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Voici cinq ans, les héros de l'antifolk parisien et international, Herman Düne, réalisait deux albums coup sur coup, Mas Cambios et Mash Concrete Metal Mushroom. À cette occasion, magic avait demandé au groupe encore trio de dresser une liste de ses chansons de chevet.
Par Franck Vergeade, in magic #75
The Stooges Loose - Take 13
(sur la compilation The Complete Funhouse Sessions, 1970)
David-Ivar : Toutes les prises sont différentes et plus géniales les unes que les autres, mais la treizième est ma préférée. C’est la version hit de Loose. (Sourire.) Le son est merveilleux. J’adore… On a hésité avec No Fun, leur plus belle chanson selon moi, mais il n’y avait pas ce côté complètement débridé. Ce qu’il y a de punk dans les Stooges, c’est avant tout leur façon d’enregistrer.
The Mountain Goats California Song
(sur l’album Sweden, 1995)
Sweden est un des disques les plus importants que j’ai eu entre les mains. C’est Wilfried qui me l’a offert. Avec la pochette représentant un drapeau suédois, il savait que ça allait me faire plaisir. (Sourire.) Quand je l’ai écouté, beaucoup de choses ont changé. Jusque-là, les plus belles chansons que je connaissais étaient celles de Lou Barlow. Mais les paroles des Mountain Goats m’ont touché plus encore. C’est par le biais de cet album que j’ai écrit à Shrimper et qu’on est entré en contact avec le label, en lui envoyant notre premier 45 tours. Sweden est une succession hallucinante de tubes, comme un disque des Supremes. Sauf que c’est enregistré au magnétophone.
The Rolling Stones Jumping Jack Flash
(sur le 45 tours Jumping Jack Flash, 1968)
Néman : On ne savait pas quel titre choisir. Les Rolling Stones font partie des groupes qu’on affectionne le plus. Et Charlie Watts est un de mes batteurs préférés.
DI : À chaque fois que je ne sais pas quoi écouter, je mets un Stones. N’importe lequel, Bridges To Babylon compris. (Sourire.) Je ne trouve pas que ce soit si facile d’accès. Par exemple, Exile On Main Street, que tout le monde cite souvent comme son préféré, est un disque très recherché et ultrasophistiqué.
N : C’est vraiment le bordel. Au départ, Jumping Jack Flash devait être un single pour Beggars Banquet, sûrement un des Lp’s les mieux produits avec Let It Bleed.
DI : Sauf qu’il n’y figure pas. (Sourire.) Souvent, on regarde les photos de leurs enregistrements pour savoir comment il faut placer la batterie.
André : Comment il faut s’habiller.
Prewar Yardsale Au Base
(sur l’album Lowdown, 2000)
La chanson est tellement puissante qu’on pourrait la rapprocher des Mountain Goats. Mike joue les deux mêmes accords. Voire un seul. (Sourire.) Dina, elle, tape sur des seaux. Dans l'écriture, il y a quelque chose de très surprenant, même s’il n’est pas facile de tout comprendre en conversant avec Mike, qui chante sur Mas Cambios. Il a des associations d’idées complètement bizarres. D’ailleurs, il est capable d’écrire une chanson entière comme Au Base sur l’or en tant qu’élément de la table périodique ! Pourtant, c’est du rock’n’roll, et il y a de l’émotion.
DI : C’est assez émerveillant comme groupe. Sur scène, Mike et Dina ont l’air d’un couple tranquille. Mais je n’ai jamais vu un concert d’eux où le public n’était pas fasciné, en particulier quand ils ont joué à Paris, au Pop In ou à Mains D’Œuvres.
The Supremes Come See About Me
(sur la compilation Where Did Our Love Go?, 1964)
La plupart des titres des Supremes que l’on connaît sont signés Holland-Dozier-Holland. Les chansons sont toutes des tubes absolus parlant de la même chose : une fille exprime un amour qui ne marche pas. La voix de Diana est superbe, pleine de douleur en chantant des paroles tristes. Pourtant, c’est des tubes que tu as envie d’écouter au réveil.
Silver Jews New Orleans
(sur l’album Starlite Walker, 1994)
Le choix est subtil. Comme on devait choisir entre Pavement et Silver Jews, on a opté pour un titre de David Berman enregistré avec Stephen Malkmus. J’ai connu les Silver Jews en achetant le 45 tours Dime Map Of The Reef au magasin Rough Trade, à Paris. Quand je vois écrit “jew” quelque part, ça m’intéresse généralement. (Sourire.)
