzfeld, qui patiente dans une ambiance studieuse. Contrairement à nos précédentes aventures, elle joue quasiment à domicile aujourd’hui.

Le fils Roméo, couvé par le papa Philippe Poirier, la gracieuse Sarah, le grand dadais lumineux Pierre Walter (alias Spide), le manitou Renaud Sachet (Buggy), le discret mais facétieux Paul-Henri Rougier (Original Folks), le jovial Stéphane Nieser (Solaris Great Confusion) les nouveaux venus Gregory Peltier et Olivier Stula (A Second Of June), le président baraqué Renaud Walter (alias Renz ou Guisberg), l’hirsute et louvoyant Boris Kohlmayer (alias Lauter)… Tous attendent leur heure. L’illustre Jacques Speyser débarque un peu plus tard dans un brouhaha de chuchotements, en compagnie du reste d’Original Folks. Chacun raboule sur Mulhouse une fois le boulot terminé à Strasbourg, et prendra la route dans la nuit pour réembaucher le lendemain. Mickaël Labbé (Original Folks), mon alter ego éthylique au sein de la bande, a d’ailleurs prévenu ses étudiants que son cours du vendredi matin ne serait pas un sommet de profondeur philosophique.
Sauf que le bassiste aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de vouloir la tremper dans la bibine, puisque lui et son alter ego maugréeront le reste du raout contre l’Ineptie du jour : aucun repas prévu pour les musiciens, aucun alcool à l’horizon pour dérider l’organisme, pas même une foutue canette de bière. Nom d’une partie de jambes en l’air, saloperie de politique culturelle publique ! Après avoir envisagé un rapatriement en urgence, il faut se rendre à l’évidence. “C’est trop tard pour faire machine arrière”, me dit Mickaël en serrant fort mon épaule, histoire de dégourdir un peu mon courage.