The Carter Family Bonnie Blue Eyes
(sur la compilation Their Complete Victor Recordings, 1993)
Dans tout ce qu’on a choisi, on retrouve l’esprit punk dans différents styles. Et cet esprit-là correspond à la Carter Family, qui a enregistré des chansons subversives comme s’il s’agissait de chants religieux. C’est un morceau qu’André reprend souvent.
A : Je l’ai d’ailleurs enregistré récemment. L’écriture est très intéressante par sa modernité. Et puis, il y a une des plus belles phrases que je n’ai jamais lue : “I’ve stayed in the country too long”. C’est la vie que nous menons depuis deux ans. Tu perds complètement tes repères à force de voyager. Dès lors, tu commences à écrire n’importe comment…
Lou Reed Hooky Wooky
(sur l’album Set The Twilight Reeling, 1996)
DI : On aurait pu faire un selectorama de chansons de Lou Reed. Hooky Wooky m’a rendu tellement heureux… Du point de vue du texte, du refrain, des accords, c’est encore mieux que le Velvet. Les disques de Lou Reed ou du Velvet sont ceux qui te donnent le plus envie de jouer de la musique, d’écrire des chansons, d’enregistrer. C’est incroyable ce que trois accords peuvent susciter. Dans tous les groupes ou artistes qu’on aime, il y a toujours un rapport avec le Velvet.
Beat Happening Indian Summer
(sur l’album Jamboree, 1988)
Beat Happening est le groupe le plus important de K Records, même si j’adore aussi les Halo Benders. Indian Summer est un tube. C’est même pas deux accords, mais deux notes qui composent deux accords. Jusqu’à avant-hier, on était avec Calvin Johnson en tournée.
N : Mais il n’a jamais voulu la jouer. Pourtant, tous les soirs, des gens lui demandaient.
DI : Dans le camion, on écoutait Lee Dorsey ou les Marvelettes. Il connaît tout par cœur. K Records, c’est l’idéal de l’indépendance en musique. Il n’y a pas de stars, en dehors de Calvin. En merchandising, il avait apporté cinq badges, cinq autocollants et un tee-shirt, qu’il a donné à André ! Il n’est pas en tournée pour faire de la promotion, mais simplement de la musique.
The Folk Implosion School
(sur la compilation Walk Through This World With…, 1994)
A : C’est la triple subtilité de la sélection. (Sourire.) On ne pouvait pas ne pas mettre Nirvana. Et dans The Folk Implosion, il y a deux artistes majeurs que sont Lou Barlow et John Davis. Avec Daniel Johnston, Barlow nous a fait connaître la musique qu’on peut enregistrer soi-même. En fait, c’est Calvin Johnson en écoutable. (Sourire.)
The Sonics Have Love Will Travel
(sur l’album Here Are The Sonics!, 1965)
DI : C’est un des premiers morceaux de rock’n’roll, signé Richard Berry, également responsable d’un autre standard, Louie Louie. Trois accords, une mélodie terrible et des paroles sans sujets. Les Sonics possèdent un tel son… C’est du rock punk, et non l’inverse.
Ish Marquez In The Evenings
(sur la compilation Balloon Heaven Volume 1 – Instant Party Cake, 2001)
A : Yeaaaah ! (Sourire.)
DI : Sur la cassette de la tournée, Ish Marquez se trouvait avec cette reprise de Leroy Carr entre James Brown et Otis Redding. Et il ne déparait pas. Il a une voix et une énergie incroyables. C’est un vrai chanteur de soul et un grand artiste, mais il a du mal à rester stable dans sa vie quotidienne.
A : En concert, il dégage une énergie à laquelle personne ne peut rester insensible. C’est déjà une légende, avant même d’avoir sorti un disque.
The Smiths There Is A Light That Never Goes Out
(sur l’album The Queen Is Dead, 1986)
DI : Pour André et moi, il était impossible de ne pas mettre une chanson de Morrissey. C’est la plus grosse influence sur l’écriture de nos chansons.
A : On a appris l’anglais en écoutant les Smiths.
DI : J’aimerais que mes enfants apprennent à l’école une chanson de Morrissey. Il est en musique ce qu’il y a de plus élevé possible dans ce que je peux m’imaginer de l'écriture.